‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 175 sur 222 · POIDS DU BUDGET RELATIVEMENT A LA POPULATION · texte numérisé non relu

POIDS DU BUDGET RELATIVEMENT A LA POPULATION

par iétc d'habitant, contre une douzaine de francs par habitant en Tunisie, déduction faite du service de la dette; on voit que la différence ne serait pas grande.

La comparaison du budget des dépenses d*une colonie, comme la Tunisie, c'est-à-dire d'un État incomplet et encore plus d'une colonie naissante, surtout d'une colonie d'exploitation, avec des Etats européens, de quelque ordre qu'ils soient, est si peu rationnelle que le lecteur nous excuserait à peine de nous y être arrêté, s'il n'était nécessaire de montrer quelles étranges chimères peuvent séduire des administrateurs, très dévoués à leur œuvre, dont ils ont le tort seulement de ne saisir ni les proportions réelles, ni les conditions nécessaires. Avec de pareils rêves on ruinerait une colonie.

Si Ton voulait faire une comparaison judicieuse, c'est à l'Inde anglaise et à Java qu'il faudrait comparer la Tunisie, en déduisant pour les deux premiers pjiys les charges de l'armée et celle de l'exploitation des chemins de fer, puisque la Tunisie ne paie pas le corps d'armée d'occupation et n'exploite pas directement ses chemins de fer. Or, le budget de l'Indeen 1892 monUit à 88,675,748 livres sterling, dont il faut déduire 21),570,(UX) livres pour ramiée et une vingtaine de millions pour l'exploitation des chemins de fer, soit ensemble r)0 millions sterling à peu près, ce qui laisse moins de 40 millions sterling ou 1 milliard de francs pour 287 millions d'habitants, soit moins de 3 fr. 50 par tôle, contre une douzaine de francs en Tunisie; encore n'avons-nous pas relranché du budget de l'Inde les 4 millions et demi sterling d'intérêt de la dette, tandis que nous avons retranché le service de la dette du budget de la Tunisie.

Le budget des Indes Orientales hollandaises est aussi fort inférieurau budget de la Tunisie. Il s'élève en dépenses en 1892 à 137,452,000 florins, soit 287,7 millions de francs ; ce qui, pour 23,911,000 habitants, représenterait 12 francs par tête, mais il faut en retrancher 5 à 6 millions de florins de frais d'exploitation des chemins de fer appartenant à l'Etat, puis en outre l'entretien de l'armée dont on ne nous donne pas le montant, mais qui atteint certainement plusieurs dizaines de millions de florins, puis l'intérêt de I9 dette; ces trois chapitres doivent bien prendre environ la moitié du budget des Indes néerlandaises, de sorte que la dépense par habitant n'y ressort pas en réalité à plus de 0 ou 7 francs par tête, contre au moins une don/aine de francs, 1rs mêmes défalcations faites, en Tunisie.

Ainsi, c'est par une manifeste confusion de choses absolument dis-

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semblables, c'est par la mL»conriaissancc des réalités de la colonisalion britannique et néerlandaise, que Thonorable résident général France à Tunis a pu invoquer Texemple de la Norvèjçe ou de la Serbie pour déclarer que le bud<:;et tunisien de 22 à 25 millions était un petit budf(et et qu'il y avait lieu de Taccroître. Cette funeste conception théorique peut conduire aux plus graves imprudences pratiques : de là les projets de mégalomanie, dont nous avons parlé (voir pages 191 à 5()0), d'impôts disproportionnés aux forces du pays, d'emprunts superflus, tout un ensemble de mesures qui risqueraient de compromettre l'essor et la réputation d'une colonie qui a bien débuté.

11 importe, au contraire, de faire tous les efforts pour ne pas accroître sensiblement le budget des dépenses de la Tunisie d'ici à huit à dix ans, et l'on peut y parvenir, avec de l'intelligence et de la volonté, tout en pourvoyant aux travaux publics vraiment indispensables et avluellemenl ou prochainement utiles. Vax négligeant certaines dépenses nécessaires comme celle de la gendarmerie, pour garantir la sécurité, on a, d'autre part, dans divers services, trop accru le nombre des fonctionnaires et on leur alloue des traitements qui oITrent un trop grand écart avec ceux de la métropole ; ils sont presque toujours moitié plus élevés et souvent doubles, quoique le pays soit très salubre ; aussi les aspirants fonctionnaires accourent de toutes parts. Nous avons, d'ailleurs, signalé les fautes commises dans les travaux publics.

Le nombre des fonctionnaires s'accroît démesurément; le résident général devrait prendre modèle sur les Indes anglaises et les Indes néerlandaises et voir avec quel petit nombre de fonctionnaires européens on peut administrer de florissantes colonies. I^ gaspillage des dépenses tunisiennes commence dès le premier chapitre et au haut de l'échelle : pour gouverner les 1,500,000 habitants de la Tunisie, on a, en effet, depuis quelques années, placé à coté du résident général un résident général adjoint, l'un et l'autre ministres plénipotentiaires. Les Indes anglaises ont près de deux cents fois la population de la Tunisie et sont dix fois plus éloignées de la métropole; on ne voit pas, cependant, que, à côté du vice-roi, il s'y trouve un vice-roi adjoint. Ainsi la France pratique le doublement inutile des places. Après avoir été, pendant dix à douze ans, exemple du vice français bureaucratique, la Tunisie est en train de devenir le paradis des fonctionnaires et un paradis

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