‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 31 sur 222 · ÉTENDUE DES PJROPRIÉTÉS EUROPÉENNES · texte numérisé non relu

ÉTENDUE DES PJROPRIÉTÉS EUROPÉENNES

cause de régularisations de contenances. En e(Tet, le Domaine autre que les forêts et les bois et non aiîecté aux services publics, qui iipu^it dans les statistiques officielles en 1885 pour 779,981 hectares et une valeur de 40, 5 16,969 francs, soit en chiffres ronds 52 fr. par hectare, est porté dans les statistiques relatives à 1894, on Ta vu, pour une contenance de 844,000 hectares et une valeur de 42,316,000 francs, soit une moyenne par hectare de 50 francs. I/administration devrait vendre résolument 20,000 ou 30,000 hectares de terres domaniales par an ; en accroissant sa publicité dans tous les petits journaux du midi et du centre de la France, elle placerait facilement pour 2 ou 3 millions de francs de terre annuellement et attirerait plusieurs milliers de Français chaque année dans la colonie. On devrait aussi se servir du prix de vente pour acheter des terres à Tamiablc aux tribus indigènes dans la province d'Oran où le domaine est épuisé el où il serait important de compenser l'élément espagnol. Voilà la vraie méthode, la bonne, celle que les Etats-Unis, le Canada, l'Australie nous ont enseignée ; qu'on y persévère, on y obtiendra de magnifiques succès (1).

L'œuvre de la colonisation agricole indépendante n'est déjà pas nulle dans le passé, et, dans le présent, elle a même plus d'importance que la colonisation officielle. Quoique la propriété collective soit le fait dominant chez les Arabes et que la loi de 1873 sur la constitution de la propriété privée n'ait reçu qu'un commencement d'exécution, néanmoins les colons trouvent à acheter des terres aux indigènes. Le domaine des colons dans ces dernières années s'accroît beaucoup plus par la voie des transactions libres que par celles des concessions. Dans les dix années de la période 1884 à 1893, les Européens ont acheté tant aux musulmans qu'aux israélites indigènes 242,004 hectares de terres; ils n'ont vendu aux musulmans et aux israélites indigènes que 96,654 hectares ; l'excédent des achats par les Européens est ainsi de 145,350 hectares, soit plus de 14,500 hectares par an. Si l'on ajoute les 7,000 hectares de terre achetés par les Européens au domaine en moyenne par année depuis 1884, on arrive à 21,500 hectares par an. Or, la colonisation officielle

il) En 1891, rËiat a encore vendu 743 hectares de gré à gré, naoyennant le prix de 54,228 francs, soit plus de 70 francs Thectare, et 3,081 hectares aux eochères publiques, pour 150,632 francs, à peu près 53 francs l'hectare . U a coDlinué en 189G et sans doute fait et fera de même les années suivantes. 11 est regrettable qu'on ait réduit de moitié les étendues mises en vente.

n'a mis à la disposition des colons, dans ses plus beaux jours, en douze années (1871-1882) que 345,000 hectares .en concessions individuelles, auxquels on peut joindre 80,000 hectares environ de parcours communaux. C'est une moyenne de 35 à 40,000 hectares de terres pour la colonisation officielle par année, au temps où elle s^effcctuait avec les ressources du séquestre des biens des insurgés de 1871, mais les terres achetées par les Européens aux Arabes valent en général mieux que celles que TÉtat concède. Les 20 1,885 hectares de terrains ruraux achetés directement aux musulmans par les Européens de 1884 à 1893 représentent un prix total de 23,202,839 francs soit environ 115 fr. l'hectare et les 39,178 hectares de terrains ruraux achetés par les Européens aux Israélites dans la même période atteignent un prix total de 4,920,448 francs, soit 125 fr. l'hectare, alors que la moyenne des prix de vente aux enchères des terres domaniales est seulement, comme il a été dit, de 80 fr. 40 (1).

Les Européens possédaient en Algérie, dans le courant de l'année 1884, une étendue de 1,180,813 hectares; en 1893 ils en détiennent 1,383,160 soit un accroissement de plus de 202,000 hectares en neuf ans, ou de 22,500 en moyenne par année. 11 est probable que, dans un quart de siècle, la propriété agricole européenne s'étendra en Algérie sur 2 à 2 millions 1/2 d'hectares, superficie égale à trois ou quatre départements français.

Dès maintenant Tœuvre accomplie n*est nullement méprisable. Si ces 1,400,000 hectares appartenant aux Européens étaient unique* ment cultivés par des mains européennes et que la culture y fût aussi intensive que dans la mère patrie, la population agricole européenne devrait s'élever en Algérie à 600,000 âmes environ, car en France la population rurale représente en moyenne un individu par 2 hectares ou 2 hectares et demi. Il s'en faut, cependant, que la population agricole européenne ait atteint en Algérie ce degré de densité, quoiqu'elle ait singulièrement augmenté depuis quelques années : en 1875 les colons ruraux n'étaient, y compris les membres de leurs familles, qu'au nombre de 118,852 ; au 1"' septembre 1878, ils s'élevaient à 138,510; en 1881, ils atteignaient le chiffre de 146,657. En 1885

(1) On a vu que, si les Européens ont acheté dans ces dix ans (1884-189)) 242,004 hectares tant aux musulmans qu'aux Israélites indigènes, ils leur ont vendu, d*autrc part, 9G,654 hectares ; il est remarquable que, sur ce nombre, 78,000 hectares, en chilTres ron Is, dont 1,020 de terrains urbains et 76,88G de terrains ruraux, ont été achetés directement par les musulmans aux Européens.

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