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LES ÉLÉMENTS EUROPÉENS : L'ACCLIMATATION

Si les naturalisations ont diminué depuis 1889, la raison en est à la loi du 26 juin de cette année, qui a déclaré Français: 1° tout indi^-u né en France (ou en Algérie) d'un étranger qui, lui même, y est né ; 2' les jeunes gens nés en France (ou en Algérie) d'étrangers et qui, domiciliés en France à leur majorité, ne déclinent pas la qualité de Français dans Tannée qui suit leur majorité. Nous avions souvent réclamé ces dispositions. Leur application en Algérie, à partir du deuxième semestre de 1889, a eu pour effet, de déférer tacitement à nombre d'étrangers la nationalité française.

1^ dénombrement de 1891, qui constate la présence de 218,301 étrangers européens en Algérie, met en évidence ce fait remarquable que 1 14,222 seulement étaient nés à Tétranger, c'està-dire en dehors de la colonie et de la métropole ; 103,163 avaient vu le jour en Algérie et les 916 autres en France ou dans une colonie française. Il en résulte que près de la moitié des étrangers établis en Algérie sont nés dans ce pays même. Il y a dans cet effectif un grand nombre de recrues pour les naturalisations futures. Un genre spécial de naturalisation se rencontre en Algérie, c'est celui qui a son origine dans la convention consulaire conclue entre la France et l'Espagne, relative au service militaire. Les jeunes Espagnols établis dans notre province d'Afrique doivent satisfaire au recrutement, soit d'après la loi espagnole, soit d'après la loi française.

les fils d'élraDgcrs, ués en Algérie, seraient de droit déclarés ciloyens français, à moins qu'à leur majorité ils n'eussent opté pour leur nationalité d'origine. Ce projet a été, depuis lors, réalisé. L'objection de M. Etienne est que les EspagooU, naturalisés ainsi d'office dans la province d'Oran où ils sont plus nombreux que les Français, pourraient « s'emparer de toutes les administrations communales et préparer moralement l'annexion du département d'Oran À l'Espagne. » Ce raisonnement est à contresens, puisque la naturalisation portant sur les individus venant chaque année à la majorité serait graduelle. Od sent dans cette opposition le politicien qui craint l'arrivée de nouvelles couches d'électeurs. Les Espagnols seront bien plus redoutables si on ne cherche pas à les assimiler. Les Américains aux États-Unis sont autrement larges avec les émigrants allemands qui, dans certains comtés, forment la majorité. Le service militaire à effectuer sur lo territoire de la France conti- Deotale servirait, d'ailleurs, à franciser ces jeunes Espagnols.

Certains écrivains, comme M. Paul Bourget, se montrent peu favorables aox naturalisatious nombreuses qui, d'après eux, allèrent le type national; mais, en admettant cette objection, ce qui n'est pas notre avis, pour la France continentale, on ne peut la soulever en Algérie. La collation de la nationalité flraoçaise à de nombreux étrangers est indispensable en ce pays, pour que nous nous y assurions une solide prééminence. Nous ne faisons ainsi qu'imiter les Romain?, les grands maîtres de la colonisation africaine.

Ils ont à ce sujet le droit d*option et ceux qui se soumettent au recrutement français peuvent réclamer de plein droit la naturalisation. Du côté des Espagnols, ces naturalisations spéciales devront devenir plus fréquentes.

Tous ces Espagnols, Italiens ou autres, qui persévèrent pendant plusieurs générations à habiter l'Algérie doivent finir par se fondre, sans qu'on s'en aperçoive, dans le flot de la population française. On pourrait édicter que ceux qui naissent en Algérie ou en France et dont les pères et grands-pères sont ou étaient nés eux-mêmes dans un de ces pays soient Français sans aucune faculté résolutoire.

Ainsi, dans cinquante ou soixante ans, la plupart des descendants des 218,301 étrangers d'origine européenne établis en Algérie en 1891, seront complètement incorporés dans la population française. Les Israélites indigènes finiront aussi, dans une ou deux générations, par cesser de figurer sous une rubrique à part et formeront, avec le reste de la population française, un tout dont il sera impossible officiellement de les distinguer (1).

Ces remarques étaient nécessaires pour montrer que l'élément français en Afrique n'est pas complètement pur et que la proportion d'alliage qui s'y mêle doit devenir d'année en année plus considérable. Ce n'est pas, h notre sens, un inconvénient. La race française doit agir en Afrique à la façon d'un ferment qui modifie une masse infiniment plus étendue qu'elle. Aussi bien, quelle est dans le monde civilisé contemporain la race qui puisse se dire' pure?

Il est évident, néanmoins, que, à la longue, cet alliage doit agir sur la natalité et la mortalité de l'élément dit Français. Plus il y entre d'Espagnols, dltaliens, de Maltais et d'Israélites, plus la natalité de l'ensemble doit devenir forte et la mortalité faible. Jusqu'ici, néanmoins, cette influence a été compensée par la grande quantité de sujets Allemands (Alsaciens-Lorrains) et de Belges qui ont été naturalisés depuis 1870. Ces hommes du Nord ont plus de difficulté que le Français du Midi à s'acclimater en Afrique.

Parmi les colons espagnols, la mortalité jusqu'à ces dernières années était assez élevée, atteignant 30 ù 31 p. 1,(XK); depuis lors, elle a sensiblement faibli. Dans les trois années 1891, 181)!2, 1893, les

(1) Déjà, les plus récentes statistiques officielles foot remarquer que, parmi les naissances déclarées et inscrites comme françaises, il en est qui proviennent d'Israélites indigènes des hautes classes ne voulant plus former une catégorie spéciale.

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