LE BUDGET. — DANGER DES EMPRUNTS
1res peuplé de cette catégorie, d'ailleurs respectable, de personnes.
Aussi, le budget est-il en constante progression : celui de 1897 se présente avec '23,070,100 francs en recettes et 23,075,250 francs en dépenses, soit 825,000 francs en chiffres ronds de plus qu'en 1890; comme les chapitres de la dette et des dotations, à savoir plus de 11 millions de francs, sont restés identiques d'une année à Tautre, cette augmentation de 8*25,000 francs, portant sur 12 millions et demi seulement des dépenses diverses, représente un accroissement de 7 p. 100 environ en une seule année, ce qui est énorme.
A rheureacluelle ( 1 897), la Résidence Générale projette un emprunt de iO à 00 millions de francs pour les plans Freycinet qu'elle médiU»; elle cherche à obtenir pour cet emprunt de 40 à 00 millions la giirantie de la France. S'il était utile que la Tunisie fît actuellement et rapidement pour -40 ou 00 millions de travaux et qu'elle n'eût pas d'autres ressources pour se procurer cette somme que d'emprunter, nous admettrions, à la rigueur, l'emprunt. Mais nous ne consentirions jamais, si colonial que nous soyons, à ce que la garantie de la France lui fût donnée. Nous avons notablement contribué à ce qut; l'État garantit la dette tunisienne; nous l'avons poussé aussi à garantir la dette actuelle ou plutôt l'annuité actuelle de la dette de Madagascar ; c'est un grand service que la métropole peut' rendre une fois à une colonie pour lui donner une première impulsion, pour la tirer de l'absolu dénuement des premiers jours; on comprend que l'Ktat français soit aussi intervenu pour garantir un emprunt de 80 millions pour le Tonkin; mais cette aide exceptionnelle ne peut se répéter et constituer un système (1). Si la Tunisie avait besoin d'emprunter, elle trouverait facilement des capitaux à à 3 1/2, peut-être 3 1/-4 p. 100, sur sa seule signature; et ce serait là un système normal.
Mais la Tunisie n'a nul besoin d'emprunter actuellement (1897) ;
(1) Il n'y aurait qu'un cas où la France pourrait garantir un nouvel emprunt tunisien, ce serait celui oCi cet emprunt constituerait un simple procédé ilc trésorerie pour procurer à la France les fonds, 2ô à :)0 millions, sinon plus, nécessaires à la création d'un arsenal à Bizerte, le gouvernement français devant restituer par annuités cette somme à la Tunisie qui ne peut réellement prendre à sa charge une dépense de cette nature que les Anglais qualiOeralent d'impérifile. Mais, quoique par des argulies tirées du caractère hybride et presque indéterminé du protectorat, quelques casuistes prétendent que le gouvernement français ne peut engager directement des dépenses à Bizerte, il serait beaucoup plus simple et normal qu'il créât cet arsenal ouvertement, avec ses propres fonds et sans intermédiaire.
bâ6 LA TUNISIE.
les lignes de chemins de fer en construction ne seront terminées €p*en 1898; les 250 kilomètres de Sfax à Gafsa que va commencer la compagnie fermière des phosphates ne le seront qu'en 1899. Ainsi, jusqu'en 1899 la Tunisie aura d'importants chantiers ouverts. En 1902 elle pourra convertir sa dette 3 p. 100, probablement en du :2 1/2 p. 100 à 92 francs, sinon même à 91 ou 95; cela laissera environ 700,000 à 750,000 fr. libres sur l'annuité actuelle; en faisant decett« disponibilité de 700,000 à 750,000 fr. en 1902 la base d'un emprunt naturel, puisqu'il laissera le service de la dette au même taux que dans les années antérieures, on obtiendrait 25 à 28 millions qu'on pourrait employer à des travaux publics et dont les deux tiers consacrés à des chemins de fer permettraient, à 60,000 fr. le kilomètre, la construction de plus de 250 kilomètres ferrés, venant s'ajouter à tous ceux en construction et à la ligne de Gafsa à Sfax. Or, on a vu (page8490à492)que les chemins de fer vraiment utiles d'ici à unedizained'années en plus de ceux déjà ouverts atteignent à peine ce chiffre. Si l'on voulait ne pas attendre aussi longtemps pour construire la ligne de Tunis (Pont-du-Fahs) au Kef, longue d'environ 130 kilomètres et devant coûter 8 à 9 millions, laquelle serait la plus utile, on pourrait trouver des ressources en dehors d'un grand emprunt. Le fonds de réserve monte encore actuellement à 8 millions ; l'expérience a prouvé que les années de sécheresse font aujourd'hui dans les finances de ce pays plus développé de moindres brèches qu'autrefois ; en prélevant 4 à 5 millions sur ce fonds de réserve, en y joignant les excédents probables d'ici à quatre ou cinq ans ou simplement une annuité de 1 million sur la dotation annuelle de 1 ,650,000 francs qui existe au budget pour les routes et les ponts et qui pourrait supporter ce prélèvement, au besoin encore en émettant des bons du trésor pour 3 ou 4 millions qui anticiperaient sur le produit de la conversion en 1902, on pourrait parfaitement construire la ligne du Kef de 1898 à 1900, sans recourir à un grand emprunt. Si les ressources que nous venons d'indiquer ne paraissaient pas suffisamment disponibles ou certaines, mieux vaudrait encore ajourner jusqu'à 1902 la ligne du Kef que de recourir à un emprunt de 40 à 60 millions, dont la moitié risquerait d'être dépensée en travaux superflus (1). Il est bruit, d'ailleurs, que Ton trouverait
(1) Dans deux correspoDdances de Sousse et de Sfax, à la suite d'un voyage dans ces districts, qu'a publiées le Joutmal des Débals et que VÉconomisle français a reproduites daos ses numéros des 39 mai et 6 juiu, nous avons