ALIÉNATION DES TERRES DU DOMAINE
dans un délai de douze ou quinze ans, de 7 ou 800,000 hectares de terres.
Ce serait un espace suffisant pour 25,000 familles ; car, à cause de l'industrie viticole, une dotation moyenne de 30 à 35 hectares par famille parait suffisante.
Nous avons donné plus haut (p. 77 à 80) des renseignements détaillés sur Tœuvre de la colonisation officielle de 1871 à 1884. Ce régime a continué depuis lors et continue encore, quoique plus restreint. Dans les trois années 1891 à 1893^ par exemple, on a employé à ce mode de colonisation 33,802 hectares qui ont constitué 695 lots, dont 377 ont été concédés et 318 vendus, et sur lesquels on a installé 1,622 personnes, soit 540 par an en moyenne. Les dépenses pour ces 695 lots ont monté à 2,359,644 fr., dont 497,319 en achats de terre et 1 ,862,325 fr. en travaux et installations. Depuis 1871 jusqu'au 31 décembre 1893, on a ainsi consacré à la colonisation ofTicielle 604,803 hectares, comprenant 1 5,328 lots dont 1 2,853 concédés et 2,475 vendus ; le nombre des personnes installées monte à4l,769; on ne nous dit pas combien résident actuellement; les dépenses se sont élevées à 34,243,823 francs, dont 7,366,499 francs en achats de terres et 26,877,324 francs en travaux et installations.
A partir de 1884, Tadministration algérienne est entrée de la façon la plus heureuse dans la voie de Taliénation des terres du domaine public.'En 1885 elle offrait en adjudication plus de 7,300 hectares divisés en 101 lots. Vingt de ces lots étaient situés dans la province d* Alger, ayant ensemble environ 1,200 hectares, soit 60 hectares en moyenne ; le plus grand comprenait 168 hectares, et le plus petit 8 hectares 75 ares. Les 81 lots de la province de Constanlinc consistaient en 6, 100 hectares environ, soit 75 hectares en moyenne ; le plus grand lot, dans cette province, atteignait 486 hectares, et le plus petit était de 30 hectares. La mise à prix variait, par lot, pour l'ensemble des deux départements, de 240 francs à 22,000 francs, les chiffres les plus habituels étant de 3 à 6,000 francs. Quant à la mise à prix par hectare, elle oscillait de 6 fr. 50 à 265 francs, les prix les plus habituels étant de 30 à 80 francs par hectare. L'ensemble des mises à prix montait à 410,000 francs en chiffres ronds, soit une moyenne de 4,060 francs par lot et de 56 francs environ par hectare. Les plus écartés de ces lots étaient situés un peu au sud d'Aumale, dans la province d'Alger, et au sud de Batna, dans la province de Constantine. Les étrangers et les indigènes étaient exclus de Tadjudica-
lion, elles lots ne pouvaient passer dans leurs mains avant Texpiration d'une période de cinq ou douze ans, suivant les cas, à partir de l'adjudication . Cette opération réussit à merveille : presque tous les lots trouvèrent preneurs sur la première mise à prix qui, généralement, futdebeaucoupdépassée, parfois plus que doublée (1).
Le gouverneur général attribuait le grand succès de ces enchères à la sécurité que trouvent les acquéreurs dans les ventes domaniales où Toriginc de la propriété est incontestée, aux facilités accordées pour les payements à effectuer en cinq ans, au taux de rintérêt à servir pour les termes non échus, enfin à la grande publicité pratiquée tant en France qu'en Algérie pour Tannonce de ces ventes. Le nombre des Français du continent qui viennent visiter les immeubles domaniaux devient de plus en plus considérable, et l'on a pu dire que l'adjudication annuelle des lots de ferme est un excellent moyen de propagande pour la colonie.
L'expérience s'est continuée les années suivantes. En récapitulant les résultats des dixannées 1884 à 1893, on voit qu'il a été aliéné ainsi une étendue totale de 81,995 hectares en 3,239 lots pour une somme totale de 18,017,788 francs. C'est en moyenne plus de 8,000 hectares par an. Sur ces quantités, 2,031 lots, représentant 7,800 hectares en tout, ont été vendus de gré à gré pour 13,293,890 francs, somme dont la plus grande partie, soit 11,618,683 francs, se rapportent à une opération exceptionnelle de vente de 415 hectares, sans doute de terrains urbains bien placés, anciennes fortifications vraisemblablement^ en 1893. Les ventes aux enchères, qui donnent des renseignements plus précis sur la valeur moyenne des terres, se sont appliquées dans ces dix années à 1,208 lots, d'une étendue de 71,205 hectares, ayant produit 5,725,898 francs, soit en moyenne 80 fr.40 par hectare, chiffre très élevé pour un pays neuf; la moyenne de chaque lot vendu aux enchères est, en chiffres ronds, de 59 hectares. Malheureusement, dans ces dernières années, presque tous ces terrains sont situés dans la province de Constantine, très peu dans la province d'Alger et presque aucun dans la province d'Oran.
Malgré tous ces terrains vendus (81 ,995 hectares en dix ans, de 1884 à 1893) et les concessions qui s'y ajoutent, le Domaine est loin d'être épuisé ; il apparaît même plus considérable qu'il y a dix ans, à
(1) Voir, pour la justiûcatioD, la Statistique générale de l'Algérie, 1883- 84, p, 20(» et V Exposé de la situation générale en 1886, p. 386.