‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 15 sur 222 · L'IMMIGRATION. — LE PEUPLEMENT. — L'ACCLIMATATION · texte numérisé non relu

L'IMMIGRATION. — LE PEUPLEMENT. — L'ACCLIMATATION

Obstacles que dans les premiers temps le gouveroement opppose à Tim migration. — Infiltration lente de l'élément européen. — Appel aux agriculteurs européens Ters 1840. — Alternatives de faveur et de rigueur vis-à-vis de rimmigration.

Marche ascendante de la population européenne. — Comparaison du peuplement de TAIgérie avec le peuplement de l'Australie. — Excédent des décès sur les naissances pendant les vingt premières années. — Depuis lors, excédent notable et continu des naissances sur les décès dans l'élément européen.

Acclimatation inégale des diverses nationalités européennes. — Proportion de ces diverses nationalités dans le nombre total des colons. — Craintes inspirées par Tafflux des Espagnols. — Les naturalisations. — Moyens de favoriser à la longue la naturalisation des Européens étrangers.

Caractère hybride de l'élément français en Algérie. — Nécessité d'une union politique pendant plusieurs siècles de l'Algérie avec la France. — Le recensement de 1891 et celui de 1896. — Augmentation considérable de la population indigène.

Le gouvernement, dans les premiers temps de la conquête, répugnait à une immigration considérable, soit française, soit étrangère ; bien loin de l'attirer, il s'efforça de la prévenir. II craignait pour les colons l'influence du climat ; il craignait d'inquiéter les Arabes et de se les aliéner davantage en distribuant des terres aux Européens; il craignait de s'enlever à lui-même la liberté d'action. Ces différents motifs le portaient plutôt à combattre qu'à susciter l'arrivée d'artisans ou d'agriculteurs de France en Algérie. A la fin de 1832, on prenait une décision ministérielle «afm d'arrêter une immigration trop nombreuse et trop hâtive, d'obvier au désagrément de voir tomber des individus dans la détresse pour s'être inconsidérément transportés dans cette contrée sans avoir les moyens d'y vivre fixés et assurés. Le gouvernement français, outre

les mesures déjc'i prises pour empêcher V immigration spontanée de pénétrer en Aljjérie, a cru devoir en interdire Taccès dorénavant, jusqu'il nouvel ordre, à tout étranger qui ne pourra établir amplement qu'il a de quoi s'y entretenir, et les légations françaises ont reçu Tordre de se conformer à ces dispositions dans la délivrance des passeports ».

C'est ainsi que dès les premières années le gouvernement cherchait à éloigner d'Afrique l'immigration spontanée. Avait-il tort ? La plupart des publicistes qui se sont occupés de l'Algérie ont incriminé l'administration pour ces lenteurs et ces timidités. A nos yeux, au contraire, ces timidités et ces lenteurs eurent leur justification dans la difRculté des circonstances. Si la contrée que nous occupions eût été une terre vacante ou pacifiée, sans doute il eût été expédient de laisser l'immigration libre s'y porter elle-même, sans réglementation ni entrave, comme les Anglais Font pu faire pour l'Australie. Mais la situation était tout autre, et la circonspection, la prudence initiales du gouvernement français, de 1830 à 1835 du moins, au lieu d'être taxées de fautes, pouvaient en ce moment être regardées comme l'accomplissement d'un devoir (1).

L'inBltration de l'élément européen sur cette terre africaine fui donc lente ; en 1835, on n'y comptait encore que 11,221 Européens de toute nature. Mais dans les dix années qui suivirent, le développement des opérations militaires, l'augmentation de l'armée attirèrent un nombre considérable de petits trafiquants, qui suivaient les colonnes de soldats et trouvaient dans la guerre même l'aliment de leur commerce et la source de leurs gains. Aussi, en 1845, la population européenne atteignait-elle 95,531 individus sans compter l'armée. Dans cet intervalle le gouvernement avait eu franchement recours à l'immigration ; en 1838, après le traité de la Tafna, en 1842 et 1843, lors delà construction des villages du Sahel d'Alger, il avait fait appel aux agriculteurs et aux ouvriers français. Mais le grand défaut de l'immigration européenne en Algérie, c'est qu'elle ne formait pas un courant régulier et continu. Le gouvernement lui ouvrait ou lui fermait l'entrée de l'Afrique selon les

fl) LacauRe principale, toutefois, de cette opposition administrative à anc immigration notable de la métropole dans la colonie, c'est que le gouvernement, pendant six ou huit ans, ne savait pas s'il conserverait l'Algi^rie ou, tout au moins, s'il ne bornerait pas son occupation à Alger et deux ou trois ports. On ne voulait donc prendre envers les émigrants aucun engagement moral.

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