LA COLONISATION OFFICIELLE
aujourd'hui prospères. Dans son rapport sur Texercice 1880-1881, la Société de protection des Alsaciens-Lorrains demeurés Français, présidéepar M . le comte d'Haussonville, aflirmait que les deux villages deBoukhalfa et d'Haussonviller étaient très florissants, qu'ils se trouvaient au complet, par suite de Tinstallation de quatre nouvelles familles faite en octobre 1880. Le remboursement du dixième des a vances faites qui, aux termes du contrat passé avec eux, était exigible au mois d'octobre, avait été effectué sans exception par tous les colons. Ce remboursement s'élevait à 18,561 francs. Plusieurs colons s'étaient entièrement libérés et étaient déjà définitivement propriétaires. Letat sanitaire ne laissait rien à désirer. On avait installé, dans Taulomne de 1880, au nouveau village du Camp du Maréchal, 17 familles; cinq lots de ferme dépendant du même territoire avaient été également concédés et étaient habités. Les nouveaux colons avaient planté depuis leur arrivée, qui ne datait que de quelques mois, plus de 40,000 pieds de vignes; 11 familles devaient être installées au mois d'octobre 1881 pour achever le développement de ce village. On y terminait des travaux de plantation pour assurer la salubrité. Bref, la Société de protection avait ainsi réussi à compléter en huit années le peuplement des trois territoires mis h sa disposition par le gouvernement de l'Algérie, alors que la convention qui avait été conclue à cet effet lui accordait un délai de 15 ans.
Ces procédés anormaux de colonisation ont obtenu ainsi une sorte de succès relatif (1). Cependant, ce n'est pas de cette façon que l'on eût pu rapidement développer la population agricole européenne en Algérie. En dehors de Faction de ces sociétés philanthropiques et patriotiques, le gouvernement a continué depuis 1870 à créer des centrés nouveaux, à agrandir les centres anciens et à distribuer chaque année en concessions 30 ou 40,000 hectares de terres, jusqu'en 1882. Apartirde cette époque, les concessions n'ont plus guère embrassé que 10 à 12,000 hectares par année.
Pourrésumer toutes les opérations accomplies pendant la période qui s'est écoulée de 1871 au 31 décembre 1884, c'est-à-dire en quatorze ans, la superficie des terres livrées officiellement à la colonisation
(1) Nous devons dire que, au printemps do 1885, un correspondant du journal le Temps a contesté la prospérité du village d'Haussouvitlôr ; M. le comte Otheoia d'Haussonville a répondu par une lettre au même journal, où fl affirme que la situation financière des colons vis-à-vis de la Société qui les liostailés se trouve excellente et qu'ils ont remboursé les avances qui leur «raient été faites.
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durant cet intervalle est de 501,793 hectares, dont 358,115 ont été affectés aux concessions individuelles ; le reste appartient, avec une aiTectation propre, aux communes, aux départements et au domaine public. La valeur de ces terres était estimée par Tadministration à 44,776,078 francs, soit environ 90 francs Thectare en moyenne (1). Il avait été dépensé pour travaux d*installation des colons une somme de 21,146,029 francs. L'ensemble des concessions accordées aux particuliers pendant ces quatorze années comprenait 13,030 lots de toute nature (lots de village, lots de ferme et lots industriels) (2). Le nombre des familles installées lors de la création des centres était de 11,048; sur ce nombre, 3,851 ont été évincées ou déchues pour une cause quelconque, pendant la période de concession provisoire, et remplacées par 4,017 familles nouvelles (3). Sur les 11,048 familles primitivement installées, 5,867 résidaient encore sur leurs concessions dans le courant de 1884. Un certain nombre, ayant satisfait aux conditions déterminées par les règlements, avaient cédé ou vendu leurs concessions ; 872 avaient cédé leur droit au bail ou leurs concessions pendant la période même de la concession provisoire , 2,128, après avoir obtenu leurs titres défmitifs, avaient vendu leurs terres. Enfin il résultait du recensement opéré par l'administration que sur Tensemble des concessions de ces quatorze années, soit qu'il s*a^t des concessionnaires primitifs ou de leurs remplaçants, 8,5f37 familles résidaient, représentant un efTectif de 32,976 personnes. Au 31 décembre 1884 le nombre de lots disponibles sur cet ensemble d'allocations s'élevait à 1,207, embrassant 3,634 hectares.
Le territoire de 501,793 hectares distribués de 1871 au 31 décembre 1884, en concessions soit individuelles pour les colons, soit collectives pour les communes et les départements, avait les origines
(1) Ces chiffres et les suivants sont extraits de la Statistique générale de V Algérie, 1883-84.
(2) Il n'est pas besoin d'expliquer ce qu'est un lot de ferme : quant aux lots de village et aux lots industriels, ce sont des lots qui, les premiers, comprennent une assez grande étendue de terre, mais avec la maison dans le village même, au contraire des lots de ferme, et qui, les seconds, les lots industriels, n'ont qu'une étendue de terre beaucoup plus restreinte, quelques hectares destinés aux artisans comme le forgeron, le menuisier, le charpentier, que l'administration établit dans chaque centre.
(3) La différence entre le nombre des familles évincées et celui des familles qui les ont remplacées provient de ce qu'un certain nombre de lots de ferme ont été convertis en lots de village qui ont une étendue beaucoup moindre.