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L'AUTONOMIE TUNISIENNE

charge nouvelle de 1200000 à 1300 000 francs pour le budget tunisien. Supposons, ce qui serait une compensation légitime, mais seulement partielle, que le budget métropolitain prit à sa charge la moitié ou les deux tiers des dépenses actuellement (1897) faites à Bizerte et la totalité de celles qui s'y feraient plus tard en vue de fortifications et de la construction d*un arsenal, le budget tunisien n*en serait pas moins grevé, du chef des chemins de fer de la Medjerda, de 1 million de francs d'ici à dix ans. L'administration tunisienne semble ne pas prévoir ce surcroît naturel de charges.

En ce qui concerne Tarmée d'occupation, nous avons exprimé, à l'occasion de l'Algérie, Topinion que, une fois la colonie complètement adulte, elle devrait pourvoir graduellement à une fraction de cette dépense jusqu'à une somme maxima de moitié, l'autre moitié incombant définitivement et perpétuellement à la France et étant le prix naturel de sa souveraineté. La Tunisie pourra être considérée comme adulte à l'âge de cinquante ans, c*est-à-dire en 1931 ; elle pourra donc être exemptée de ce fardeau pendant longtemps encore, mais il y a lieu, cependant, de réfléchir dès maintenant qu'il lui incombera un jour, à concurrence de moitié, comme pour l'Algérie.

De tout ce qui précède, il résulte que l'administration tunisienne ne parait pas saisir l'ensemble des données du problème colonial. Elle s'enferme dans le moment présent; clic risquerait de charger lourdement la colonie, sans penser aux surcroîts graduels de charges qui lui incomberont avec le temps.

C'est pour le ministère des affaires étrangères un devoir strict de guider et parfois de réfréner l'activité de son représentant en Tunisie. Il doit embrasser tout le long avenir. C'est un bonheur que la Tunisie relève de ce ministère, qui a des vues plus élevées, une politique plus prévoyante et plus suivie, qui est aussi plus indépendant du joug des politiciens que ne l'est le ministère des colonies.

L'autonomie tunisienne, c'est-à-dire la faculté de trancher sur les lieux, sans intervention des Chambres, les questions qui se rattachent à l'administration et au développement du pays, est une organisation précieuse; c'est un mécanisme rapide, simple et sûr, à une condition, toutefois, à savoir que le département ministériel métropolitain exerce un contrôle sérieux sur les autorités auxquelles il a délégué ses pouvoirs, particulièrement quand il s'agit d'engagement de grosses dépenses, d'impôts et d'emprunts.

Avec le temps aussi, il pourra devenir nécessaire de soumettre la

budget tunisien aux vérifications du corps de Tinspeclion des fînances et de la cour des comptes.

Il sera utile, d'autre part, d'installer une cour d*appel à Tunis: mais pour qu'elle ne se trouve pas suspectée d'être dans Tétroile dépendance du résident général, il conviendra, comme nous Tavons indiqué plus haut (page 465) qu'elle soit formée par une chambre composée de magistrats pris au sein de la cour d'appel d'Aix en Provence et continuant à faire partie de celte dernière cour. Chacun de ces magistrats résiderait de trois à cinq ans à Tunis.

Quant à des tribunaux de commerce réclamés par les colons, on a pensé à une solution intermédiaire qui paraît excellente, à savoir : un tribunal formé d'assesseurs commerciaux présidés par un magistrat français de carrière.

Diverses autres modifications pourront s'introduire dans le mécanisme tunisien. Ce qui importe, c'est de conserver le protectorat. A la mort du bey actuel presque octogénaire, il conviendra d'installer à sa place son successeur suivant le droit musulman.

La Tunisie ne doit pas être la copie de l'Algérie ; elle doit former, au contraire, la contre-partie de l'Algérie du passé et du présent. Il y a peu de traits communs entre les deux anciennes régences. Elles doivent demeurer séparées et distinctes. Nous désirons que l'on maintienne aussi longtemps que possible le protectorat. Peut-être, cependant, un jour, dans quarante ou cinquante ans, sera-t-il difficile de conserver la pleine autorité nominale du bey, et sera-t-on contraint d'annexer la Tunisie à la France : c'est une solution qui serait regrettable et que Ton doit autant que possible reculer. Mais si la Tunisie doit être un jour annexée, c'est à la France, ce ne doit pas être à l'Algérie. Nos deux possessions voisines doivent garder chacune leur individualité, leur développement séparé. Elles ne feraient que se nuire mutuellement et s'entraver en voulant s'unir. Leur séparation est une garantie pour chacune d'elles et une garantie aussi pour la France. Cette annexion que nous désirons voir infiniment lointaine ne devrait jamais, en tout cas, constituer une assimilation, ni en préparer une.

Qu'on laisse la Tunisie se développer naturellement, qu'on n'épuise pas le budget en création de cadres administratifs, qu'on ne fasse que les travaux publics vraiment utiles, par des procédés peu coûteux et sommaires, qu'on tranche surtout la grande question de l'assimilation des produits tunisiens aux produits français à

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