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LE MÉTAYAGE EUROPÉEN

pour resserre, une vaste étable-écurie de 20 mètres de long sur 7 à 8 de largeur, et un puits ; parfois le puits sert à deux métairies ; aux 40 ou 50 hectares pour les cultures on joint, quand cela est possible, un droit de parcours sur des terrains vagues, en monia<;ne ou en coteaux ; on confie au métayer 8 bœufs de labour, 100 brebis ou 20 vaches; celui-ci doit mettre toutes les terres en culture à ses frais, supporter seul Tentretien du matériel agricole qui doit lui appartenir; les semences sont fournies par moitié. Les deux tiers des céréales et la moitié des produits du bétail et du vignoble sont attribués au métayer; déplus, il a le droit de cultiver un jardin de 10 ares, d'élever de la volaille et d'entretenir une vache pour sa consommation de famille. L'auteur de ce plan pense que, en choisissant avec soin des métayers français énergiques et pourvus de famille en âge de travailler, en les surveillant avec intelligence et bienveillance, et en leur donnant des conseils, on obtiendrait des succès presque constants, et Ton pourrait avoir un rendement de Sa 10 p. 100 des capitaux engagés. Cela n'est pas impossible, quoiqu'il n'y faille pas compter d'une façon absolue ; en tout cas, il ne s'agirait pas, dans ce système, de prendre ou de faire venir de France les premiers métayers venus. M. Saurin en a déjà choisi quelques-uns, qu'il est allé chercher en France dans les départements du Dauphiné, Drôme ou Isère, ou dans ceux de la vallée de la Garonne. Il n'a pas voulu se fier aux renseignements que pouvaient fournir soit des propriétaires, soit d'autres répondants, comme des notaires, juges de paix, curés ou maîtres d'école. Ce système, d'aller vérifier en France si Taspirant métayer en Tunisie possède toutes les qualités requises, de prendre des hommes aux habitudes un peu primitives, énergiques et à nombreuse famille, est excellent; mais on voit qu'il n'est pas absolument à la portée de tout le monde, et qu'il entraîne des frais et des démarches dont il serait juste de tenir compte dans l'établissement du produit net.

On peut recourir à tous les systèmes que nous venons d'indiquer. Il est clair, cependant, qu'on n'arrivera pas ainsi à peupler de Français les campagnes de Tunisie. Quand, d'ici à dix ans, 1,500 à 2,000 capitalistes français achèteraient des terres à élevage du mouton ou du bœuf ou des terres pour planter des olivettes, que le tiers ou le quart de ces capitalistes, ce qui serait beaucoup, résidassent la plus grande partie de l'année sur leurs domaines, quand ils auraient un régisseur ou chef de culture français et un ou deux employés

français ; quand on attirerait, d'autre part, 500 petits propriétaires de la métropole et 500 métayers, ce ne serait pas là un médiocre effort, et cependant, c'est à peine s'il en résulterait, en ces dix années, rétablissement de 8 à 10,000 Français, familles comprises, dans les campagnes de Tunisie. En supposant que les Italiens fournissent un nombre double, la population européenne de la Tunisie se serait, de ce chef, accru de 24,000 à 30,000 âmes dans la prochaine décade d'années (1).

Ce ne serait, sans doute, pas là un résultat négligeable, d'autant que le développement du personnel français ou européen employé

(1) Le gouvemcmcut tuuisicn a installé en 180G un service de renseignements généraux à Paris au sitge d'une société bien connue et qui fait une très active propagande, VUnion Coloniale. Il résulte des renseignements reçus que dans uu peu moins d'une année, il y avait eu des demandes de renseignements émanant de 700 personnes, dont 134 seulement provenaient de gens possédant des capitiux. Ces 134 demandes seulement sont à retenir an point de vue de la colonisation agricole. Eu supposant que tous les demandeurs donnassent suite à leur projet d'acheter ou de se Ûxer en Tunisie et qu'ils y restassent tons, ce qui n'est guère admissible, en portant même ce nombre de demandes à 150 pour une année tout entière, un ne dépasserait pas l'hypothèse que nous avons faite dans le texte.

Voici comment la Dépèche Tunisienne (journal odicieux) dans son numéro du 24 mars 18D7 s'exprimait au sujet de ce fonctionnement de l'oflice de renseignements près de l'Union Coloniale à Paris :

n On sait que dans les bureaux de cette société a été installé, en 1896, uu service de renseignements généraux de la Tunisie, sous la direction de l'ancien rédacteur en chef de ce journal. Ce service, depuis son fonctionnement, qui remonte seulement à une dizaine de mois, avait reçu, à la date du l^' mars, des demandes de renseignements émanant de 700 personnes environ ; sur ces 700 demandes, 134 émanaient de gens disposant de capitaux; ces 134 demandes, au point do vue de l'importance des capitaux, se subdivisaient ainsi :

« De là 5.000 francs V

a De G,000 à 10.000 — 37

H De 1 1,000 à V5.000 — Tl

u De ?5,000 a 50.000 — 2k

<« De 50,000 à 100.000 — 13

'< De 100.000 francs et au-dessus Il

» L'ensemble représentait l'énorme total de 3.609.500 francs, soit une moyenne de 50.936 francs par éniigrant.

« Disons tout de suite qu'à cette même date du l*^' mars, 28 familles avaient pris le chemin de la Tunisie; ces 28 familles représentaient en bloc le fort joli denier de (>'25.OO0 francs; remarquons enfin que le succès de VUnion Coloniale e\\i été certainement plus beau si son action n'était journellement entravée ]»ar la campagne violente faite dans certains journaux de la Métro- , pôle contre la Tunisie, campagne malheureusement inspirée d'ici même et qui profite surtout aux autres colonies, mais passons...

« Des chiffres donnés plus haut et qui s'étendent sur une période de temps

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