MÉTHODES POUR L'ÉLEVAGE DU BÉTML
de la Tunisie? L'Australasie est, sans doute, plus vaste et la colonisation y date de plus loin; mais ces circonstances ne justifient pas ce prodigieux écart, surtout en tenant compte de ce que le climat australien se rapproche assez sensiblement de celui de la Tunisie. Si Ton considère la plus misérable, la plus mal douée de la nature de toutes les colonies australiennes, TAustralie de TOuest, on la trouve, pour le cheptel, en avance de la Tunisie, qui l'emporte, cependant, de beaucoup sur elle pour le sol et le climat. En 1893, en effet, et les mines d'or en cette année n'y avaient pas encore pris de grand développement, l'Australie de TOuest, si elle ne détenait que 45,747 chevaux et 173,745 animaux de race bovine, possédait, par contre, 2,220,642 moutons et 26,233 porcs (1). Toute compensation faite, le cheptel de cette chétive colonie anglo-saxonne, perdue dans une sorte de désert (2), est plutôt supérieur à celui de l'ancienne province romaine d'Afrique, dont le tiers ou la moitié du sol se compose de terrains soit absolument, soit relativement riches.
L'art de l'éleveur européen peut aussi se porter sur l'amélioration des races, d'un côté par un travail attentif et persévérant de sélection; de l'autre, en substituant certaines races africaines à d'autres races africaines, par exemple les vaches plus fortes de Guelma à celles de la Tunisie et les moutons algériens à petite queue aux moutons à grosse queue. Quant à des croisements avec des races européennes, sauf peut-être pour la race ovine, cela parait moins à conseiller dans les conditions actuelles. Pour la race chevaline, ils ont donné de médiocres résultats.
Comme la viande est une des denrées qui opposent le plus de résistance à la baisse universelle des prix, les opérations concernant l'élevage paraissent parmi les plus rémunératrices.
Ce n'est pas qu'il faille croire tous les calculs auxquels se livrent les agronomes coloniaux dans des brochures et des études qui dénotent peu de sens critique, aucun compte n'y étant tenu
(1) Siatistical Aàslract for the several colonial and other possessions of the United Kingdom in each year from 1879 lo 1893, pages 17C d 179.
('2) On peut lire dans un article publié par mon fils Pierre Lcroy-Beaulieu dans IsL Revue des Deux-Mondes du l'i* juin 1896, sous le titre V Australie et la Nouvelle-Zélande, la description du pays qu'il traversa d'AIbany à Perth et de Perth à Coolgardie et Kalgourli, centres actuels des raines d'or. Il n'y a certes rien de comparable entre cette contrée si dénuée de tout et les deux tiers de la Tunisie. Voir aussi Les nouvelles colonies Anglo-Saxonnes; Australie^ Nouvelle-Zélande^ Afrique Australe, par Pierre Leroy-Beaulieu> 1 volume in-12,
des accidents, des perles et de l'imprévu. Un des collaborateurs à La Tunisie^ la publication onicielle de ISVK), indique des rendements de 30 à 5() p. 100, « plus de 50 p. 100, tout en ayant porté les prévisions ide dépenses) au pins haut et payé une rente à des terrains dont on n'aurait pas pu tirer parti par d'autres méthodes d'exploitation (1) ». C'est pour les chèvres que Taudacieux écrivain arrive à cette évaluation d'un bénélice suj)érieur à 50 p. 100; mais il relève encore 30 à 50 p. l(Mj, sinon plus même, pour les veaux et les moutons. Ce sont là des calculs qui se rapprochent trop de ceux de Perretle. Si un propriétaire européen, s'occupant derélevaj;e du bétail enj^rand, arrive à une moyenne de 10 à 15 pour KM), les années de sécheresse et d'épidémie prises en compte, cela vaut bien encore la peine de s'y consacrer. Pour que ce genre de production puisse se développer, il faudrait, toutefois, que les relations maritimes entre la Tunisie et la France devinssent plus faciles et plus fréquentes et (jue les lij^nes régulières de bateaux ne refusassent pas de prendre du bétail à bord, ce qui est advenu trop souvent dans ces dernières années.
Il serait bon aussi que l'on essayât, dans le Sud et le centre Tunisien, l'élevaf^e des moutons en très j(rand, dans des parcs clos de plusieurs dizaines de mille hectares, comme en .Australie, ce qui est le seul procédé vraiment économique en pays neuf et peu peuplé. (Voir plus haut la description de cette méthode, p. 101.)
Un des j^enres d'exploitation qui fascinent aujourd'hui le plus les capitalistes français, lixés en Tunisie ou y voya^^eant, ce sont les plantations d'oliviers dans lesréj^ions du Sahel entre Sousse et Sfax. On a vu plus haut (pages 380 et iOS) combien l'olivier était apprécié des Romains et quel rendement brut il leur donnait. Un directeur de l'Agriculture en Tunisie, plus tard secrétaire général à Madagascar, M. Hourde, dans diverses publications, a pris à tache de réhabiliter Tolivier et de restaurer la culture de cet arbre dans toute la vaste zone où elle a prospéré il y a quinze à seize siècles (2). L'intention est très louable, et M. Bourde aura rendu un signalé service à ce point de vue.
Faisant allusion à un contrat de participation avec les cultivateurs
(1) La Tunisie, Agricullnre, Industrie, Commerce, tome I*»", pages 108 à 130.
(2) Voir ro|)u?cule intitule : Vuipport adressé à M. Huavier, résident général de France à Tunis, sur les cultliies KhumhHts et Cîi particulier sur la culturb i)E l'olivifr dans lu centre de la Tunisie. 1 hrochure in- 12 de 87 pages avec carte, Tunis, Imprimerie Rapide. 1893.
indigènes, contrat dont nous parlerons plus loin, M. Bourde résume ainsi ses calculs :
« Si l'on applique ces moyennes à des superficies, on constate que « pour conserver un hectare contenant 17 oliviers, il faut en plan- » « ter deux en association avec un m'rharci. Cet hectare exigera « donc une mise de fonds de (^'^^= i03fr. «o). . . . 103 fr. 60
« Quand le mVharci aura remboursé ses avances, la u dépense réelle ressortira à 53 fr. 60 *
« A vingt ans l'hectare en plein rapport rapportera « net (4 fr. X 17 = 68) 68 fr. » '
« Et il vaudra, valeur marchande (50 fr.Xl7--=:850), « environ 850 fr. »
« Ce revenu et cette valeur seront majorés sans qu'il y ait accrois- ' « sèment de dépenses si, comme il est probable, au carré des Sfaxiens, « les planteurs européens substituent le quinconce ; au lieu de « 17 arbres à l'hectare on en aura 20. Ce revenu sera porté à 80 fr. « et la valeur vénale de Thcctare à 1,000 francs.
« En nous en tenant au damier actuel, pour conserver 100 hec- « tares, il en faudra donc planter 200, engager une mise de fonds de '« 10,360 fr. et dépenser réellement 5,360 fr. A vingt ans on aura un « revenu d'une valeur de 6,800 fr. et une propriété d'une valeur de ' u 85,000 francs. Pour conserver 1,000 hectares il en faudra planter « 2,000, engager une mise de fonds de 103,600 fr. et dépenser réel- <i lemeiit 53,300 fr. A vingt ans on aura un revenu de 68,000 fr. et M une propriété d'une valeur de 850,000 fr. On peut faire le môme « calcul pour toutes les superficies imaginables. En vingt ans, le « capital est quindécuplù, et ce capital quindécuplé rapporte net '< 8 p. 100, ce qui se rapproche sensiblement du taux ordinaire du « loyer à Sfax. Le revenu annuel dépasse sensiblement la somme « totale primitivement engagée (1 ). »
Voilà, certes, des calculs des Mille et une Nuits, Aucune combinaison n'olFrirait de multiplication aussi remarquable et aussi certaine de capitaux. Ajoutons que, d'après la carte de M. Bourde, un bon tiers de la Tunisie, occupant tout le centre jusqu'un peu audessus de (lafsa et tout le littoral jusqu'au-dessous de Gabès, se prêterait à ces merveilleuses plantations d'oliviers. L'auteur toutefois, dans le texte, restreint cette possibilité de plantation à 1 ,300,000 hec-
(1) Bourde, op. cil.^ p. 48 et 49. . .
tares, ce serait encore énorme, et la plus-value possible à 1 milliard (1).
Il importe, toutefois, de rabattre des calculs de rendement en argent auxquels aboutit M. Bourde et qui ne seraient ni plus ni moins que miraculeux. 11 convient toujours de se rappeler ici le pot au lait de La F'ontaine. Les arbres ne croissent jamais aussi rapidement qu'on l'espère, les moyennes de production sont moins élevées qu'on ne le suppose ; les maladies ou les fléaux naturels, sécheresse, etc., interviennent plus fréquemment, enfin les prix des olives ou de Thuile — les matières oléagineuses, très rares chez les anciens, étant singulièrement abondantes, sinon surabondantes aujourd'hui — baisseront sans doute avec l'accroissement de la production. Une expérience personnelle, outre l'observation, nous a confirmé les mécomptes auxquels aboutissent infailliblement tous ces calculs intrépides. Intéressé dans une grande exploitation de palmiers près de Touggourt en Algérie, depuis quinze ans, il nous a été prouvé que la période de rapport net, qu'on supposait devoir s'ouvrir au bout de sept à huit ans, devait prendre moitié plus de temps, sinon le double et que nombre d'arbres plantés devaient être remplacés.
Le souci de l'exacte vérité, qui chez nous domine toute autre considération, nous fait formuler ces réserves sur des calculs des Mille et une Nuits, Il n'en demeure pas moins constant que les plantations d'oliviers dans le Sahel tunisien et ultérieurement dans une partie de la région de l'intérieur sont une des opérations intéressantes et ayant des chances de productivité qui se présentent au capitaliste. Ce peut être pour lui une tirelire qui, au bout de 12 à 15 ou 20 années, lui rapporte des revenus sensiblement plus élevés que ceux que lui eût donnés la capitalisation en rentes européennes ou en combinaisons d'assurance. Sans doute, l'on ne peut dire que l'aléa soit absolument absent, parce que l'on n'est jamais maître des prix et qu'il est surtout impossible de les prévoir à 20 ou 30 ans de distance ; il est bon de supposer qu'ils baisseront, parce que tout le mouvement de la civilisation, surtout à cette époque d'exploitation de plus en plus intensive du globo et de progrès scientifique, tend plutôt à les déprimer. Mais même en faisant la part de celte baisse, une plantation d'oliviers en plein rapport, c'est-à-dire de 25 à 60 ans, ne coûte qu'un médiocre entretien et devra toujours laisser un revenu net;
(1) Bourde, op. ciL^ p. 38.
elle n'est pas, d'ailleurs, très coûteuse à constituer, étant donné que les arbres sont plantés à très grande distance, c'est-à-dire de 16 à 16 mètres ou même de 24 à 24 mètres, comme aux environs de Sfax, ce qui ne fait, dans le premier cas, que 38 à 40 arbres et dans le second que 17 à 18 par hectare.
Une autre cause qui dément les calculs merveilleux de M. Bourde, c'est que, outre la baisse des prix provoquée par d'énormes plantations, on arriverait bientôt, si l'on multipliait rapidement les plantations d'oliviers, à ne plus trouver de m'rharci, c'est-à-dire de ces cultivateurs indigènes qui entreprennent la plantation avec un contrat de participation peu coûteux pour le planteur. Déjà la Compagnie des Phosphates et du chemin de fer de Gafsa entrevoit cette difficulté pour les 30,000 hectares de terre qu'elle possède dans un rayon qui n'est pas très éloigné de Sfax. Tout en la dépouillant des colossales exagérations des agriculteurs officiels, la plantation d'oliviers en Tunisie reste très intéressante (1).
En considérant toute la contrée comprise entre deux lignes. Tune tirée de Sousse ou même d'un point un peu plus au nord à Tébessa, l'autre de Maharès, située plus bas que Sfax, à Gafsa, on voit qu'elle renferme environ le quart de la Tunisie. Aujourd'hui, sauf sur la frange qui borde la mer, toute cette vaste région est quasi inculte ; autrefois, on l'a vu, elle était presque toute couverte d'oliviers. Les terres y sont légères, les pluies varient de 30 à 40 centimètres, au lieu de 55 à 60 dans la vallée de la Merjerda (comme point de comparaison, le nombre de centimètres d'eau à Paris est de 50 environ). C'est à peine si cette terre, à l'heure actuelle, fournissant un pâturage médiocre, a une valeur vénale de 5 à 6 francs par hectare. Les céréales n'y réussissent guère qu'une année sur quatre ou cinq. On fait valoir que l'hectare d'oliviers vaut de 700 à 800 francs; si l'on replantait donc 1,300,000 hectares, ce serait un milliard de plus-value pour la Tunisie, c'est-à-dire beaucoup plus que la valeur actuelle du pays tout entier. Il est probable qu'il faudrait rabattre de ces calculs et que les oliviers de l'intérieur pourraient ne pas valoir ceux qui sont baignés par l'air de la mer. Mais en ne mettant leur valeur qu'à 400 ou 500 francs l'hectare, on
(1) Nous avons visite les olivettes de Sfax qui sont admirablemeut tenues; on peut se demander si, dans l'intérieur, on retrouvera le même sol rouge et sablonneux, les mômes effluves marines, qui contribuent i la prospérité de l'olivier dans ce district.
arriverait encore à une transformation du centre de la Tunisie. Aujourd'hui, les statisticiens, avec leur précision effrayante, fîxent à 11,22*2,525 le nombre des oliviers de la Tunisie, ainsi répartis (1); nous les groupons par régions :
Nombre d^oliviers en Tunisie.
Bizerle 5Î7.5Î4
i Tunis 2.S92.a5l
^^<àon^ori &.eiVArba::::::::::::::: 'S
' Le Kef 76.093
Maktar 44.8Î6
Total de la région Nord a. 783.851
P^ u„ j Cnidat de Soliman 1.700.000
^*P ^^^ i Caïdat de Nabeul 355.000
Total de la région du Cap Bon 2.055.000
SouMe 4.000.000
. Kairouan 80.000
Région du Sahel et du Sud. ) f.Jf ^ ' •;•:•• ^ "Î^S*^
*^ j lie de Djerba 450.000
f Gabès, Arad, Djebel etZarzift. ?ôl .904
Tozeur 101 . 770
Total de la région du Sahcl et du Sud 5.883.674
Total général pour la Tunisie 11.222.525
En apparence, les olivettes de la région nord et du Cap Bon seraient presque aussi importantes que celles de la région du Sahel et du Sud, à savoir 5,338,851 arbres contre 5,883,525. Mais il s'en faut singulièrement qu'il en soit ainsi. Plantés très serrés, à 8 ou 10 mètres de distance, parfois môme à 5 ou (>, mal taillés, n'ayant le plus souvent que le tronc en forme de moignon d'où partent directement les ramilles, sans maîtresses branches, mal entretenus, avec des cultures intercalaires, les oliviers de la région du nord et même de celle du Gap Bon ne rapportent que médiocrement. Les olivettes appartenant aux htiboiLs^ c'est-à-dire à la mainmorte religieuse, sont aussi très nombreuses dans la région du nord; en certains massifs, elles forment jusqu'à 50 à 80 p. 100 de l'ensemble, et l'administration des habous les avait singulièrement négligées. (]e n'est guère que dans le Sahel et le Sud que l'olivier atteint toute sa productivité, tant par la faveur particulière du sol et du climat que par la tradition de soins intelligents qui s'y est maintenue.
(l) La TunisiCf Agriculture j Industrie^ Commerce^ I, page 182.
l'olivier ; LE CONTRAT DE M'RHARÇA. 421
Dans cette même région du Sud, tous les districts sont loin de se valoir; celui de Sfax l'emporte de beaucoup sur tous les autres; c'est le vrai pays de la culture actuelle de Tolivier, celui dont doivent partir les exemples.
Il est malaise de dire quel nombre d'hectares représentent ces 11,222,000 oliviers; dans le Nord ils sont plantés à 8 ou 10 mètres d'écart en chaque sens, ce qui donne 100 à 150 pieds par hectare; il est ainsi vraisemblable que les 5,339,000 oliviers de la région du nord et du Cap Bon ne représentent guère ensemble plus de 40,000 à 45,000 heclares. A Sfax, dans les terrains les mieux cultivés, l'écartement de la plantation va jusqu'à 24 mètres en tout sens, ce qui ne donne que 17 pieds par hectare environ; mais il s'en faut que cette distance soit partout observée et en calculant sur 40 à 50 pieds à l'hectare en moyenne pour l'ensemble de la région du Sahel et du Sud, on voit que les olivettes y couvriraient entre 120,000 à 150,000 hectares ; en y ajoutant les 40,000 à 45,000 hectares du Nord, on ne trouve pas plus de 200,000 heclares plantés en oli viei's pour toute la Tunisie. On estime à 20 ou 25 millions de francs par an la moyenne des récoltes brutes, soit à 101) ou 120 francs par hectare. On peut considérer que l'on arrive facilement à 140 ou 150 francs eu moyenne dans la région sud et que l'on ne se tient guère qu'à 50 ou 60 dans la région du nord. Ce sont là des chiffres assez restreints, même ceux de la région sud; il est vrai que les frais qui consistent, d'une manière irréductible, dans les labours, la taille et la cueillette, sont peu considérables ; mais si l'on y joint la fumure, qui est nécessaire pour une olivette très soignée, ils atteignent une somme beaucoup plus forte, d'autant que le bétai l est assez rare dans le pays des oliviers ; il est vrai que fumés le rendement brut peut être double et atteindre sans doute 250 à 300 francs dans la région sud.
Les capitalistes européens très patients peuvent s'adonner à la restauration des olivettes de la région nord, dont beaucoup sont quasi improductives à l'heure présente, ou à la plantation d'olivettes dans la région sud. Pour le premier objet, il faut supprimer les cultures intercalaires, bien labourer, jusqu'à 4 ou 5 fois par an le sol, le fumer, si possible, faire tailler avec soin les arbres par des ouvriers experts venant de Sfax, arracher un olivier sur deux, afin que l'arbre soit aéré, condition favorable pour la fructification, enlever avec soin les gourmands. On pourrait ainsi en quelques années restaurer celles
des plantations du Nord qui ne sont pas trop frappées de caducité. Quant aux plantations nouvelles, elles tendent à se multiplier dans les régions du Sahel et du Sud. Une forme commode de contrat, celle que Ton nomme le mVharça et qui rappelle certains arran|^cments autrefois, peut-être encore maintenant, usités en France sous le nom de contrat de complant, facilite la tâche au capitaliste. Le propriétaire acquiert la terre et fournit à l'ouvrier les outils et les animaux. Celui-ci fait la plantation et l'entretient jusqu'au jour où elle donne un produit qui couvre les dépenses. On dit que cela arrive vers la huitième année; mais il sera bon de compter sur un délai un peu plus lonj;, qui est, d'ailleurs, très variable suivant les soins donnés, suivant aussi Técartement des plants. Les olivettes à plants très espacés, à 20 ou 21 métrés en tout sens, sont beaucoup plus productives quand elles sont adultes, c'est-à-dire à 25 ou 30 ans, sinon davantage ; mais elles le sont naturellement beaucoup moins dans leur adolescence, c'est-à-dire pendant les 15 ou 20 premières années. Une fois l'arbre entré en production, la surface plantée se partage en deux moitiés égales, dont l'une va au propriétaire, l'autre devient la propriété du cultivateur ou m'rharça qui doit, toutefois, sur cette moitié, rembourser les avances qu'il a reçues.
Ce procédé est commode ; peut-être un propriétaire résidant ou ayant un bon régisseur et disposant d'une grande propriété, trouverait-il, cependant, plus d'avantages à faire travaillera son compte.
I>a plantation des oliviers a reçu et va recevoir une grande impulsion de la mise en vente, par le gouvernement, des terres dites sinlines dans la région de Sfax. Ces terres avaient été données au XVI* siècle à une certaine famille Siala ; pour des causes que nous ignorons, le Domaine les reprit ou les recouvrîi en 1870, c'eslà-dire onze ans avant notre occupation. Un décret du S février 1802 décida leur mise en vente au prix de dix francs l'hectare sous condition de les planter dans les (|ualre ans. Aux termes du rapport au Président de la République sur la Situation de /c? Tunisie en 1804, un inspecteur de la viticulture et de l'arboriculture aurait été chargé deu la reconnaissance agronomique de ces terres sialines, à rcITet d'en étudier la valeur cullurale et de rechercher les points les plus propices à la plantation des oliviers »>. On nous dit qu'il aurait exploré dans une première campagne r)00,(MM) hectares, mais on ne fait pas ressortir les étendues propices aux oliviers. D'après ce même document, 222 demandes de terres sialines avaient été