MÉNAGEMENTS A OBSERVER
argent, la Tunisie est aujourd'hui en pleine lumière et pleine faveur. La bieDvenue au jour lui rit dans tous les yeux.
Il s*agit de ne pas s*enivrer de ces promesses de prospérité et de n'en pas perdre le jugement. Pour toute colonie bien née il est une période de développement rapide qui éblouit et trompe quelquefois les administrateurs et les colons inexpérimentés.
« Le premier effet de la prise de possession d'une contrée neuve ou primitive par un vieux peuple riche, écrivions-nous de Sfaxen 1897 au Journal des Débats, c'est que celui-ci y apporte d'abondant» capitaux. Ils y viennent soit sous la forme d'emprunts publics ou de dépenses publiques, soit sous la forme d'entreprises privées. Les finances sont aussi mieux administrées et les sommes provenant d'impôts sont mieux employées. D'après un document officiel récent (voir plus haut page 500), il aurait été consacré aux travaux publics en Tunisie depuis l'établissement du protectorat environ 134 millions de francs. La Tunisie comptant 1 ,500,000 habitants, c'est relativement au nombre de têtes, l'équivalent de 3 milliards, et demi affectés aux mêmes travaux en France.
« Voilà pour Tœuvre de TËtat ; celle des particuliers n'a pas été moindre ; on estimait à 50 ou 60 millions de francs les sommes apportées parla première couche de colons ruraux, de 1882 à 1890 ou 1891, notamment pour les plantations de vignobles. Depuis lors, le mouvement s'est ralenti quelque temps, puis il a repris. On emploie moins de capitaux en propriétés rurales, quoiqu'il se crée encore d'assez nombreux domaines ; mais les productions sur lesquelles on se porte, l'élevage du bétail, la culture des céréales et les plantations d'oliviers dans le Sahel, sont bien loin d'exiger des sommes aussi énormes que la création des grands vignobles à laquelle on a, par crainte de la mévente des vins, à peu près renoncé. Les capitaux métropolitains viennent encore assez abondamment se fixer en Tunisie pour d'autres objets, à savoir pour la construction de logements à Tunis et un peu aussi à Sousse et à Sfax, pour l'édification de quelques usines, huileries, plâtreries et autres, pour les mines aussi dont certaines donnent beaucoup d'espoir, enfin pour les transports urbains.
« Une deuxième Compagnie de tramways vient de se constituera Tunis; la ville s'étend et se pare tous les jours ; ce sont des capitalistes de Marseille, de Grenoble et autres villes du midi ou du centre
de la France, qui viennent, soit isolément, soit sous la forme de Sociétés, édifier des maisons de location dans la capitale tunisienne, avec Tespoir d*cn tirer 8 à 10p. 100 d'intérêt. Jusqu'ici Topération a passablement réussi, mais elle devient plus malaisée à continuer. Sousse et Sfax, dans une mesure infiniment moindre, bénéficient d'une faveur analogue et de semblables apports. Elles finiront bien, elles aussi, par avoir leurs tramways, et le très vaste développement de Sfax, par exemple, l'installation de jar^iins publics et de promenades qui, dans quelques années, seront ombreuses et qui témoignent de Tart de nos jardiniers officiels ou de nos architectes paysagistes, comme on dit, l'expansion de ces villes au delà des pittoresques et inutiles murailles arabes amèneront l'établissement de moyens de transports urbains.
<( Une des entreprises les plus profitables pour lesquelles les capitaux se portent aussi en Tunisie depuis quelques années, ce sont les mines. On ne peut étendre indéfiniment l'agriculture d'exportation, les vieilles contrées commençant à regorger de produits agricoles et chaque apport nouveau faisant baisser les prix. Bien plus grande est l'élasticité des produits miniers ; après avoir passagèrement baissé de 1890 à 1894, les métaux se sont beaucoup relevés depuis 1895, et tous, cuivre, zinc, plomb, continuent de se tenir à de très bons prix. Or, la Tunisie paraît avoir la bonne fortune de posséder de riches gisements de calamine ou de zinc.
« Pour toutes ces raisons, il y a eu un très grand apport de capitaux en Tunisie. Les 134 millions consacrés par le gouvernement aux travaux publics ont peut-être été doublés par les capitaux des particuliers et des Sociétés ; mettons que, pour le tout, on s'arrête au chiffre de 250 millions seulement ; ce serait encore énorme ; on ne répand pas en une douzaine d'années 250 millions sur un si petit pays, sans y susciter une vive animation et une prospérité brillante. Il faut, toutefois, que cette animation et cette prospérité se soutiennent. Tour à tour, cette année-ci et l'an dernier, deux membres permanents et anciens de la colonie, Tun avocat de renom, l'autre homme d'affaires connu, me confiaient leur opinion à ce sujet ; sous une forme un peu différente, elle se ramenait à celte idée : tout ira bien tant qu'il viendra des capitaux de France, c'est-à-dire tant que par des emprunts d'Etat ou de villes ou des conversions sur lesquelles on greffe des emprunts, par des actions ou des obligations de Sociétés privées, par des apports individuels pour des créations