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U VITICULTURE ET U VINIFICATION ALGÉRIENNE

La passion de la vigne sévit et sévira, néanmoins, en Afrique.

Est-ce un mal ? Non certes ; pourvu que ceux qui s'y adonnent ne

confient pas toute leur fortune et toute leur destinée à cette plante

fantasque, tantôt si prodigieusement libérale, tantôt si persévéram-

ment décevante. C'est qu'il en coûte cher de faire une vigne ; on

évalue cette dépense à 3 ou 4,000 francs par hectare. Le premier de

ces deux chiffres doit paraître un minimum pour un travail sérieux

et offrant des conditions de succès durable. C*est à peu près la

même dépense que dans la métropole : le prix de la terre seule est

notablement moindre.

Quelques personnes blâment cet entrain de nos capitalistes à créer au delà de la Méditerranée des vignobles gigantesques. N'estce pas là une culture bien exclusive, singulièrement coûteuse et terriblement aléatoire? A-t-oti sous la main le personnel, dans Tespril Texpérience, qui seraient nécessaires pour réussir? Quand Tinsecte ennemi jette ses avant-gardes sur divers points de l'Afrique, à Mansoura, à Sidi Bel Abbès, à Oran et à Philippeville, n'y a-t-il point de la tém érité à le défier en lui préparant, par la plantation de vignes françaises non résistantes, une abondante proie? L'expérience des dernières années est-elle, d'ailleurs, si séduisante ? Dans les cinq dernières années (1891-1895) la production moyenne a été de 3,650,000 hectolitres pour une surface d'environ 110,000 hectares en rapport; ce ne serait que 33 à 34 hectolitres à l'hectare (1). Or, il s'agit là, en général, de vins communs, sauf quelques crus de Médéa, Souk-Ahras, Miliana, Mascara. Aussi la baisse du prix du vin après la reconstitution des vignobles en France a-t-elle fort éprouvé les viticulteurs algériens. Dès 1886, et avant la très grande baisse des prix, une pétition adressée au gouverneur général parle comice agricole et industriel de Souk-Ahras, localité, cependant, dont le vin est renommé, représentait comme très précaire la situation des propriétaires de vignes de ce district et disait, entre autres choses, qu'ils devaient au moins 6 millions de francs aux banquiers lelsque la Banque de l'Algérie, le Crédit foncier et agricole d'Algérie, la Compagnie algérienne. Le même document ajoutait que beaucoup de vignerons succombaient faute d'avances nécessaires, que des hectares de vignes ne se vendaient plus que 1,500 francs chacun et que

(1) U production de vin de PAIgérie en 1896, est évaluée à 4,050,000 hectolitres {Bulletin de statistique de novembre 1896).

la propriété foncière perdait de sa valeur tous les jours (1). Ces exemples ne devraient-ils pas détourner les propriétaires de confier tout leur avenir à cet arbuste fragile et capricieux ? Ne serait-il pas plus prudent, plus généreux aussi, de perfectionner simplement la culture arabe, et de diriger les Khammès, cultivateurs qui sont asservis à leurs dettes et qui recueillent le cinquième seulement de la récolte qu'ils ont faites avec les semences, les animaux et les instruments prêtés par le propriétaire ?

Ces critiques, exagérées en 1886, ne Tétaient plus en 1892 et 1893; alors le domaine viticole algérien se trouvait, pour une grande partie, aux mains des banques créancières, la plupart elles-mêmes fort embarrassées. De graves fautes avaient été commises ; on avait compté sur le maintien des prix élevés, 20 à 25 francs, des années 1880 à 1886; on n'avait pas prévu les mécomptes de la vinification, provenant des difficultés du climat. L'engouement pourra vigne en Algérie avait trop exalté l'esprit et les espérances d'un grand nombre de colons. Diverses compagnies financières avaient planté des espaces énormes, 2, 3, 4 ou 700 hectares, sans faire les travaux nécessaires pour la réussite de l'arbuste : elles se contentaient parfois de faire des trous dans le sol, au lieu de le défoncer profondément. On a ainsi installé beaucoup de vignobles dans des conditions insuffisantes. Même quand ils étaient bien plantés et bien soignés, la passion de la vigne avait poussé divers capitalistes à entreprendre au deli'i de leurs forces.

Quelques-unes des opinions courantes, entretenues par les journaux et les commérages individuels au sujet de cette magnifique culture, étaient radicalement erronées. Quand on affirmait que la vigne en Algérie produit à sa seconde feuille, c'est-à-dire à la deuxième année, quand on prétendait qu'elle rendait couramment 100 hectolitres à l'hectare, on s'illusionnait. La vigne n'est pas plus précoce en Afrique que dans le midi de la France ; elle peut dans les premières années offrir une végétation plus luxuriante, mais elle ne porte pas plus tôt des fruits. Certains cépages, comme la carignane, peuvent à la troisième feuille donner une demi-récolte ; mais les autres cépages, comme l'aramon, le mourvèdre, ne commencent à fournir une véritable récolte qu'à la quatrième feuille, et d'une façon générale l'on n'arrive guère au plein de la production qu'à la sixième ou a septième année.

(1) Voir le deuxième numéro d*août 188G de VAlgérie agricole, buUefin de a colonisai ion, publioation faite parle comice agricole d'Alger, p. 5, 173.

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