‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 182 sur 222 · LE COMMERCE EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

LE COMMERCE EXTÉRIEUR

Le régime commercial. — LMmportation. — Elle a plus qtie triplé sons le protectorat. — Régime des marchandises importées, ~ Inconvénient des traités anciens avec les puissances étrangères. — Nature des principales marchandises importées. — Les pays de provenance. — La France tient la plus grande part daos les importations.

Les exportations tunisiennes. — Elles ont triplé sous le protectorat. — Principales marchandises exportées. — Pays de destination. — Inconvénients des droits qui grèvent encore certains produits tunisiens à rentrée de la France continentale. — Vices du régime des « crédits d'exportation ».

La navigation.

Les droits d'exportation. — Tarif pour les différentes marchandises. — Nécessité de diminuer, puis de supprimer, ces droits. — Les dégrèvements déjà accomplis. — Du remplacement graduel des droits d'exportation par le relèvement des droits à l'importation.

La convention commerciale de 1896-97 avec l'Italie. — Les nouveaux droits en suspens. — Le traité avec l'Angleterre.

Utilité de maintenir en Tunisie un régime de douane libéral, tout en ouvrant la France à tous les produits tunisiens. — Concessions excessives, sur certains points, de la convention commerciale de 189G-97 avec Tltalie. — De l'introduction en Tunisie de l'octroi de mer comme en Algérie.

Un des effets les plus certains de la prise de possession et de l'administration d'un pays barbare par un peuple civilisé quand celui-ci sait s'acquitter, ne fût-ce que passablement, de sa mission, c'est le développement des échanges avec le dehors. La mesure de ce progrès est en même temps un des moyens d'apprécier Tefficacité de la tutelle exercée par le peuple civilisé. La Tunisie donne aux gens raisonnables satisfaction à ce point de vue.

Si Ton compare les chiffres des trois années 1892, 1893, 1894, les plus récentes dont nous ayons les chiffres complets sous les yeux (1), aux six années qui ont précédé notre occupation, à

(1) L'administration tunisienne est beaucoup trop sobre de renseignements, ou les enfouit daus \e Journal officiel de la Régence; elle devrait faire publier daos le Bulletin de statistique et de léyislation comparée, aussitôt que possible, les chiffres du commerce annuel, de même que le résultat de chaque exercice budgétaire, ce qu'elle ne fait pas (voir plus haut, page 518, note).

savoir lesannëes 1875 à 1880, on voit que le commerce extérieurde l'ancienne Régence a plus que triplé, en une quinzaine d'années seulement. Les six années 1875-80 ont produit un mouvement moyen annuel d'échanges avec l'extérieur (importations et exportationsréunies) de 22,%1 , 103 francs ; si Ton préfère s'en tenir aux trois années 1877-78, 1878-79 et 1879-80, précédant immédiatement notre occupation , on a le chiffre moyen annuel presque équivalent, quoiqu'un peu plus faible, de 22,357,000 francs. D'autre part, la moyenne des trois années 1892, 1893 et 1894 atteint 74,480,000 fr.,soitunac. croissement de 233 p. 100 relativement aux trois années de la fin du régime beylical. Sans doute, le commerce extérieur eût peut-être pu augmenter un peu de 1880 à 1894, même si le régime beylical eût été maintenu, quoique les trois années 1878-1880 ne donnent aucune augmentation relativement aux précédentes; en tout cas s'il se fût produit, dans l'hypothèse du maintien du régime beylical, un accroissement dans la période 1880-94, il eût été certainement très faible, de 15 ou 20 p. 100 au plus, au lieu des 233 p. 100 constatés.

Il est remarquable que cet énorme développement s'est produit malgré une très forte baisse de prix de presque toutes les denrées.

Le grand facteur de ce progrès, c'a été la domination française, les perfectionnements qu'elle a introduits, les capitaux qu'elle a attirés dans le pays, l'impulsion qui en est résultée pour les cultures et les industries diverses.

L'essor du commerce tunisien a surtout daté de la loi française du 19juillet 1890, dite loi douanière, par laquelle la France a ouvert ses portes aux principaux produits tunisiens, partie en franchise pour les céréales, le bétail, les huiles, partie à des droits réduits pour les vins autres que ceux de liqueur (60 centimes par hectolitre pour les vins communs ne dépassant pas 11, 9 degrés). Quelques produits tunisiens, notamment les eaux-de-vie, les vins de liqueur, les fèves, les oranges, restent encore exclus de ce régime et demeurent assujettis aux droits élevés, prohibitifs parfois, qui frappent les marchandises étrangères similaires. L'entrée en France soit en franchise, soit au droit réduit, n'est, d'a>lleurs, accordée aux marchandises tunisiennes que sur le vu de certificats d'origine et dans la limite de crédits d'exportation de Tunis fixés chaque année par le gouvernement français pour des quantités déterminées, souvent calculées avec trop de parcimonie. Les surprises qui résultent de l'épuisement prématuré des crédits d'exportation en pleine cam-

pagne commerciale, le refusde Taugmentation de cescréditsou le retard apporta h la promulgation des crédits supplémentaires sont des gènes sérieuses pour le courant d'affaires entre la Tunisie et la France.

Si imparfait que soit ce régime que Ton espère voir s'améliorer à brève échéance, quoiqu'on n'ait aucune certitude de cette amélioration étant donnée la lenteur de notre administration, il a rendu de grands services. Les premiers colons tunisiens, notamment les vignerons, s'étaient trouvés plongés dans une extrême stupéfaction et un profond désappointement quand, arrivés à la période de production, vers 1887 ou 1888, ils avaient appris que non seulement leurs produits n'entreraient pas en franchise en France, mais qu'ils y paieraient même des droits plus que doubles de ceux qui frappaient alors les marchandises italiennes ou espagnoles (4 fr. 50 par hectolitre de vin tunisien, au lieu de 2 francs pour les vins espagnols et italiens). Ce mécompte, se joignant à ceux qui sont naturels aux débuts de toute colonisation, arrêta quasi net l'apport de nouveaux capitaux dans la Régence. Dans la première édition de cet ouvrage nous nous étions fait l'interprète des légitimes griefs des colons et de leurs vives alarmes. La loi douanière de juillet 1890 est venue leur rendre l'espoir, mais elle n'a pu réparer tout le mal. Si elle était intervenue trois ans plus tôt, de même que si elle avait été plus complète, il est probable que la colonisation en Tunisie serait à l'heure présente beaucoup plus développée.

Dans les deux années 1887-88 et 1888-89 qui ont précédé la loi douanière le commerce extérieur total de l'ancienne Régence était en moyenne annuelle de 50,124,000 francs; dans l'année 1890-91 il passa presque soudain à 81,93-1,000 francs et il s'est maintenu, on l'a vu, à une moyenne de 74 millions et demi pendant chacune des trois années 1892, 1893 et 1894, moins favorisées au point de vue agricole que l'année 1891 (1). En 189(>, d'après des renseignements que nous puisons dans les journaux tunisiens, il s'est élevé à 80,952,000 fr. Ainsi depuis la loi douanière de 1890, le commerce de l'ancienne Régence s'est accru de 60 p. 100. Mais cette loi a eu beaucoup plus d'influence encore sur la direction de ce commerce ; elle en a attiré vers la France une beaucoup plus forte proportion que celle qui s'y rendait dans les années précédentes.

(i) L'année statistique conioierciale allait du l«r juillet au 30 juin de 1875 à 1884, puis, comme l'année financière, du 13 octobre au 12 octobre de 1885 à 1801 : enfin, depuis 1892, elle va, ainsi que cette deniièrc, du l»*" janvier au 31 décembre.

11 est utile de jeter un coup d'œil sur la nature des importations et des exportations et sur la direction que suivent les unes et les autres. Le montant du commerce extérieur tunisien est assez variable, suivant les récoltes, la Tunisie étant surtout un pays agricole ; néanmoins, cette dépendance des récoltes est devenue moins étroite depuis l'occupation française et Tapport des capitaux français. Une énorme récolte, comme celle de 1891, enfle le commerce extérieur jusqu'à 81,93-4,000 francs; une faible récolte, comme celle de 1893, ne le fait descendre qu'à 68 millions de francs et une récolte bonne ordinaire comme celle de 1894 le relève à 78,855,000.

Considérons cette dernière année qui, outre qu'elle est la plus proche pour les renseignements complets que nous ayons, s'est présentée dans des conditions assez normales. Les 78,855,481 francs du commerce extérieur tunisien en 1894 se répartissent ainsi: 41,9-22,915 francs à l'importation et 36,932,766 à l'exporUtion. L'administration tunisienne, qui malheureusement se perd beaucoup dans les détails, nous fournit (La Tunisie^ Agricultare^ Industrie y Commerce^ II, pages 91 à 202) une foule d'informations diverses surnombre d'articles^ sans donner un seul tableau d'ensemble des produits importés ou exportés. Nous allons tâcher de suppléer à ce très regrettable défaut de méthode (1). Les importations principales en 1894 ont été les suivantes : Comme produits alimentaires, les semoules pour 4.4 millions, le froment en grains pour 1.8, l'orge en grains pour 0.9, les farines de froment pour 0.7, ensemble 7.8 millions de céréales ou de leurs dérivés ; les vins pour 915,000 francs, dont 853,000 francs de vins ordinaires ; l'alcool et les liqueurs pour 780,000 francs ; le café pour 1 million ; le sucre raffiné pour 1.8; parmi les objets manufacturés, les principaux objets importés sont les tissus de coton pour 5.6 millions, les vêtements confectionnés pour 1.2, les ouvrages en métaux pour 2.8, les fers et aciers en barres y compris les rails pour 0.9 ; viennent encore le tabac pour 965,000 francs, les bois divers et merrains pour 1,065,000, les pierres, combustibles minéraux, chaux, ciments pour

(1) C'eet un des plus curieux exemples de Tinefiicacité bureaucratique que les cent ODze pages coosacrées à la description minutieuse des importations et des exportations de Tunisie, ïeA importations surtout, qui, ne contenant aucuns tableaux (1 ensemble, aucuns totaux partiels, forcent le lecteur à des quantités de recherches et d'additions pour avoir une idée un peu nette des éléments principaux du commerce tunisien. Le rédacteur du chapitre des exportations a eu le bon sens de faire un tableau récapitulatif, mais non son collègue des importations.

1 million, la houille pour plus de 700,000 francs, le pétrole pour 380,000, les produits chimiques pour 350,000, le papier et ses dérivés pour 550,000, etc.

A l'exportation, dans cette année 1894, les principaux objets sont de nature agricole : 6.3 millions de froment en grains, 3.9 d'orge en grains, 250,000 francs d'avoine, 163,000 francs de maïs, soit plus de 10.5millionsde céréales; 6.9 millions d'huiled'olive, 642,000 francs d'huile de grignons, 903,000 francs degrignons, ensemble 8.4 millions environ de produits de l'olivier; 6,119,000 francs d'animaux vivants, 904,000 francs de peaux brutes, 216,000 francs de laine, 80,000 francs d'os et sabots de bétail, 68,000 francs de beurre et graisse, ensemble 7,390,000 francs environ de bétail ou de ses dépouilles; 1,21 5,000 francs de poissons, poulpes, 1,270,000 francs d'épongés, ensemble 2.5 millions environ de produits de pêcheries ; 742,000 francs de dattes, 204,000 de légumes secs, 41,000 de citrons, oranges, 23,000 d'amandes, ensemble un peu plus de 1 million de fruits et légumes ; 296,000 francs de liège, 46,000 francs de chêne équarri, 1,259,(X)0 francs d'écorces à tan, ensemble 1,600,000 francs de produits forestiers ; 1,457,000 francs d'alfa et de driss ; 1,156,000 francs de minerai de zinc; 590,000 francs de tissus de laine, 386,000 de tissus de soie et de coton, 410,000 de chéchias (calottes de laine), ensemble l ,386,000 francs de tissus ; 631 ,000 francs de vins; 136,000 francs de cire, 133,000 francs d'ouvrages de sparterie et vaimerie, 157,000 francs de savon, 58,000 francs de peaux et pelleteries ouvrées.

Quand on parcourt cette nomenclature, qui aboutit avec les objets divers à 37 millions d'exportations tunisiennes pour 1894, on voit qu'il y a de grandes chances pour qu'elles se développent dans la prochaine décade d'années et qu'elles atteignent 50 à 55 millions. Aussi bien les huiles et leurs dérivés que les céréales, les animaux, le poisson et les bois parmi les objets d'ancienne exportation, les vins, les fruits divers, les légumes, les minerais, les phosphates, parmi les articles nouveaux, peut-être aussi quelques objets manufacturés, sont susceptibles d'une considérable extension.

Kn l'année 1896, dont nous avons sous les yeux les chiffres moins détaillés, le commerce total tunisien s'est élevé, on l'a vu, à 80,952,080 francs, dont 46,444,548 à l'importation et 34,507,000 à l'exportation; celle-ci n'a donc pas progressé depuis 1894, mais l'année 189<) avait eu une récolte médiocre. En 1895, au contraire, année

LE COMMERCE TUNISIEN AVAiNT ET DEPUIS L'OCCUPATION. 541

assez favorable, rexportation était montée à -41,246,887 francs (1), Le commerce de la Tunisie s^efTectue avec les puissances les plus variées : même l'Amérique y entrait pour une certaine part en 1894. Les pays avec lesquels les échanges ont une grande importance ne représentent que trois nationalités : 1® la France et l'Algérie, 2° TAnglelerre et Malte qui est surtout un entrepôt de produits anglais et autrichiens ; 3°ritalie. Absolument et relativement la part de la France et de l'Algérie n'a cessé de croître depuis l'occupation et surtout depuis la loi douanière de 1890, celle de l'Angleterre et Malte s'est peu modifiée, celle de l'Italie a considérablement décru; quant à l'ensemble des autres pays, leur part s'est accrue sensiblement.

Si l'on considère les quatre années 1885-86, 1886-87, 1887-88 et 1888-89, qui correspondent à la première période de notre occupalion, avant la loi douanière franco-tunisienne, on peut dresser le tableau ci-après représentant les chiffres absolus et la quote-part de chaque nation (2) :

Commerce de la Tanisie {Exportations et importations réunies).

Années (du 13 octobre au VI octobre).

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