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LES TRAVAUX DE PORTS

compagnie du port de Bizerte. Un document officiel décrit ainsi les travaux exécutés :

<( Une jetée nord en enrochements d'environ 1,000 mètres de longueur arrivant jusqu'aux fonds de 13 mètres ; une jetée est de 950 mètres environ, atteignant les mêmes fonds et enserrant avec la première un avant-port d'environ 75 hectares, avec une passe d'entrée de 400 mètres d'ouverture ; un canal d'accès de la mer au lac creusé à 9 mètres au-dessous des basses mers, d'une largeur libre de 64 mètres au plafond ; des quais ou estacades avec tous engins de manutention dans les parties affectées au stationnement des navires; des feux en nombre suffisant pour les besoins de la navigation ; enfin des terre-pleins, quais, hangars, engins, voies ferrées ou autres, capables de suffire aux besoins du trafic et au développement de la nouvelle ville de Bizerte. Le délai d'exécution de ces ouvrages expirait à la fin de l'année 1895. Dès le !•» juillet 1895, les travaux étaient suffisamment avancés pour permettre l'ouverture officielle du port et la mise en vigueur des taxes que la compagnie est autorisée à percevoir. Le port de Bizerte est terminé. Il a donné lieu à une dépense d'environ 10 millions (1). » Mais les travaux de défense de cette position magnifique et l'arsenal restent à exécuter.

Bizerte, ce qui surprend les étrangers, mais non les Tunisiens, paraît réservé à un développement commercial assez lent. C'est actuellement une petite ville excentrique de 6 à 7 mille habitants, dont 1 ,500 à 1 ,800 liluropéens, située à la pointe nord de l'ancienne Régence, en dehors des voies régulières de communication terrestre et presque sans territoire utilisable ; les deux vastes lacs qui l'en touren t couvrent la plus grande partie des environs de la ville ; les montagnes des Mogods^ propres surtout aux pâturages et à l'élève du bétail, constituent la plus grande partie du sol non couvert par les eaux ; à l'est seulement s'étend une langue de terrain sablonneux qui se prête à des productions plus variées ; quand on Ta dépassée on atteint bientôt la rive gauche, naturellement fertile, mais très fiévreuse, de la Medjerda. On voit que ces conditions ne tendent guère à faire de Bizerte Vemporium de la Tunisie, et il est probable qu'elle ne détrônera pas Tunis, du moins d'ici à bien des décades d'années, comme centre d'importation et d'exportation.

Par contre, Bizerte est le point le plus rapproché de la France ;

(1) Rapport de M. FlandiD à la Chambre des députés au nom de la commission du budget de 1897.

les passagers, en le prenant pour point de départ ou d'arrivée, épargneraient environ 3 heures de mer relativement à rembarquement ou au débarquement à Tunis. D'autre part, Bizerte est fort bien située comme point de relâche entre Gibraltar et la Méditerranée orientale ou l'Extrême Orient. Si l'on y établissait des dépôts de charbon et que l'on eût un traitement libéral pour les navires, peutêtre Bizerte pourrait-il, nous ne disons pas détrôner Malte, mais partager, en quelque mesure, sa clientèle d'escale. L'avenir de Bizerte consiste donc surtout à devenir une échelle de relâche ainsi qu'un arsenal.

La Tunisie ne compte pas moins de 10 ports ouverts au commerce ; outre Bizerte et Tunis, il y en a deux autres importants, Sousse et Sfax : le premier avait, en 1894, un mouvement maritime de 525,000 tonnes et le second de 432,000 tonnes; ces chiffres sont appelésù notablement augmenter; celui de Sfax notamment à doubler presque par l'exploitation des phosphates de Gafsa. On a dépensé ou Ton dépense des sommes énormes, dans ces deux ports, notamment 0 millions à Sousse (1). Outre ces ports, on doit encore citer ceux de Tabarka, Porto Farina, Kélibia, Nabcul, Ilammamet, Monastir, Media ou Mahédia, Kerkennah, la Skirra, Gabès, Hoummt Souk (Djerba), Zarzis ; il y a aussi à l'extrême sud la mer intérieure de Bou Grara où l'on pourrait installer un port excellent ; mais il faudrait des sommes considérables pour améliorer tous ces petits havres ; le mieux est de laisser actuellement et prochainement la plupart d'entre eux dans l'état où ils sont et de ne faire dans les autres que des travaux de peu d'importance, à Gabès par exemple et à Tabarka.

« N'imitons pas les folies qui se sont faites avec le budget français ; celui-ci était riche, néanmoins il en a été surchargé; le budget tunisien est maigre et débile, il en serait écrasé. Dans un pays neuf qui ne peut supporter de lourds impôts et où le système financier a peu d'élasticité, il faut concentrer les travaux publics. »

Ainsi parlions-nous dans la première édition de cet ouvrage (1887); l'expérience et la décroissance graduelle des excédents du budget tunisien donnent plus de force encore aujourd'hui à ces observations : il n'est pas besoin pour un petit pays d'avoir beaucoup de ports ouverts à la grande navigation : un riche pays, comme la Bel-

(1) La Tunisie (189G}, histoire et description, tome II, page 116.

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