CHAPITRE VI
DES EXPLOITATIONS AGRICOLES ET DES MÉTHODES DE MISE EN VA- LEUR DU SOL d'après L'EXPÉRIENCE ANCIENNE ET RÉCENTE. — LES LNDUSTRIES DIVERSES.
La mise eu valeur du sol tunisien : méthodes récentes. — Arrêt de la plantation de vijçuobles. — L'élevage du bétail. — De l'imitation des procédés australiens.
L'olivier. — Répartition de cet arbre dans la Régence. — Les calculs merveilleux de M. Bourde sur les produits de la culture de l'olivier. — Exagérations de ces données. — Les calculs plus modérés de M. Daniel ZoUa. — Le contrat de M'rharça. — Les importations d'huiles d'olive dans le monde civilisé et en particulier en France. — Inconvénients des hyperboles de la direction tunisienne de l'agriculture.
Les autres cultures fruitières.
La moyenne colonisation. — Exemples de succès. — Le métayage européen. — Offres récentes d'immigration de petits colons français.
Nécessité que la populutlun indigène rurale s'accroisse. — Essai de colonisation agricole do rAlliance israclite.
L'essor de la Tunisie dépend en grande partie de la multiplication de la
population indigène et de l'élévation de son niveau de vie. —Chances pour
que ces deux conditions se produisent avec le temps. — La plus forte
' partie de la production agricole doit finir par être consomnée sur le»
lieux par une population accrue et plus aisée.
La situation de la Tunisie ne doit plus reposer uniquement sur Tagriculture. — Les éléments divers d'industrie. — Nombre de chaudières et d'appareils à vapeur ou hydrauliques existant actuellement dans Tancienoe Régence.
Nous avons décrit, dans le chapitre IV, les principales cultures auxquelles peuvent se livrer les Européens en Tunisie; nous n'avons qu'à y ajouter quelques compléments, d'après les essais récents. La grande culture de la vigne ne s'étend plus guère pour les raisons que nous avons données plus haut (pages 305 à 379).
Quoique les causes de cet arrêt soient très naturelles, ce n*en est pas moins un malheur pour le développement tunisien : un seul domaine viticole, comme quelques-uns de ceux qui furent fondes à la première heure, donne plus d'impulsion au pays, suscite UD
produit annuel plus considérable, emploie plus de main-d'œuvre européenne, entretient plus d'ouvriers d'art, procure plus de trafic aux chemins de fer et à la navigation, par conséquent plus d'opérations aux villes et aux ports, que 20 ou 30 domaines consacres aux fourrages, aux céréales et à l'élevage et que 50 ou 60 petits colons.
La vigne n'offrant plus, par l'état du marché universel des vins et les menaces d'encombrement qui le dépriment, d'espérances suffisantes de rémunération, les grands domaines (il s'en crée encore un certain nombre) qui se sont constitués depuis 1890 se consacrent principalement aux céréales et à l'élevage; le personnel européen que ces productions fontvivre est beaucoup moindre et l'ensemble du produit brut très inférieur à celui des anciens grands domaines viticoles. L'élevage, bien entendu et bien dirigé, peut être une industrie rémunératrice, pourvu queles relations maritimesavec la métropole deviennent plus faciles. Un certain nombre déjeunes hommes, appartenant aux classes riches et élégantes de la mère patrie, ont acheté des domaines pour se livrer àcette industrie agricole ;elledemande toutefois, du soin, de l'attention et de la compétence. En soignant bien et nourrissant convenablement le bétail, en faisant des fourrages à cet effet, soit avec le fameux sulla qui est jusqu'ici assez difficile à produire artificiellement, soit avec des orges ou des avoines coupées en vert, en l'abritant bien au moyen du système que l'on a appelé la demistahulalion^ qui consiste à lui assurer un toit et quelque nourriture pour la nuit et les mauvais temps, on pourrait arriver rapidement à doubler l'effectif du bétail tunisien qui, d'après le Rapport au Président de la République sur la Situation de la Tunisie en 1894, se composait seulement de 272,040 bétes bovines, 1,145,525 bétes ovines, (>07,149 chèvres, 12,428 porcs, auxquels on pouvait joindre 62,771 chevaux, 123,909 ânes et 130,308 chameaux, soit à peine 2,300,000 animaux de cheptel pour 12 millions d'hectares, dont à coup sûr 7 à 8 millions sont susceptibles de contribuer à la nourriture du bétail.
En disant que ces chiffres, surtout ceux des bœufs, des moutons et des porcs, pourraient être facilement doublés, on se tient, certes, au-dessous de la vérité. Qu'est-ce que ce misérable effectif auprès des troupeaux colossaux de l'Australie, en comparaison des 12,632,000bétes bovines, 116,153,000 bêtes ovines, 1,026,000 cochons, 1,868,000 chevaux, que possédait l'Australasie en 1893, chiffres qui sont à peu près soixante fois plus élevés que ceux