‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 174 sur 222 · LE BUDGET, LKS DÉPENSES · texte numérisé non relu

LE BUDGET, LKS DÉPENSES

Le cinquième chapitre comprend renseignement public 'pour Si,'^,!217 francs. Nous pensons qu'on a suffisamment étendu ce service depuis 15 ans, quelque méritoire qu'il soit, et qu'il y a lieu <le ne plus le développer qu'avec circonspection dans le prochain avenir.

\a armée tunisienne^ distincte du corps français d'occupation en Tunisie, forme le sixième chapitre et coûte 614,979 francs. Cette armée tunisienne est très mal comprise, d'après une conception radicalement fausse, quoique nous rappliquions à un certain nombre de nos colonies. On a établi en Tunisie la conscription parmi les indigènes, ce qui est le maximum de l'imprévoyance. Nous les mécontentons ainsi, et d'autre part nous les rendons familiers avec les armes et Tart militaire, ce qui est bien une imprudence digne de l'éternelle étourderie française et qu'aucun peuple vraiment colonisateur n'aurait commise, ni les Anglais ni les Hollandais à coup sûr. Il faudrait supprimer la conscription et n'avoir plus que des engagés volontaires, des mercenaires, qui resteraient sous les drapeaux jusqa'à 45 ans ou qui deviendraient alors gendarmes et auxquels ensuite on ferait une petite pension ; en en ayant un bataillon de 800 ù 1 ,000 hommes, ce serait suffisant.

Le septième grand chapitre du budget tunisien en I89f> est celui de la Direction générale des travaux publics; il s'élève cette année à la somme importante de 4,069,500 francs, représentant environ 18 p. 100 du budget total. Il se divise en cinq sections, non compris la petite section des exercices clos ou périmés pour 10,000 francs. La première section, celle de la direction générale, absorbe 155,000 francs ; la deuxième, la plus importante, celle du service des ponts et chaussées, a une dotation de 3,295,500 francs, dont 540,000 pour le personnel et le matériel des ponts et chaussées, 273,000 pour les ports, phares et fanaux, 241 ,000 francs pour l'aménagement des eaux, 600,000 pour les bâtiments civils, 102,500 pour les travaux des villes non érigées en communes, 30,000 pour les chemins de fer (contrôle ou études), et enfni 1 ,553,000 pour les routes et ponts. La plus grande partie de cette somme, doit être considérée comme disponible pour les travaux neufs. Bien atnénsigée, si Ton évite le retour des fautes que nous avons signalées plus haut (pages 491 à 495), cette somme, jointe à celles qu'on pourra encore prélever sur le fonds de réserve ou les excédents et celle que rendra disponible la conversion probable en 1902, permettra, sans

recourir à des emprunts dans un temps prochain, d'exécuter dans la prochaine décade d'années les travaux vraiment utiles.

La section troisième du chapitre de la direction générale des travaux publics concerne le service des mines et coûte 137,000 francs; la quatrième, celle de la police des ports et de la navigation, prend 34,000 francs; la cinquième, celle du service topographique, fort bien organisé, absorbe 394,000 francs, dont 200,000 pour les dépenses d'immatriculation à la charge de TÉtat.

Pour clore le budget des dépenses tunisiennes, lechapitrc VIII, celui des Dépenses Imprévues, est doté d'une réserve de 300,000 francs.

Tel était le budget des dépenses de la Tunisie Française en 18% : certains le trouvent trop étroit. Le résident général actuel, très zélé et plein d'imagination, M. René Millet, se souvenant qu'il a représenté la F'rance à Belgrade et à Stockholm, disait à une députation de colons qu'un budget de 22 à 23 millions, ou même de 16 à 17 millions, en déduisant les dépenses indisponibles de la dette, pour 1,500,000 habitants, soit 11 à 12 francs par tète, était un budget misérable, qu'en Serbie le budget dépasse 60 millions pour 2,200,000 habitanis et qu'il atteint en Norvège 70 millions pour 2 millions d'habitants, soit 35 francs par tête (1). Ce rapprochement trahit une conception erronée de la colonisation en général et en particulier des conditions d'une colonie d'exploitation. Une colonie, surtout une colonie peuplée d'indigènes et où l'élément européen n'agit que comme un ferment, ne ressemble aucunement à un Klal d'Europe; elle n'en a ni les organes, ni les besoins, ni les ambitions. Ce n'est pas d'abord un Etat complet ; la preuve en est qu'une colonie n'a pas d'armée ni de marine, Tune et l'autre au sens étendu du mol, ni de représentation à l'étranger, ni de grandes dépenses universitaires, ni enfin tout l'appareil, intérieur et extérieur, de la souveraineté. Rien que du chef de l'armée, de la marine, de l'exploitation des chemins de fer, qui appartiennent à l'Etat, et également de la dette publique et des affaires étrangères, il y aurait 26 à 27 millions h déduire du budget de la Norvège, lequel tomberait ainsi à 44 millions de francs, ou 22 francs par habitant ; du chef des mêmes chapitres, il y aurait plus de 33 millions à déduire des 62 millions du budget serbe, lequel se trouverait ainsi réduit à 29 millions, soit à 13 fr. .50

(1) Cette comparaison {«tait entrée très profondément dans l'esprit de l'hoDOrable oX actif résident général, car depuis lors il Ta répétée bien des fois dann des discours ou des écrits.

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