‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 22 sur 222 · IS · texte numérisé non relu

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Par les mots de population ù part, on entend, comme nous l'avons dit, le personnel des prisons, des hôpitaux, des collèges, etc. ; en 1 876 on y avait mis aussi Tarmëe; celle-ci est, au contraire, comprise, pour 1881 et 1886, dans les chiffres des autres catégories de la population, soit de la française, soit de l'européenne étrangère; déduction faite de Tarmée, les Français en 1886, étaient en Algérie au nombre de 223,804 (israélites indigènes non compris), et les étrangers d'origine européenne au nombre de 213,897, ensemble pour la population civile d'origine européenne 437,701. En 1891, au contraire, l'armée a été absolument exclue du recensement algérien, de sorte que les chiffres de 271,101 pour les Français et 218,301 pour les étrangers d'origine européenne, ensemble 489,402 représentent la population civile seule, en excédent de 51,701 sur celle de 1886. Un certain nombre d'israélites indigènes se mettant (voir le document officiel intitulé Éiat de l* Algérie en i S82), dans les villes depuis quelques années à faire inscrire leurs enfants comme français sans aucune distinction, il en résulte, toutefois, que parmi les 271,101 Français proprement dits, il peut se trouver plusieurs milliers, peut-être une dixaine de mille israélites indigènes.

C'est surtout l'augmentation des chiffres de la population totale et de l'élément indigène sur lesquels nous voulons attirer l'attention. De 1872 à 1891, en moins de vingt ans, la population totale aurait passé de 2, 4 16, 225 Ames à 4, 109,650, soit un gain de 1,693,425 âmes, et la population indigène seule aurait gagné 1,429,015 âmes dans ces vingt années. Ces deux accroissements seraient formidables. L'Australie n'aurait jamais eu une croissance aussi prodigieuse ;

les Etat»-Unis mêmes n'auraient jamais présenté un développement proportionnel aussi considérable, puisque, en vingt ans, le nombre des habitants de l'Algérie aurait augmenté de près des trois quarts, d'environ 70 p. 100.

Ce qui ressort de ces chiffres et de ceux des recensements de 1881 et de 1876, c'est que le recensement de 1872 était singulièrement défectueux. On avait très mal compté la population arabe, et de ce défaut de calcul on avait tiré des conclusions générales et des prévisions ridiculement fausses. Le dénombrement de 1872 s'était effectué au lendemain d'une grave insurrection, alors que les Arabes n'étaient pas encore complètement rassurés, qu'ils pouvaient appréhender de notre part des mesures plus ou moins vexatoires, notamment des aggravations de taxes. Le territoire civil était alors assez réduit. Les moyens dont disposait le service de recensement se trouvaient peu efficaces. Aussi n'est-il pas douteux que les déclarations des indigènes, chefs de douars ou de tribus, restèrent intentionnellement fort au-dessous de la vérité. La prétendue réduction de 400,000 ou 500,000 âmes de la population arabe ou kabyle dans l'intervalle des recensements de 1866 à 1872 était une fable; c'est ce que démontrèrent de la façon la plus décisive les recensements suivants (1).

Le plus récent, dont nous ayons actuellement les chiffres détaillés, celui de 1891, annonce Texistence de 3,551,067 indigènes musulmans en Algérie, non compris 18,617 Marocains et Tunisiens. Ce serait pour les musulmans sujets français, un accroissement de 292,000 âmes par rapport au recensement de 1886, de plus de 700,000 âmes relativement à celui de 1881 et de 1,427,000 âmes par rapport au recensement fantaisiste de 1872.

Que l'on s'en doive attrister ou réjouir, c'est un fait social aujourd'hui constaté : l'élément arabe et kabyle en Algérie pullule

(I) Il est curieux de faire remarquer que quelques députés de l'Algérie persistent à répandre dans la métropole des notions qui ne sont pas exactes sur la situation de cette colonie. Ainsi, M. Élicuoe, dans sou iutéressant rapport sur le budget du gouvernement général de l'Algérie pour 1887, disait que le nombre des Français dans notre pottscssion algérienne était inférieur à 300,000 Ames, il ne fixait qu'a 2,800,000 le nombre des indigènes musulmans. Quoique les résultats officiels du recensement de 1880 ne fussent pas encore publiés quand M. Etienne rédigeait son rapport, il lui eût été aisé de se rendre compte que tous ses chiffres étaient de beaucoup dépassés; de même il rééditait la fable ridicule de la disparition de 500,000 indigènes par suite de la famine dans l'intervalle du recensement de 18(iGà 1873.

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