LES INDUSTRIES DIVERSES
compte que si Ton veut planter 100,000 ou 150,000 hectares en oliviers, comme un mVharci ne cultive qu'une dizaine d'hectares, il faudrait 10,000 ou 15,000 cultivateurs m'rharci de plus qu*à présent; leurs prétentions deviendront sans doute plus élevées et le contrat pourra être modifié à leur avantage ; en tout cas, voilà une cause de grande augmentation de la population indigène dans cette région. Dans celle du Nord, d'autres cultures auront le même effet.
Le développement, la multiplication de la population indigène dans la proportion de 1 à 3, en même temps que le relèvement de son étalon de vie, c'est là surtout l'avenir de la Tunisie. L'élément européen s'accroîtra en proportion; les villes quadrupleront, et le commerce décuplera. Il est, d'ailleurs, absurde de penser que Ton pourra toujours accroître la production de denrées agricoles destinées à l'exportation. Dans ce temps de moindre accroissement de ia population des contrées européennes et de constants progrès agronomiques, la plus forte partie de beaucoup des produits agricoles de chaque pays doit être consommée sur les lieux, ou bien elle ne trouverait un débouché qu'à des prix tellement avilis que la production, cessant d'en être rémunératrice, ne pourrait pas se soutenir. Les anciennes colonies se trouvaient dans ces conditions; celles des deux Amériques consommaient au xvn'', au xvni® siècle, pendant la première moitié du xix', la plus grande partie des articles agricoles qu'elles produisaient, tout au moins des cultures dites vivrières. C'est pour cette raison qu'un très grand essor de la Tunisie est subordonné à l'élargissement du marché intérieur, par conséquent à l'accroissement de la population, et c'est surtout les indigènes qui peuvent fournir cet accroissement.
Pour y aider, il convient que la situation de la Tunisie cesse de reposer uniquement sur l'agriculture; il est nécessaire que certaines industries, tout au moins accessoires et primitives, s*implantent et s'étendent sur ce sol d'Afrique. Nous avons déjà nommé les huileries, les minoteries, les tanneries, peut-être un jour plus lointain les savonneries, malteries. Toutes les industries extractives surtout, et celles qui donnent tout au moins une première façon aux matières brutes tirées du sol, peuvent avoir de l'avenir. Les carrières abondent dans le nord de la Régence : la chaux, le plâtre, le marbre, la terre à brique, les fabriques de ciment, les tuileries, la restauration de l'industrie des carreaux de couleur unis ou à dessins, peut-être aussi de quelques tissus, tapis, objets d'ornementation et de déco-
ration, beaucoup d'autres manufaclures, au sens soit moderne, soit ancien et étymologique du mol, peuvent avec le temps se constituer. Déjà bien des essais, quelques-uns heureux, ont été faits dans cette direction. D'après le relevé officiel des chaudières et machines à vapeur, à gaz et au pétrole en 1895, le nombre des chaudières employées pour les industries tunisiennes (chemins de fer non compris naturellement) était de 121 et celui des machines à vapeur de 13i, ayant ensemble une force de 2,168 chevaux (1); c'est un commencement qui n'est pas négligeable. L'agriculture figure dans cet efTectif pour 24 chaudières, 21 machines à vapeur et 209 chevaux de force ; les huileries d'olives et de grignons pour 19 chaudières, 23 machines à vapeur, 1 à pétrole et 352 chevaux ; les fabriques de glace artificielle pour 8 chaudières, 7 machines et 347 chevaux; les minoteries pour 7 chaudières, 7 machines à vapeur et 221 chevaux; les carrières de marbres, sable, pour 1 chaudières, 3 machines à vapeur et 102 chevaux ; les ateliers mécaniques de construction métallique pour 9 chaudières, 9 machines à vapeur et 87 chevaux; l'éclairage électrique pour 1 chaudières, 5 machines à vapeur et 80 chevaux ; les machines élévatoires hydrauliques pour 2 chaudières, 3 machines et 75 chevaux ; les briqueteries et tuileries pour 6 chaudières, 6 machines et 59 chevaux ; les chaux et ciments pour 2 chaudières, 2 machines et 50 chevaux; les scieries et menuiseries mécaniques pour A chaudières, 4 machines et 35 chevaux; nombre de ces industries et beaucoup d'autres, en dehors des industries réservées tout à fait aux nations très pourvues de capitaux et de capacités techniques, peuvent prendre de l'essor.
Ainsi, depuis quelque temps, des plâtrières, fours à chaux et fabriques de ciments, se fondent ou se réorganisent en substituant des procédés modernes et un outillage perfectionné à la vieille routine arabe. Chacun de ces établissements, quand il est situé à la campagne, devient un petit centre qui peut attirer quelques commerçants et même quelques cultivateurs européens, maraîchers par exemple, qui obtiennent un débit local pour leurs produits.
Les mines enfin paraissent aussi destinées à tenir leur place dans le développement tunisien ; l'importance de cette production mérite que nous lui consacrions un chapitre spécial.
{\) La Tunisie^ AgvicuUure^ Industrie (1896), tome 1*»", pige 377.