LE BUDGET, LES RÉFORMES
Il faudrait, toutefois, une contre-partie : c'est beaucoup plus de rigueur dans le budget des dépenses ; il serait indispensable d'empêcher la lèpre du fonctionnarisme de s'étendre, comme elle le fait depuis quelques années. Non seulement les fonctionnaires commencent à pulluler dans tous les services; mais leurs traitements, beaucoup plus élevés, en général moitié plus, parfois doubles qu'en France, devraient être ramenés à un niveau plus normal. En ce sens, l'introduction en Tunisie de ce que Ton appelle le quai*t colonial, c'est-à-dire d'un supplément d'un quart aux traitements par rapport à ceux de la métropole, produirait une économie importante.
Sans renoncer à faire avec le temps et graduellement des bâtiments convenables, confortables, certains comportant quelque luxe, pour l'installation des services publics, il conviendrait d'échelonner ces constructions sur 15 ou 20 années, d'y pourvoir avec les ressources ordinaires du budget, et de ne pas contracter un gros emprunt pour couvrir la Tunisie, en un rien de temps, d'hôtels de contrôles civils, correspondant à nos hôtels de préfecture et de souspréfecture, d'hôtels de tribunaux ou de justices de paix, de vastes groupes scolaires et autres bâtiments divers, dont la construction simultanée n'est nullement utile et qui peuvent s'édifier peu à peu.
Quant aux nouvelles lignes de chemins de fer, nous avons montré (pages 490 à 493) que l'initiative privée pourrait se charger de nombre d'entrés elles sans subventions ni garanties d'intérêt, ou avec des subventions très modiques. La conversion de la dette en 1902 procurera facilement les sommes qui seraient nécessaires pour les autres travaux publics.
Au point où l'on en est arrivé en Tunisie, la maxime suprême qui s'impose à l'administration, c'est de maintenir dans ce pays les impôts très légers et de les rendre plus légers encore ; il n'est pas d'autres moyens pour favoriser la production et le développement de la population ; tout administrateur qui ne comprend pas cette vérité demeurera toujours étranger à toute saine conception coloniale.