LES BATIMENTS CIVILS
j^âque, n'a guère qu'un seul port, Anvers; un des premiers pays commerçants, TAllemagne, porte presque tous ses efforts sur un seul port, Hambourg.
On s'occupe aussi des phares et on les multiplie : cette dépense, du moins, est aussi utile que restreinte. Enfin l'administration des travaux publics en Tunisie surveille également certains travaux d'utilité locale, notamment ceux qui ont trait au service des eaux potables. Nous avons sous les yeux des quantités de rapports sur l'alimentation hydraulique de Tunis et de sa banlieue, sur les conduites d'eau de Kairouan, sur celles de Bizerte, sur une foule de travaux municipaux tant dans celte dernière ville qu'il la Goulette, le Kef, Sousse et Sfax : il s'agit de constructions de chaussées, de pavage, d'égouts, de poissonneries, de bâtiments municipaux, de balayage, d'éclairage au pétrole, de puits artésiens même. Tout cela est très bien, pourvu qu'on y mette le temps, qu'on fasse les choses simplement et qu'on soit très ménager des deniers publics, le maintien des excédents budgétaires et la légèreté des impôts devant être actuellement la préoccupation principale du gouvernement tunisien.
L'administration des travaux publics a montré du goût dans le tracé delà nouvelle ville de Tunis et l'établissement des promenades nécessaires à une grande agglomération. Elle a fait de même dans les principales villes de l'ancienne Régence. Elle s'est laissé entraîner à quelques excès, par exemple pour la construction de l'exorbitamment luxueux hôtel des postes, placé dans une rue étroite, qui a coûté plusieurs millions. On va commencer un palais de justice très justifié. On fait un grand hôpital. D'autre part, l'administration a été parfois d'une incroyable lésinerie, quand elle s'est abstenue, par exemple, d'allouer une subvention à la cathédrale de Tunis et que, au lieu d'acheter et de transformer en squares les deux terrains de l'avenue de France avoisinant cet édifice, elle les a laissé tomber aux mains de gens qui y ont élevé de hautes et vulgaires bâtisses. Le gouvernement tunisien a ainsi perdu sottement la double occasion de rendre hommage à l'idée religieuse, dans un pays où la religion a une grande influence, et de constituer en face de la Résidence un bel ensemble esthétique à l'endroit le plus élégant de la capitale.
Le danger prochain ne parait pas être, toutefois, dans les travaux de luxe, maisdans l'entraînement irréfléchi à des travaux réputés utiles etqui ne le sont pas. Il a bien été dépensé dans le passé une quinzaine de millions sans aucune espèce de profit; on menace de se livrer de
nouveau, sur une plus vaste échelle, à des prodigalités du même ordre. Le gouvernement voudrait contracter un emprunt de 40 à 50 millions pour ce qu'il appelle l'outillage du pays, à la mode Freycinet. Nous sommes certain que sur cette somme une quinzaine de millions au moins serait dépensée en pure perte. Nous avons cité les projets mconsidérés ou prématurés de chemins de fer et de routes ; une seule de ces œuvres peut être actuellement utile, la voie ferrée de Tunis au Kef. Parmi les travaux municipaux projetés, il y a aussi beaucoup d'exagération : 200,000 francs pour un groupe scolaire à Bizerte, qui ne compte pas 1,500 Européens, alors que le tiers de cette somme suffirait amplement ; 2(X),000 francs pour amener une source à Tébourba, qui ne compte pas 100 Européens, etc. Le meilleur moyen de ruiner un pays est de songer à l'enrichir par d'aussi étranges procédés. La Tunisie est menacée de mégalomanie. La métropole doit la retenir. On peut douter qu'il soit utile de contracter un grand emprunt actuellement ou prochainement. Nous indiquerons plus loin, en parlant des finances, les moyens de faire les travaux vraiment utiles au temps présent et au temps prochain.
Depuis rétablissement du protectorat jusqu'à la fin de 1897, les sommes actuellement dépensées ou engagées en travaux publics montent à 134 millions de francs dont voici les principaux (1) :
francs.
Ports maritimes de commerce 34,000,000
Phares et balises 1,500,000
Chemins de fer 65,000,000
Routes (1,400 kilomètre!*) 12,000,000
Bâtiments civils 10,500,000
Alimentation hydraulique 800,000
Égouts 5,500,000
Forages artésiens 500,000
ToUI I2C,800,(H>0
Nous sommes loin de prétendre qu'il ne reste rien à faire ; mais 134 millions dépensés en 17 ans, c'est, pour 1 ,5(X),000 habitants, 90 francs par té te; cVst donc l'équivalent de près de 3 milliards et demi pour la France. On ne peut continuer de ce train, et après un pareil effort, si l'on ne veut pas risquer de tomber dans l'épuisement, il convient de reprendre haleine*
(1) Ce chiffre de 134 millions, ainsi que le tableau ci-dessus, sont extraits du rapport de M. Flaiidin, député, sur le budget de la Tunisie en 1807, page 55; seulement, le rapport en question porte pour total du tableau le chif&e de 134 millions qui est inexact, et il donne la décomposition comme complète ; nous supposons, au contraire, qu'elle est incomplète.