PERFECTIONNEMENTS DANS LA CUEILLETTE DE L'OLIVE
reçues avant la fin de 1891 ; dans ce nombre, 24 portant sur 6,000 hectares émanaient de Français; 5 pour 160 hectares provenaient d'étrangers, sans doute de petits cultivateurs italiens ; enfin 193, pour 8,840 hectares, émanaient d'indigènes. La compilation officielle plus récente, La, Tunisie^ Agriculture^ Industrie, etc. (1896), ùxe à 72,000 hectares les demandes de terres sialines tant pour les indigènes que pour les Français, ou plus exactement, les Européens ; et ajoute que « comme il importe de laisser aux indigènes qui avaient coutume de vivre sur ces terres les espaces qui leur sont indispensables, les parcelles de terres sialines pour la plantation d'oliviers commencent à devenir rares ». Elle termine en disant que l'Etat possède d'autres terrains propices à la même culture à Sidi-Nacer- Allah, au Gamouda, à Sbeitia et à Kasserine (1). Il n'est pas certain, toutefois, qu'en s'éloignant davantage de la mer, ou en s'enfoiiçant plus au Sud, on trouve des conditions tout à fait aussi favorables que dans les environs de Sfax.
Quoi qu'il en soit et malgré qu'il y ait prudence à énormément rabattre des calculs faits par M. Bourde dans son « Rapport sur la culture de l'olivier dans le centre de la Tunisie (2) », il est certain que les plantations d'oliviers, qui profitent aujourd'hui d'un grand engouement, vont considérablement s'étendre dans ce pays. Les terres que l'on a allouées h concurrence d'une trentaine de mille hectares à la société concessionnaire des phosphates de Gafsa et du chemin fer de Gafsa à Sfax, devront aussi sans doute constituer, en notable partie, des olivettes. Sans croire que l'on revienne facilement aux millions d'hectares d'oliviers que l'on prétend avoir existé dans Tancicnne province romaine d'Afrique, il y a des chances pour qu'il soit ajouté en une quinzaine d'années une ou deux centaines de mille
(1) La Tunisie, Agriculture, etc., I, 105.
(2) M. Bourde évalue le rendement moyen à 30 litres de fruits (soit Gi,90 d^huile) par pied de 10 ans, à GO litres de fruits ou 131,80 d'huile à 15 ans, enfin à 20 ans à 90 litres de fruits (soit 201,70 d'huile), par pied. Des plantations bien soignées et à très grands écartements comme dans la région de Sfax pourraient, selon lui, produire davantage. 11 y a, en général, une bonne récolte sur deux. ÂG5 francs le quintal et pour une vingtaine de pieds à l'hectare cela donnerait un rendement brut de 2G0 francs; soit 130 francs en moyenne par année, puisqu'il n'y a qu'une bonne récolte sur deux; d*autre part, quand les arbres sont en plein rapport, les dépenses d'entretien et d'impôt sont évaluées par M. Bourde à 2 fr. 75 par arbre, «oit pour 20 arbres 55 francs environ par hectare. Il resterait net 75 francs annuellement ou environ 4 francs par arbre, un peu plus mc^uie si la planiatiou ne contient que 17 à 18 arbres au lieu de 20. (Bourde, op. citât., pages 39, 40, 47 et 48.}
hectares aux 200,000 environ qui se trouvent affectés à cette produclion dans Tancienne Régence. Comme on peut espérer que la culture en sera soignée, il y a des chances pour que la production des olives en soit plus que doublée et que, au lieu de valoir de 20 à 25 millions de francs par an, elle atteigne 50 à 60 millions, réserve faite de la baisse possible des prix. On ne doit pas oublier, toutefois, qu*il faudra bien un quart de siècle pour arriver à ce résultat, car on ne peut pas compter qu'une olivette, surtout plantée à de très grands écartements, soit en pleine production avant vingt ans, il serait peut-être plus sûr de dire trente ans (l).
Quant à la baisse des prix de Thuile d'olive, elle est presque certaine; mais le cultivateur et le propriétaire ont, peut-être, dans les progrès de la cueillette et du traitement du fruit, des moyens de ne pas trop s'en ressentir.
On a fait remarquer que, dans le région de Sousse et de Sfax, la substitution des usines européennes aux moulins arabes, en permet-
(I) M. Daniel Zolla, le professeur d'agriculture bien connu, a eu l'obligeance de nous remettre la note que voici au sujet d'une plantation d'oliviers où il est intéressé. Il ajoute que le mode de rémunératiou adopté pour le régisseur est spécial à cette propriété.
Plantation iVotiviers aux environs de Sfajr sur des terres « Sialines » — Domaine appelé » la Parisienne », d'une surface de 775 hectares, situé au oord-ouest de Sfax, à une distance de 30 kilomètres.
Quatre propriétaires :
M. R..., négociant à Paris;
M. C..., industriel;
M. L..., député;
M. Zolla, professeur à TÉcole de Grignon.
La direction du domaine est confiée par les quatre propriétaires au même régisseur français.
Mode d'exploitation. — La plantation, l'entretien et la culture des oliviers est confiée à des métayers iudigèncs, qui ont le droit de faire des cultures intercalaires.
Ces métayers (M'hrarci) reçoivent au début une avance de 1 fr. 50 par pied ' d*arbre.
Le nombre de pieds d'oliviers est de ?5 par hectare. Les avances faites aux métayers sont remboursables an moment du partaf?e, c'est-à-dire dix ou douze ans après la plantation. Le remboursement est effectué soit en argent, soit en nature. A l'époque du partage définitif, les métayers ont droit à la moitié de la surface plantée par eux.
Mais, à titre de remboursement d'avances, ils abandonnent un nombre de pieds d'oliviers correspondant à la somme dont ils sont débiteurs. C'est là le remboursement eu nature visé plus haut.
En dehors des avances égales à I fr. 50 par pied d'olivier planté, les propriétaires acquittent les frais d'établissement des puits nécessaires.
Frais de plantation et autres d'un hectare d'oliviers, — Achat de terrain
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tant de tirer de l'olive une quantité d'huile plus grande et plus pure et valant jusqu'à 60 p. 100 de plus, soit sur place 80 francs le quintal au lieu de 50 francs, avait donné une plus-value considérable aux olivettes dans cette contrée et provoqué les plantations des indigènes, même avant la vente des terres sialines. L'utilisation des grignons ou marc de l'olive, dont on tire divers usages, en allant jusqu'à faire de l'extrême résidu une matière de chauffage, a le même résultat.
On n'est pas arrivé encore au dernier terme du progrès. On fait observer que si, à Marseille, les huiles tunisiennes élaborées parles usines européennes, se vendent dans les environs de 90 à 100 francs au lieu de 55 à 65 francs, prix des huiles arabes, d'autre part, les huiles de Bari en Italie obtiennent des prix de 140 à 150. H est vrai que si les huiles fines se multipliaient, leur prix baisserait dans de très fortes proportions, peut-être de moitié ; c'est de cette éventualité qu'il faut tenir compte. En outre des huiles fines ou communes, la production des olives de table, comme nos lucques de Provence ou du Bas-Languedoc, pourrait se développer en Tunisie.
Enfin la généralisation de quelques bonnes pratiques de cueil-
(10 fr. par hectare. — 5 fr. au moment de la prise de possession —5 fr. au moment de la délivrance du titre définitif) 10 >*
Etablissement des puits 3.40
Avances aux M'hrarci (1 fr. 50 par arbre), soit pour 25 oliviers 37 .50
Total 50.90
Exemple choisi. — La pièce appartenant à M. D. Zolla et ayant une surface de 143 hectares.
Les frais de plantation et autres d'un hectare d'oliviers, en tenant compte do Tachât du terrain et de rétablissement des puits, reviennent, comme on vient de le voir, à 51 fr. environ. En tenant compte des a,v nnccs remboursables, ils s'abaissent à 13 ou 14 francs.
Les frais de régio s'élèvent àOfr. 66 par hectare et par an.
Le régisseur intéressé aura droit, au moment du partage définitif, au sixième de la surface plantée; c'est-à-dire au tiers de la moitié qui devrait, en principe, être conservée par le propriétaire.
Eu conséquence, au bout de dix ans, le propriétaire d'un hectare coûtant 14 fr. et avec les frais de régie (0 fr. 06 par hectare et par an)
?0fr. 60 abandonne :
ares.
Au métayer 50 »
Au régisseur 16 06
Total 66 66
il lui reste, en définitive, 33 ares ayant coûté 30 fr. 60, ce qui porte le coût
426 LA TUiNISlE.
Ictte amènerait des résullats meilleurs. Sur le bateau de Tunis à Marseille, nous entendions dire à un grand négociant en huiles, qui a construit une importante usine à Sousse, qu*il était parvenu à singulièrement améliorer l'état des olives de la contrée par un procédé très simple : non seulement, il demandait que la cueillette se fit à la main, ce dont les indigènes avaient déjà Thabitudc dans cette région, et non avec de grandes gaules qui abîment Tarbrc et le fruit, comme dans le nord de la Tunisie ; mais encore il conseillait d'étendre sur le sol et au-dessous des arbres, au moment de la cueillette, des toiles, afin que les olives tombait fussent moins meurtries et ne se trouvassent pas souillées de terre ou de sable. Pour faciliter aux indigènes ce perfectionnemenl, il leur prêta des toiles et peu à peu l'habitude s'en prit dans le pays. Ce même négociant racontait qu'ayant fait des affaires en Portugal il n'avait pu obtenir des propriétaires et des cultivateur» portugais d'employer les toiles pour la cueillette, d'où il résulte que les Arabes de Sfax montrent plus de goût pour le progrès et plus de propension aux changements de méthodes, que certains peuples du midi de l'Europe.
Ainsi, l'on pourra, sans doute, compenser, au moins partiellement, l'effet de la baisse presque certaine des prix tant des olives, que de l'huile, par certaines améliorations dans la culture, la cueillette et
de rhcctarc àCl ou G? fraucs. Le renibourscraent eu uature effectué par les métayers abaissa seusiblement ce prix de revient.
Le mode de rémuuératiou adopté pour le régisseur est spécial à l'exemple choisi.
Enfin, l'hectare d'oliviers revenant à 50 ou GO fr. réellement, peut être vendu, parait-il, SOO ou 225 fr. au momiMit où les oliviers atteignent l'Âge de dix ans.
Il n'est pas tenu compte ici de riutérét du capital exposé. D. Zolla.
Dans uue communication complémentaire, M. Zolla nous écrit: « Tout ce qui touche les frais de premier établissement que je vous ai communiqué est rigoureusoment exact. JVi oublié senlenifiit de vous dire que, au moment du partage ave<'. les métayers indigéups, notre régisseur, qui doit avoir le tiers de notre part (la moilié du tout\ devra nous rembourser la valeur du terraiu au prix d'aclint et les frais de plantation. Bref, nous lui cédous le sixième de la Furface au piixde reviiuit et il bénéficie seulement de la plus-value. Ceci n'a, d'ailleurs, qu'une médiocre importance, puisque ces conventioDS sont toutes personnelles et n'en;;ageut que nous. »
Toujours est-il que, d'après M. Zolla, dont l'expérience est toute directe, le capitaliste qui plante 100 hectares avec le contrat de M'rharçà et qui, ne résidant pas, doit avoir un régisseur, dont on ne voit pas comment il se passerait, possède 33 hcctan;s -Vi ares d'oliviers et non pas 50, comme le dit M. Bourde. Celui-ci ue tenait pas compte des frais de régie.
le traitement (1). Sans produire les résultats merveilleux qu'ei» espèrent des enthousiastes, les plantations d'oliviers peuvent donc
(1) En ce qui concerne les importatious d'huile d'olive dans les divers paya, M. Bourde, d'après des renseignements qui lui ont été communiqués par M. de Poville, établit la statistique suivante pour 1892 ou dans les années^ voisines :
IMPORTATIOKS d'iIUILES u'OLlVB
kilog.
En France (1892) 22.720. MO
— Angleterre (1892) 21.513.150
- Italie (1892) 553.100
— Espagne (1891) 44.679
— Autriche-Hongrie (1889) 3. 103.600
— Allemagne (onze premiers mois de 1892) 3 066.300
— Pays-Bas (1891) 1 .054.681
— ÉtaU-Unis ( 1891 ) 4.914.662
Pour les autres pays, ou bien il n'est pas établi de distinction entre les huiles d'olive et les autres.huiles comestibles, ou bien les chiffres ne sont pas connus.
M. Bourde eu tire la conclusion que l'on peut évaluer à 60 millions de kilogrammes, représentant une valeur de 55 à 60 millions de francs, la quantité d'huile d'olive que le commerce international demande annuellement aux pays qui la produisent.
« Eu 189*2, la part de la Tunisie dans les importations en France a été de 5.700.000 kilogrammes. Mais la récolte avait été exceptionnelle. Cette part n'ovaitpas dépassé jusqu'alors 2 à 3 millions. La France demande à l'étranger 17à 18 millions de kilogrammes d'huile d'olive qui lui sont fournis principalement par l'Espagne et par l'Italie. C'est là un débouché dont la Tunisie peut s'emparer d'autant plus aisément que ses huiles sont admises en franchise eu France, tandis que les huiles italiennes payent un droit de 15 francs et les huiles espagnoles un droit do 10 francs par cent kilogrammes. A mesure qu'elles seront produites en quantité sullisante, les huiles tunisiennes sont donc certfiines de supplanter les huiles étrangères sur le marché français. Voilà un débouché assuré pour un produit de prés de deux millions d'oliviers de plus.»
Ainsi parle M. Bourde (pages (i4 et 65 de sa brochure). Remarquons que 2 millions d'oliviers de plus représeuteut, à 20 par hectare, 100.000 hectares. Ainsi, il sulfirait que l'on plantât 100.000 hectares eu oliviers, pour que la Tunisie absorbât tout le marché français, dont elle n'occupe aujourd'hui, d apW's M. Bourde, que le tiers ou le quart au plus. Il est clair qu<' les 17 à 18 niilllous de kilogrammes d'huile italienne et espagnole ne se laisseraient pas compl«'*iement évincer du marché français, sans lutter, c'està-dire sans grande baisse des prix.
Si, au lieu de planter 100.000 hectares nouveaux en oliviers, on avait la prétention de replanter les 1.300.000 hectares environ que M. Bourde considère comme propres à cette culture dans le centre de la Tunisie ipage 28 de sa brochure) ou même simplement 500.000 hectares, il en résulterait une augmenlaliou de production qui atteindrait environ 50 millions, de kilogrammes, soit presque le chiffre actuel des importations du monde civilisé en huiles d'olive, encore dans la supposition que toutes les importations actuelles sont formées d'huiles d'olive absolument génuines ou pures, sans mélange d'huiles diverses.
Cet accroissement de la production provoquerait certainement une baisse
rester une afîaire séduisanle et avantageuse pour ceux qui ont le moyen de longtemps attendre.
Nous ne nous étendrons pas ici sur les revenus que l'ancien directeur de TAgriculture, M. Bourde, espère du caroubier, des cactus
énorme des prix. Voilà pourquoi on doit teuir les calculs de M. Bourde poar fort exagérés, surtout au cai», d'ailleurs improbable, où Ton planterait eo Tnuisie des centaines de milliers d'hectares d'olivettes. Voilà pourquoi aussi on ne peut entretenir l'espérance de reconstituer le centre tunisien, comme il était dans l'antiquité.
Tous ces calculs des MiUe et une yuits méconnaissent, comme nous l'avons remarqué dans le texte, que l'huile d'olive était à la fois dans l'antiquité la seule huile comestible et le principal élément d'éclairage, tandis que l'huile d'olive, à l'heure actuelle, a beaucoup de concurrents pour son emploi comestible et est absolument exclue de la fonction d'éclairage. II reste bien quelques emplois dans la savonnerie et autres fabrications, ujais cela ne fait pas une sufllsaute compensation.
Tout formidablement exagérés qu'ils soient, les calculs de M. Bourde sont instructifs et intéressants. La plantation de plusieurs dizaines de nnllien d'hectares, peut-être même à la longue de 150.000 à 300.000 hectares, peut figurer dans les opérations possibles et profitables, mais non dans les conditions de merveilleux bénéfices dont nous entretient l'ancien directeur de l'agriculture en Tunisie.
La culture de l'olivier n'a donc dos chances de rester très rémunératrice que si elle ne s'étend pas démesurément.
Tout en rendant à .M. Bourde cette justice qu'il a, par son opuscule et sa propagande, attiré l'attention sur une production intéressante, il n'en est pas moins vrai que les hyperboles auxquelles il s'est livré pourraient, si l'on ne remettait les choses au point, avoir des inconvénients graves. Non seulement des personnes à fortunes restreintes pourraient être ainsi attirées, parfois en empruntant, dans des opérations qui donneraient des mécomptes, mais de plus des aventuriers pourraient se couvrir de ces calculs officiels pour faire des dupes et des victimes. En se reportant, en effet, à ces calculs (page 417), on voit que, s'ils étaient exacts, aucune caisse des retraites ne vaudrait un placement de ce genro.
Or, il s'est fondé, depuis quelque temps, des socii'tés qui, soit par l'ingénuité de leurs chefs, soit par leur rouerie, veulent faire d'opérations foncières la base de caisses du retraites prodigieusement fécond«.'S. Ainsi nous avons sous les yeux un journal intitulé «* Le Sud Corse Colonial, ancienne Coopérative Coloiiiale »«, dont on nous a envoyé toute uno série d'exemplaires. G* journal mensuel est rédigé par « La Garantie Foncière, société mutuelle civile, coopérative, d»*. cousiilutiou de pn)priétés et de cnpit'iux par la plantation viticole, fruitière et forestière eu Corse, en Algérie et en Tunisie ». On y promet des « Reuti's Viagères à h» p. 100, quel qur» soit l'Age, avec patrimoine
foncier donu.int un revenu aux héritiers ; un livret donnant 1.500 francs
de rente api es i'» ans, par un versement de *2 francs par mois ».
Si les organisateurs de ces combinaisons fantastiques avaient eu veut des calculs de l'honorable M. Bourde, ils pourraient donner à leurs hyperboliques promesses la sanction morale du gouvernement tunisien, et cela ne laisserait pas que d'avoir les inconvénients moraux et nïatèriels les plus graves.
Les rapports olliciels, quelijue louable que soit l'intention qui les inspire, doivent être plus circons;)ects.
LA MOYENNE COLOMrATION. 420
sans épines comme fourra;îes, etc. ; sans prétendre qu'on ne puisse tirer parti de ces plantes, les calculs très séduisants faits k ce sujet paraissent négliger certaines données pratiques. Cela ne veut pas dire, toutefois, que ces productions soient sans aucun avenir. De . même que le maraîchage, les essences à parfumerie peuvent en avoir un assez brillant à la longue.
La moyenne colonisation, celle qui dispose de capitaux de 25,000 à 100,000 francs, a vu ses perspectives se renouveler et s'élargir par les résultats qu'obtient un colon de cette catégorie, M. Trouillet à Tounga. Une installation des plus simples, près d'une source, un domaine loué à enzel 5,000 francs et contenant 1,500 à 1,800 hectares, une maison de petit propriétaire rural de France, des constructions tout à fait rudimentaires, des hangars ouverts, presque même des gourbis, pour abriter quelques chevaux, quelques bœufs, des moutons et beaucoup de porcs, contre les grosses intempéries ; aucuns frais qui n'aient pour objet un revenu immédiat; pas même un bouquet d'arbres auprès de la demeure; aucun employé, domestique ou serviteur européen ; rien que la famille et une bonne ; des Khammès indigènes ou métayers au cinquième du produit (les quatre autres cinquièmes revenant au propriétaire) ; des salariés indigènes aussi pour les cultures directes qui entourent le bordj modeste, mais assez confortable; "2 hectares environ de vignes, sans aucun . désir de les accroître ; 100 à 150 hectares de céréales, faites avec le . plus grand soin : fumées, sarclées, parfois un peu arrosées, produisant en froment l'2 à 10 quintaux métriques par année, soit IG à 20 hectolitres par hectare, ce qui pour l'Afrique est beaucoup ; voilà ce que nous avons vu à Tounga, conduit par le propriétaire lui-même, homme plein d'entrain et d'aspect très satisfait; il y a, avec ces cultures et surtout avec le croît des troupeaux, de quoi non pas mettre le propriétaire ou plutôt l'enzéliste dans l'opulence, mais lui assurer une vie assez large, un rapport rémunérateur et lui permettre quelques économies sur le revenu des 25,000 francs qu'il a engagés dans cette entreprise.
De moyens colons, doués de la même intelligence et du même soin, pourront obtenir le même succès, qui n'a rien d'éblouissant, mais qui est réconfortant (1). 11 faut, cependant, remarquer que le colon
(1) On prétend que M. Trouillet reçoit une subvention occuHe du gouvernement tunisien, ce qui enlèverait à son expérimentation une grande partie de sa valeur documentaire.
•en question n^cmployant aucun Européen, la francisation du pays n*tvancc que peu avec cette culture moyenne. Quand même il viendrait chaque année 2 ou 300 colons de ce genre — et Ton en <;st bien loin, — se fixer en Tunisie, ce ne serait jamais, avec les membres de leurs familles, qu*un millier de personnes tout au plus. L*exemple resterait bon et, de proche en proche, la culture indigène pourrait en profiter.
Ceux qui veulent assurer le peuplement européen de l'ancienne Régence ont songé à un autre mode. Il n'y a guère à compter, on Ta vu, du moins d'ici ù longtemps et hors de la banlieue des villes, ^ur les petits colons propriétaires ; il leur faudrait trop de rares -qualités et d'heureuses conjonctures pour qu'ils prospérassent en l^rand nombre, surtout les Français qui, sur notre douce terre de France, ont perdu, pour la plupart, Tendurance des anciens temps ; les Italiens, sobres, frustes, âpres à la besogne et à Téconomie, s*y prêteraient mieux ; mais nous n'avons pas à nous ingénier à faire leur lit(l).
On a donc pensé au métayage. Des essais divers ont été faits dans la presqu'île du Cap-Bon et aux environs de Tébourba ; celte dernière expérience, que nous avons été voir sur les lieux, est due à un homme fort entreprenant et avisé, M. Saurin, professeur au lycée de Tunis qui, comme beaucoup de fonctionnaires doTunisie, s'estépris de la colonisation. Il a consacré à son système une brochure qui s'est fort répandue et qui offre beaucoup d'intérêt. On y trouve des renseignements, parfois un peu optimistes, sur les cultures, notamment sur les sept suivantes qui, d'après lui, réussiraient au nord de la Tunisie d'une manière constante (adjectif un peu excessif) : l'avoine, Torge, le blé, le lin, les fèves, les vesces, le fénugrec. Avec ces sept plantes, on établirait un assolement avantageux ; la moitié, tout au moins, des terres, sinon les deux tiers, seraient consacrés à l'alimentation du bétail ; tous les ans, on introduirait une sole de légumineuses ; telle serait la base de l'exploitation ; on y joindrait quelques arpents de vijrnes et quelques cultures arbustives. M. Saurin «crée des métairies de iO à 50 hectares environ chacune, ayant une maison d'habitation fort simple, mais convenable, avec un appentis
{{) 11 s'est déjà constitué en Tunisie une classe do petits propriétaires italiens; ou compte plus de dix centres de ces cultivateurs ; l'un d'eux aurait plus de 100 habitants.
(2) Manuel de Vimigrant en Tunisie, par Jules Saurin, nouvelle édition, treizième mille, Paris, A. Challamel et Léon Ghailiey, 1896.