VI PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION
possessions d'Algérie et de Tunisie. L'Afrique Australe, qui attire tant aujourd'hui l'attention du monde et dont la colonisation date de lôSa, c'est-à-dire de près de deux siècles et demi, en réunissant les colonies anglaises, les républiques hollandaises et les protectorats britanniques, n'est pas réputée contenir à l'heure présente une population de plus de 670,000 à 700,000 blancs, soit 10 à i5 p. 100 de plus que le nombre des Européens en Algérie et en Tunisie (i). Cependant, l'Afrique du Sud a bénéficié de l'inappréciable attrait des mines de diamant découvertes il y a 25 ans et des mines d'or mises en exploitation depuis 12 ans déjà.
Les problèmes économiques et sociaux dans notre Afrique du Nord sont plus compliqués encore que les mêmes problèmes dans l'Afrique Australe. Les ressources immédiates, par l'absence de métaux précieux, y sont moindres; mais les ressources permanentes, par la supériorité du sol et du climat, y paraissent supérieures.
Un temps viendra, sans doute, dans 4o à 5o années, où la ville de l'or, Johannesburg, ne tirera presque aucune richesse de tout ce sol percé de galeries qui l'entoure. Le veldei les hauts plateaux de l'Afrique Australe sont autrement impropres à une culture intensive que les plaines et les vallées nord-africaines. Il y aura encore des phosphates dans nos possessions transméditerranéennes quand l'or aura disparu des gisements sud-africains.
Les deux problèmes les plus délicats de notre colonisation de l'Afrique du Nord, c'est le traitement des indigènes et c'est aussi la fraction de self-govemment que leurs conditions spéciales permettent d'accorder à l'Algérie et à la Tunisie.
L'Algérie a fait, depuis 25 ans, de grands progrès économiques, quoique, pour des causes que nous indiquons et que nous pensons que l'on pourra faire disparaître, elle impose encore à la métropole une charge financière très lourde.
Si l'essor économique de l'Algérie a été rapide dans le
(1) Voir plus loin la page 582.
PKÉFACE DE LA DEUXIÈME EDITION. YII
dernier quart de siècle, on ne peut en dire autant de sa situation morale : à ce point de vue l'Algérie a plutôt reculé; elle est dans un état moral moins sain qu'avant 1870. Tous les éléments de la population s'y trouvent, chacun vis-à-vis des autres, en un état d'hostilité et de défi : colons, indigènes et juifs. L'administration aussi parait s'être détériorée dans le pays : les actes de tyrannie et de dilapidation n'y sont pas assez rares.
Sans doute, on doit avoir une réserve d'indulgence pour une jeune colonie; mais il est clair qu'en ce qui concerne l'Algérie il y a quelque vice caché qui engendre ces fautes. Est-ce le système électoral, dans une contrée où les électeurs forment une infime minorité de la population et se distinguent par la race, par la langue, par la religion, de l'immense majorité? Il est certain que ce système électoral, la prépondérance absolue donnée aux colons, l'exclusion de tous les indigènes, constituent un état artificiel et illogique, tel qu'aucune société ne l'a jamais connu.
D'autre part, l'absence de pouvoirs réels du personnage qui devrait avoir la responsabilité de la direction de l'Algérie, le gouverneur général, le système, que Ton a prétendu atténuer, mais qui subsiste encore dans ses lignes principales, du rattachement des services algériens aux ministères métropolitains, forment une organisation coloniale analogue à celle que l'Espagne pratiquait dans le nouveau monde.
La manie bureaucratique pèse sur le développement algérien : on ne l'a que trop vu dans l'inénarrable affaire des phosphates. Après plus de 60 ans de notre ocupation, pendant lesquels le sol de l'Algérie, sauf quelques gisements de fer, s'était montré singulièrement pauvre en ressources minérales, voici que l'on met enfin la main sur une richesse de ce genre à la fois considérable et inespérée. Aussitôt, au lieu de s'en réjouir tous et d'en faciliter l'exploitation, on ne cherche qu'à l'entraver ; les jalousies et les haines politiciennes, d'une part, les infinies formalités administratives, de l'autre, se coalisent pour empêcher la mise en œuvre de ces trésors naturels