L'ACCROISSEMENT DE LA POPULATION ALGÉRIENNE
plèlement négligé, vivre en harmonie avec tous, sans bouleverser leur état moral. Il faut renoncer tout à fait aux expropriations déterres ; il confient d'apporter dans la constitution de la propriété privée tous les ménagements désirables ; c'est un devoir pour nous, non seulement de morale, mais de prudence politique, de renoncer aux rigueurs fantaisistes de ce qu'on appelle le Code de Tindigénat. En face d'une population aussi vivace, nous devons avoir une règle dominant toute notre administration, c'est d*évitcr de semer dans la population arabe des ressentiments qui nous vaudraient, un jour ou l'autre, une hostilité aussi dangereuse que celle de l'Irlande à l'endroit de l'Angleterre. Les Arabes profitent matériellement de notre présence en Afrique; il faut qu'ils n'éprouvent aucune répuiniance persistante à notre contact. L'un de nos grands devoirs là-bas, c'est la réconciliation avec nos sujets musulmans.
Voilà le grand enseignement qui ressort des derniers recensements. Quant au chiffre actuel des Européens établis en Algérie, il est en lui-même assez satisfaisant. Qu'il y ait aujourd'hui dans cette contrée 500,000 habitants d'origine européenne, armée non comprise, cela nous paraît un succès. En 1861, il ne s'y en trouvait pas 20l),0OOet moins de 250,000 en 1872. La population civile européenne a doublé en vingt années. On ne peut espérer la continuation du doublement tout les vingt ans ; mais un accroissement régulier de 8,000 à 10,000 âmes par année semble conforme à toutes les vraisemblances. On approcherait ainsi du chiffre de 1 million d'Européens quand on célébrera en 1930 le centenaire de l'Algérie ; on atteindrait même certainement, si l'on ne dépassait pas, ce chiffre en joignant le contingent européen de la Tunisie à celui de l'Algérie (1). Le résultat ne sera pas mesquin : au contraire même, en soi on devrale juger magnifique. Il s*alliera avec un développement pro-
(1) Cet aceroitsemcnt de 8 à 10,000 âmes de la population européenne par aanét répond à peu près à Tétat de choses actuel. D'après la Statistique générale de C Algérie pour les années 1891-93 (p. 124), l'excédent des passagers civils eotrés en Algérie eu 1803 par la voie de mer sur ceux qui en sont sortis par la même voie était de 5,430; si l'on en déduisait l'excédent des voyageurs allant d'Algérie en Tunisie sur ceux entrés de Tunisie en Algérie, soit 1,485, on obtenait un gain net de 3,945, représentant Timmigration ; d'autre part, l'excédent aoonel des naissances européennes sur les décès européens dans la même période étant de 3,433, on obtenait un gain net de 7,368 européens. Il faudrait on léger accroissement du taux de développement pour arrivera une moyenne toouelle de 10,000 âmes d'accroissement et celle-ci doit être dès maintenant à peu près atteinte si on joint la Tunisie à l'Algérie.
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digieux de la richesse : mais il reste toujours cet autre côté du problème^ c'est que, suivant tous les antécédents et toute les prévisions rationnelles, cette masse d'Européens ne sera pas tout à fait compacte : il s'y trouvera une assez forte quantité d'alliage étranger; et surtout ce noyau d'un million d'âmes sera entouré d'une population indigène qui, selon toutes les probabilités aussi, montera à un chiffre cinq, six ou sept fois plus élevé.
On ne tient pas, en France, suffisamment compte de tous ces faits. La commission du budget ne s'en inquiète pas quand elle rogne les crédits du clergé algérien, et qu'elle abandonne ainsi à l'éducation et à la direction de prêtres d'Espagne les Espagnols si nombreux, plus nombreux que les Français dans l'ensemble de la province d'Oran. Dans les mains de politiques habiles, la chaire religieuse, le confessionnal, devraient être des moyens de répandre notre langue et le goût pour la France. Le Sénat oubliait également tous ces faits, quand, dans une loi sur la naturalisation, au lieu d'ouvrir aussi grandes que possible les portes de la nationalité française, il semblait se préoccupera la fin de 1886 de les verrouiller davantage (1 ). En ce qui concerne l'Algérie, on pourrait, sans inconvénient et avec beaucoup d'utilité même, pratiquer comme les deux grandes nations libérales, l'Angleterre et les États-Unis, le compelle intrare. Tout Européen né sur le sol algérien et continuant d'y résider jusqu'à sa majorité devrait être Français de droit.
Ceux qui ne tiennent pas compte non plus, soit dans leur discours, soit même dans leurs actes, des proportions des divers éléments de la population algérienne, ce sont nos colons et quelquefois leurs députés. Il y a parmi nos colons algériens un parti qui se dit autonomiste. Voilà une invention vraiment curieuse : il se trouve en Algérie 271,000 Français non compris l'armée, et ces Î27 1,000 individus voudraient être autonomes ; mais que feraient-ils de leur autonomie en face des 218,000 étrangers européens et surtout des 3,572,000 Arabes, Kabyles, Marocains et Tunisiens ? En vérité, le mot d'autonomie invoqué par nos colons est trop ridicule, quand les aspirants autonomes seraient, si on les abandonnait à eux seuls, 1 contre 15 dans notre possession d'Afrique. Les derniers recensements ne sont pas de nature à les encourager dans ces vues d'autonomie, mais ils doivent porter le gouvernement de la métropole à
(1) Cette faute, signalée dans la première édition de cet ouvrage, a été en partie réparée par la loi du 26 juin 1889, dont il a été parlé plus haut, p. 36.