LBS DIFFÉRENTS PRODUITS AGRICOLES
ment, et chefs vignerons reviennent à plus. Arabes et Siciliens se trouvent sous la main ; les uns sont indigènes de la contrée, les autres y immigrent spontanément; il faut, au contraire, dans la plupart des cas, faire venir les Français aux frais du propriétaire qui, le plus souvent, ne les connaît pas personnellement et se trouve, moralement du moins, engagé à les garder pendant un certain temps, ou bien accepter des rouleurs qui n'offrent guère de garanties.
Ces circonstances font que Ton réduit considérablement le nombre des Français dans une exploitation : on en occupe huit ou dix contre deux ou trois fois plus de Siciliens et quatre ou cinq ^ois plus d'Arabes. Il faut donc nous attendre à ce que l'élément italien conserve la supériorité numérique en Tunisie. Ce n'est pas là un signe avant-coureur de catastrophes : si nous nous y prenons avec habileté, il n'en résultera pour nous aucun danger sérieux. Nous nous sommes bien assimilé les Alsaciens d'origine germanique; nous pourrons aussi, par l'éducation et la langue, peu à peu rapprocher de nous la population d'origine italienne, qui n'atteindra jamais en nombre la population indigène et qui, d'ailleurs, est indispensable à notre œuvre colonisatrice (1).
Parmi les cultures raffinées, après la vigne, dont aujourd'hui l'avenir parait plus restreint par une concurrence très ardente, viennent l'oranger, le citronnier, les cultures maraîchères et arbustives; leur avenir s'annonce brillant, surtout pour le maraîchage et l'arboriculture ; mais il y faut plus de temps; ce ne sont plus là des cultures que l'on puisse en quelque sorte improviser. Les orangeries exigent beaucoup d'eau, beaucoup do capital et beaucoup de temps : ce n'est guère qu'au bout de huit à dix ans qu'elles sont en production; et, tout compte fait, elles ont coûté alors entre 5 et 8,000 francs l'hectare si l'on tient compte de tous les intérêts et de tous les frais : il
(1) Le gouvernement ne doit négliger aucun moyen d'influence sur la population italienne en Tunis^ie. Or, depuis une vingtaine d'années, la commission du budget n'a cessé de n^duire les crédits pour l'entretien du clergé français dans nos possessions d'Afrique. On ne peut imaginer de plus antripatriotique ineptie. Le fanatisme de Louis XIV empêcha les protestants français de se porter vers nos colonies d'Amérique. Le fanatisme, tout aussi sectaire et beaucoup moins excusable de nos députés, compromet la prépondérance française dans nos colonies africaines. Si nous voulons — et c'est pour nous une question de conservation — nous assimiler les colons espagnols en Algérie et les colons italiens en Tunisie, il faut entretenir, dans ces deux contrées, un clergé français nombreux et actif. Le gouvernement tunisien n'a pas trouvé le moyen d'allouer une subvention, si minime fût-elle, à la cathédrale de Tunis, qui s'élève en face de la Résidence.
est vrai qu'elles peuvent rapporter annuellement un millier de francs^ sinon plus ; mais là aussi la concurrence devient ardente et déprime les prix. Ce ne peut être une culture principale ; c'est un utile et tardif accessoire.
Il n*en est pas de même de Tolivier, qui semble avoir en Tunisie son pays d'élection. On y trouve de ces arbres qui sont énormes et qui ont parfois des centaines d'années: partout il y pullule à Tétat sauvage, souvent rabougri par la dent incessante des chèvres; Tœil reconstitue parfois les rangées régulières que formaient ces arbres, aujourd'hui perdus dans la broussaille. Les Romains parlaient d*oliviers africains qui produisaient 1,000 livres d'huile et qui, par cette raison, avaient reçu le nom de milliaircs. Cette affirmation est de Técrivain ancien Magon, cité par Pline, que reproduit à son tour M. Tissot : In Africa vero milliarias vocari multas narrant a pondère olei quod ferant annuo proventu (1). Ces oliviers étaient, d'ailleurs, plantés à de grandes distances les uns des autres, 75 pieds en tout sens, ou du moins 45 dans les sols maigres. On les retrouve encore à ces écartements dans la riche région de Sfax. Un autre auteur latin raconte qu'un acqueduc portait à Zerzis, port de la ville de Zitha, l'énorme quantité d'huile que produisait la banlieue de cette cité. Voilà un curieux perfectionnement de transport.
L'olivier, il est vrai, ne donne pas vite de grands produits pécuniaires. Nos Méridionaux français, fascinés par la prospérité dont les avait comblés la vigne, dédaignent cet arbre utile. En Tunisie, avec les énormes espaces dont on dispose pour les capitaux et la main-d'œuvre qu'on peut employer, avec aussi une dépense inférieure de cueillette, l'olivier peut tenir une place importante dans notre agriculture coloniale et lui constituer un auxiliaire qu'on aurait tort de mépriser; depuis que la vigne a perdu un peu de son crédit à la suite delà baisse des prix, l'olivier a repris faveur et même est devenu l'objet d'un grand engouement dans la région du Sahel ; nous en parlerons dans un chapitre suivant. On a fondé un moment de grandes espérances sur l'amandier, mais depuis quelques années on en attend moins de merveilles.
Une exploitation qui débute avec de séduisantes promesses de succès, c'est celle des dattiers. 11 faut pousser dans le désert pour tenter cette branche de production. Une compagnie de M. de Les-
(1) Tissot, La province romaine d'Afrique^ p. 385.