‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 29 sur 222 · IMPORTANCE DU DOMAINE PUBLIC DISPONIBLE · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DU DOMAINE PUBLIC DISPONIBLE

les, par le fonccment de puits artésiens, raménagement des eaux, etc. Si l'État acquérait ainsi avec le temps, de gré à gré, 2 à 300,000 hectares de terre des grands propriétaires indigènes et des tribus, il ne de\Tait pas leur demander ce qu'ils ont de meilleur et de mieux utilise, mais ce qui, étant susceptible d'une culture plus perfectionnée, n'est que très faiblement mis en valeur par eux. Il devrait aussi veiller à ce que les acquisitions ne représentassent que la moindre partie des terres détenues par chaque groupe d'Arabes, et faire en sorte que ceux-ci, pourvus de meilleurs instruments, de meilleurs animaux et ttsanlde meilleurs procédés, trouvassent dans la plus-value des terres qui leur resteraient une compensation très ample à la perte de celles qui leur auraient été achetées à Tamiable. Il ne s'agit pas, en un mot, de spolier les Arabes et de rendre leur position pire ; il peut s'agir seulement d'arriver graduellement à la mise en culture par des mains européennes des étendues que les indigènes laissent incultes.

Dans ces conditions, avec toutes cesprécautionsetun certain temps, l'Eut pourrait, croyons-nous, acheter en dehors de la Kabylie 2 ou 300,000 hectares de terres aux Arabes. Mais cela ne presse pas, car il a bien d'autres ressources encore à sa disposition. En s'entendant avec certaines grandes sociétés européennes qui possèdent de véritables latifundia dont elles tirent un médiocre parti, comme la Com" jagnie algérienne^ qui détient environ 90,000 hectares qu'elle fait cultiver par des métayers indigènes, ou la Société franco -algérienne qui, dans la province d'Oran, possède 28,000 hectares, il entrerait en possession d'une centaine de mille hectares utilisables.

Il reste à l'Etat une autre ressource plus abondante et plus immédiate. Son domaine n'est pas aussi épuisé que le prétendent les partisans de l'expropriation des Arabes. Les documents officiels même en donnent la preuve. Au 31 décembre 1894, le domaine de l'Étal en Algérie se répar tissait ainsi :

Nombre Conleoaace Valeur :

des parcelles, hectares. francs.

Immeobleg. autres que les bois et forêts, et

OOD affectés à des services publics 1G.336 843.987 42.315.953

Bois et forôte 1 .26:1 1 .457.8>9 99.845.851

Immeobles affectés à des services publics. 3.962 28.348 133. 142.020

Uoe étendue de près de 2 millions et demi d'hectares est, certes, ^orme, quand on pense que les forêts de l'Etat en France ne dépas-

sent pas 1 million (l*heclares. En mettant de côté ce qui est aiîecté aux services publics et les bois et les forêts, il reste 844,000 hectares. On dit, il est vrai, que ce sont souvent des rochers ou des sables, qu*ils sont mal situés, éparpillés, ne se prêtant nullement à la création de centres. Que le premier reproche soit faux, c'est ce qu'indique la valeur même attribuée àces terres. Uneestimation moyenne de 50francs rhectare danç un pays primitif et encore médiocrement habité comme TAlgérie montre que la moitié de ces terres au moins doivent être de bonne qualité ; si elles sont trop dispersées ou trop éloignées, il n*est pas impossible de s'en servir pour des échanges ou de les vendre afin d'en acheter d'autres qui soient plus propices au peuplement européen. Sur ces 844,000 hectares, certainement la moitié, soit 422,000 au moins, peuvent servir à ces fins (1).

Une objection plus forte consiste à faire ressortir que la plus grande partie de ces terres restant au Domaine sont situées dans la province de Constantine et qu'il n'en reste presque plus dans la province d'Oran où il importerait surtout de fortifier l'élément français. Cela est regrettable, mais on peut y parer en achetant dans la province d'Oran une partie des 28,000 hectares de terres de la Compagnie franco-algérienne et en portant surtout sur cette province les sommes destinées à des achats aux indigènes (2). Sans nuire le moins du monde à l'œuvre de l'entretien et de la restauration des forêts, qui est une des tâches essentielles de l'administration algérienne, on pourrait^ sur les 1,457,000 hectares qui sont classés sous cette catégorie, en prélever 200,000 ou 3(K),000 qui n'ont de forêts que le nom et dont le défrichement n'aurait aucun inconvénient pour le régime des eaux. Avec les achats aux grandes Sociétés immobilières européennes et les échanges à faire à l'amiable avec les Arabes, on disposerait aisément,

(1) Dans V Exposé de la situation (jénérale en Algérie^ publié co 1884, le nombre des hectares disponibles pour la colonisation était estimé à 271,449 sur 836,511 hectares non affectés à des services publics qui composaient an 31 décembre 1882 le domaine de TËtat eu Algérie en dehors des forêts; une étendue de 271,449 hectares forme déjà un superbe domaine aliénable ou concessible, mais il est probable que ce chiffre était fort inférieur à la réalité. En 1893 [Exposé de la situation f/énéralede V Algérie^ p. 146), on estimait que, sur 867,545 hectares autres que les forêts et les biens affectés aux services publics, 300,000 étaient sans valeur pour la colonisation, rochers, plages, lacs, etc.; il resterait donc environ 550,000 hectares utilisables, directement ou par voie d'échange.

(2) Au 31 décembre 1893, sur 845,000 hectares domaniaux de la première catégorie, 603,586 se trouvaient dans la province do Ck>nstantinc, 136,87& dans celle d'Oran et 101,402 dans celle d'Alger.

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