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L\ DâMOORAPHIE ALGÉRIENNE. 47
Aooées.
^IlèmeoU de la population. 1S86 1891 Augmentation. Diminutioa.
Report 3.663.796 4.024.501 360.795
ItaUeDS 44.133 39.161 » 4.97Î
Aoglo-Maltaiâ 15.538 14.677 > 856
Allemands 4.179 3.189 » 990
Autres étrangers européens.. 7.550 9.415 1.856 n
Tooisiens et Marocains 22.524 18.617 » 3.907
Totaux 3.757.724 4.109.650 362.651 10.725
L augmentation de 351,926 âmes frappe tout d*abord ; elle est en partie iictive et tient à ce que, pour la population musulmane, le recensement de 1891 a été plus exact que celui de 1886, Texlension considérable du territoire civil permettant des opérations conduites avec plus de régularité. En mettant de côté les musulmans sujets français, les Israélites naturalisés, les Tunisiens et Marocains, il reste 271,101 Français et 218,301 étranjjer^ d'origine européenne en 1891, soit ensemble 489,-102. Si l'on remonte à 1876, c'est-àdire 15 ans en arrière, on ne recensait alors, et encore armée comprise, que 198,792 Français et 158,387 étrangers, soit ensemble 357,179 âmes, dont il fallait déduire environ -10,000 âmes pour l'année, une vingtaine de mille étrangers Marocains et Tunisiens, ce qui ne laissait que moins de 300,000 âmes pour la population civile d'origine européenne. En quinze ans, celle-ci s'est accrue de près de 200,000 âmes.
D'après le dénombrement de 1891, sur les 271,101 Français recensés, 214,106 étaient Français de naissance et 26,995, soit un peu moins de 10 p. 100, étaient Français par naturalisation. D'autre part, sur les 271,101 Français de ces deux catégories, 133,071, soit presque exactement la moitié, étaient nés sur le sol algérien; parmi 168 218,301 étrangers d'origine européenne, 103,163, près de la moitié aussi, étaient nés en Algérie ; l'élément européen autochtone, français et étranger, montait ainsi à 236,234 âmes.
Parle simple fait des naissances, qui s'élèvent à 18,000 annuellement dans la population européenne, il arrivera que, quel que soit le courant d'immigration, dans dix ou quinze ans la population de race européenne, née sur le sol algérien, représentera les deux tiers du groupe européen vivant dans cette contrée. A ceux qui nient i'acclimatation, il suflit d'opposer ces chiffres. L'n recensement antérieur, celui de 1866, analysé par le D' Ricoux,
fait connaître que parmi les 122,119 Français établis en Algérie h cette époque, 36,979 étaient nés en Afrique, parmi lesquels on constatait 1,454 mariés. D'un autre côté, parmi les 95,871 étrangers européens d'alors, 35,529, dont 1,548 mariés, étaient nés en Algérie. C'était en tout 72,508 individus de race européenne, en 1866, qui avaient vu le jour en Afrique. Comme, en 1891, le nombre des personnes de cette catégorie s'élevait à 236,234 âmes, cette partie delà population européenne a plus que triplé en 25 ans. Aujourd'hui non seulement près de la moitié de la population de race européenne établie en Afrique y est née, mais encore il doit se rencontrer une très forte proportion d*hommes de race européenne nés en Afrique de parents qui eux-mêmes y étaient nés.
On a souvent écrit que les Européens du sexe féminin résistent mieux au climat de l'Afrique que ceux du sexe masculin : cette remarque paraît jusqu'ici fondée. Elle est loin, toutefois, d'avoir la portée que lui attribue feu le D' Bertillon. D'après la Slatislique générale de V Algérie^ publiée en 1893, l'ensemble des naissances parmi les Européens, pour les trois années de la période 1891 à 1893 inclusivement, comprend 27,1 iO garçons et 25,472 (illes; il y a donc heureusement, ici comme partout, un excédent des naissances de garçons. Par contre, les décès dans les mêmes trois années, atteignent le chiffre de 26,289 hommes et 18,014 femmes. Il y a la un avantage énorme an profit du sexe féminin qui, dans ces trois années, présente 8,275 décès de moins que l'autre sexe. La population féminine d'origine européenne, du chef du mouvement des naissances et des décès, s'est accrue en ces trois années de 7,458 Ames, tandis que la population masculine ne s'est augmentée par la même cause que de 852 âmes, ce qui est peu ; néanmoins, il reste toujours une augmentation, ce qui est déjà un grand point.
Cette proportion beaucoup plus forte des décès masculins, on ne peut l'expliquer uniquement par les deux causes qui se présentent d'abord à l'esprit, à savoir, d'une part, les travaux plus durs auxquels se livrent les hommes, notamment la vie extérieure que beaucoup d'entre eux doivent mener et racclimatement plus malaisé dans ces conditions; d'autre part, dans une population qui se recrute en partie par l'immigration l'excédent du nombre total des hommes sur le nombre total des femmes ( 1 ). Ces deux causes contribuent cerlainc-
^1) En 1872,011 comptait, dan» la population d'origine européenne en Algérie, 113 hommes contre 100 femmes. Dans les années antérieures, cet cxcédeot
ment à la difTérencc de mortalité qu'ofTrent les Européens des deux sexes en Afrique. Mais elles ne sont ni les seules, ni vraisemblablement les principales. Ce n'est pas, en efTet, seulement parmi les hommes faits,c*est aussi parmi les garçons que la mortalité sévit plus que parmi les femmes ou les filles. Dans les trois années 1891-1893, il est mort 17,561 garçons contre 11, 171 filles. On doit dire, il est vrai, que ces mots de garçons et de filles sont pris ici par opposition avec les mots de mariés et de veufs, et qu'il se trouve, en ce sens, beaucoup plus de garçons que de filles dans la population algérienne d*oriipne européenne. Néanmoins, la mortalité doit être beaucoup plus forte parmi les enfants du sexe masculin que parmi ceux de l'autre sexe ; indépendamment de ce que la vie môme des jeunes garçons est, d'ordinaire, plus extérieure que celle des petites filles, il doit y avoir dans l'organisme masculin une moindre souplesse et une moindre facilité d'acclimatation.
L'expérience prouve toutefois que l'acclimatation du sexe masculin peut s'efîectuer. On vient de voir (page 48) que la population masculine d'origine européenne, considérée en elle-même et abstraction faite de l'immigration, fait plus que couvrir ses pertes.
Dans les colonies où les immigrants fournissent un plus grand nombre d'hommes que de femmes, il n'y a pas un grand inconvénient à ce que- l'excédent des naissances sur les décès soit plus fort pour le sexe féminin que pour le sexe masculin. Gela rétablit l'équilibre. Plus tard, avec des soins hygiéniques mieux compris, des mesures prises pour restreindre la consommation des spiritueux, il est probable que l'on pourra réduire la mortalité, non seulement parmi les hommes adultes, mais parmi les garçons.
était beaucoup plus fort ; aujourd'hui il doit être un peu plus faible ; mais il doit toujours subsister. Dans les documents suivants, uotamment dans la Statistique générale de V Algérie, années 1891, 1892 et 1893, on ne trouve pas, pour la population d*origioe européenne, l'indication du nombre d'hommes et du nombre de femmes ; cette répartition entre les deux sexes n'est faite que pour la population totale, indigènes compris. Encore apparaît-elle comme très suspecte ; il y est dit que sur les 4,109,650 habitants de TAlgérie en 1891, il s'en trouve 2,166,701 du sexe masculin et 1,942,949 du sexe féminin, soit 213.753 Âmes d'excédent pour le premier ; cela est au plus haut degré invraisemblable. On verra plus loin (p. 56) que du chef du mouvement des naissances et des décès, en tant que les statistiques algériennes soient vraies, la population féniiaine musulmane s'accroît de 3,000 û 4,000 Ames par an déplus que la population masculine. Les indigènes doivent, dans les recensements, diesimaler souvent le nombre de leurs femmes. On eu trouvera plus loin, p. 56, la preuve .
Nous ne saurions accorder grande portée à l'objection faite par feu le docteur Beriillon que Téchec des Romains suscite des doutes sur la possibilité d'acclimater définitivement les hommes du midi de l'Europe sur la terre algérienne :
« Les grands et forts Romains d'autrefois l'ont tenté, dit ce statis* « ticien ; ils ont été vaincus. Eux qui, partout où ils ont mis le « pied en Europe, y ont implanté à jamais leur langue, leur loi, leur « administration, n'ont rien laissé sur la terre africaine que les « restes inanimés de leurs constructions, vains fossiles d'une pros- « périté qui a péri dès qu'elle a cessé d'être ravitaillée par la mère « patrie, car ce ne sont pas les faibles indigènes non plus que les « torrents éphémères des conquérants qui l'ont détruite ; l'on n'ané- « antit pas ainsi le sang romain ; mais c'est le soleil africain qui Ta « desséché I et ainsi ont péri tous les peuples indo-européens, et ils « sont nombreux (Persans, Grecs, Romains, Vandales, Français, « Anglais, etc., etc.), qui, depuis les temps historiques, ont été « attirés par les richesses africaines (1) ».
Le sort de la domination romaine qui, en effets n'a laissé comme vestiges en Afrique que quelques pierres, n'a rien qui soit de nature à nous effrayer. Jamais les Romains n'ont pris possession de l'Afrique septentrionale avec la même intensité que de la Gaule. Ils y ont trouvé des populations infiniment moins malléables. Quand l'invasion barbare est survenue, les Romains d'Afrique sont retournés en grand nombre sur le sol italien, et ceux qui restaient de Tautre côté de la Méditerranée se sont trouvés violemment séparés de l'ancienne mère patrie, sans conserver avec elle aucun rapport ni matériel ni intellectuel. Les Arabes ont agi en Afrique, non pas à la manière des torrents qui ravagent et disparaissent, mais comme une couche durable de population qui se superpose aux anciennes et imprime violemment, systématiquement, à celles-ci sa foi, son caractère, sa langue. L'islamisme transforme tous les pays où il se fixe. Si, en Europe, la Turquie a pu conserver des restes vivants des populations grecque ou slave, cela tient en grande partie à l'époque récente de la domination mahométane dans l'Empire turc. C'est au milieu du xv* siècle, sept cents ans après son établissement en Afrique, que le mahométisme s'est fixé sur les bords du Bosphore. Il n'y a jamais eu l'intolérance qu'il montrait en Barbarie. Il se
(I) Préface à, la Démographie figurée de l'Algérie, du D^ Ricoux, p. 8.
LA DËMOGRAPDIE ALGÉRIENNE. 51
trouvait avoir à lutter contre des populations slaves et grecques autochtones, non contre des Romains importés. L'empire turc, en outre, n*a jamais été séparé de tous rapports avec TEurope comme la rive méridionale de la Méditerranée. Le christianisme, qui a été la forme de conservation de la culture romaine dans le monde barbare, n'a pas eu le temps de s'implanter solidement en Afrique et les populations chrétiennes n'y ont pas eu assez d'énergie pour résister à l'absorption (1).
L'argument historique de M. Bertillon manque de base; il est victorieusement combattu par d'autres arguments historiques beaucoup plus récents et mieux établis. Le soleil des deux Carolincs, de la Floride et du Texas n'est pas moins brûlant que celui de Tunis et d'Alger; néanmoins l'une des races européennes les plus septentrionales, les Anglais, s'y est parfaitement acclimatée. Le type des Anglo-Américains diffère, sans doute, de celui des Anglais purs. M. Herbert Spencer, dans un récent voyage en Amérique, le faisait remarquer aux Yankees et attirait leur attention sur ce qu'il appelait leur dégénérescence. Mais il attribuait surtout cette transformation, d ailleurs problématique en tant qu'elle serait pernicieuse, à de fâcheuses habitudes mentales et physiques, un excès d'ambition tourné vers la conquête de la fortune, une agitation fiévreuse. Il reste incontestable que l'élément anglo-saxon, grossi des apports hollandais, suédois, norwégiens et allemands, constitue une forte race qui, par le Texas et la Floride, touche presque aux tropiques, tandis que Alger et Tunis sont de 8 à 10 degrés plus élevés. Très voisines du tropique de Thémisphère sud sont les colonies anglaises de la Nouvelle-Galles et de Queensland et elles aussi sont ilorissantes. La capitale du Brésil est assise juste sur le tropique du Capricorne, et les Portugais, dont beaucoup sont originaires des montagnes hispaniques, constituent dans ces contrées une population résistante. L'Afrique du Nord ne sera pas moins hospitalière aux Européens et aux Français ; notre civilisation y poussera de forte racines, surtout si, pendant plusieurs siècles, le lien politique n'est pas rompu entre la colonie et la métropole. Si prématurément ce malheur arrivait que l'Afrique française se séparât de la France, il serait alors à
(1] Des recherches plus approfondies ont démontré que plusieurs des tribus kabyles gardent confugément le souvenir d*une origine romaine : ces gi'oupea ethniques ont été submergés dans Tinvasion musulmane et s'y sont fondue, ce qu'explique la rupture prolongée de toute communication avec l'Europe. Vgirplus haat la note de la page 43.
craindre qu'avec les éléments d'origine barbare qu'elle contient dans son sein, et ceux qui Tavoisinent et la menacent, le caractère européen s'afTaiblit singulièrement dans cette contrée. L^ne union politique de plusieurs siècles de l'Afrique du Nord avec la France est la seule condition nécessaire pour que la race européenne s'établisse définitivement dans cette partie du monde.
Il ne faudrait pas croire, en effet, que si l'élément européen peut prospérer en Algérie, il doit le faire aux dépens de l'élément arabe en le refoulant, en l'éliminant, ou bien en le réduisant. Quelques observateurs superficiels ont accueilli ce préjugé que, par le contact avec une race supérieure, la race inférieure s'étiole et finit par disparaître. Outre que la population arabe ne se trouve pas, à l'égard de la race européenne, dans des conditions permanentes et irrémédiables d'infériorité, aucun ensemble défaits ne prouve la prétendue règle scientifique que beaucoup de personnes ont si légèrement formulée. Aux Etats-Unis, par exemple, les Indiens paraissent plutôt s'être fondus en grande partie dans la population européenne qu'avoir matériellement disparu. L'exemple des nègres australiens, traqués et assassinés systématiquement par les colons anglais, ne peut être probant. Lors du recensement de 1872, la très grande diminution que l'on croyait constater dans la population arabe algérienne redonna créance à la prétendue règle d'extinction des races inférieures en présence des races supérieures. De 18G6 à 1872, en effet, la population musulmane était censée avoir diminué de 527,020 âmes. Le choléra de 1867, la grande famine de 1868, le typhus et la petite vérole de 1869 à 1872, enfin l'insurrection de 1871, eussent pu expliquer une légère décroissance de la population arabe. Mais les recensements suivants prouvèrent que le dénombrement de 1872 avait été très défectueux. En effet, la population musulmane, qui n'était estimée qu'à 2,125,000 âmes en 1872, fut évaluée à 2,476,000 en 1876, et à 2,850,000 en 1881. Ce dernier recensement est certainement plus exact que les précédents. Un observateur attentif ne peut contester la tendance à une forte augmentation de la population indigène en Afrique.
D'après le recensement de 1891, en effet, l'élément musulman aurait fait un nouveau et très considérable progrès, atteignant le chiffre de 3,554,067 âmes. Voici, depuis 1856, le nombre total des habitants de l'Algérie recensés et la répartition de ce nombre entre les principales catégories.