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LA VITICULTURE ET LA VINIFICATION ALGÉRIENNE

Quant au rendement, il est en général moindre que celui des vignes prolifiques de nos départements méridionaux, tels que THérault ou TAude. Sans insister sur certaines infériorités, au moins passagères, des vignobles africains, tels que moins d'entente et de perfection dans le traitement de Tarbuste, moins d'abondance dans les fumures, une condition physique semble s*opposer à ce qu'en général la vigne produise régulièrement d'aussi grandes quantités en Afrique que dans la France méditerranéenne, c'est la sécheresse de l'atmosphère pendant Tété et au moment de la récolte. Dans la luxuriante plaine de Béziers et de Narbonne, il est rare que, dans la quinzaine ou le mois qui précède la vendange, il ne survienne pas quelque pluie qui fasse gonfler le raisin et en double le jus. Tout au moins, les abondantes rosées matinales ont cet effet. En Afrique, ces pluies sont très rares, elles sont souvent remplacées par le sirocco qui dessèche la grappe. De là les quantités moindres que semblent devoir produire les vignes africaines. Néanmoins les vignobles des bonnes plaines très bien soignés peuvent encore arriver, dans les années humides, à une production d'environ 80 à 100 hectolitres à Thectare, en plants mélangés, et quelquefois de plus (1). La moindre abondance que dans le Languedoc, d'autre part, a sa contre-partie heureuse. Le vin d'Afrique est plus alcoolique ; il a souvent aussi plus de bouquet et, en définitive, il pourra avoir un peu plus de valeur, le jour où l'on aura triomphé des difficultés que le climat oppose à la parfaite vinification. Or, l'on a fait beaucoup de progrès sous ce rapport et l'on est déjà arrivé à des résultats excellents dans les vignobles bien conduits. Dans les premières années, les vins d'Algérie étaient, pour la plupart défectueux, la vinification étant incomplète et laissant dans le vin une certaine quantité de sucre qui nuisait à sa conservation. Depuis trois ou quatre ans, l'amélioration est considérable : on a essayé tour à tour ou simultanément des levures artificielles, des réfrigérants, des cuves métalliques et de divers procédés ou tours de main, et quoique aucune méthode ne donne des résultats infaillibles, les propriétaires soigneux sont arrivés à avoir des vins parfaitement stables. On peut dire que la science travaille en faveur des vins de l'Algérie. Déjà beaucoup de ses vins rouges sont bons et presque tous ses vins blancs sont

(1) Certains vignobles de la plaine de Bône et de la vallée de la Seybouse et plus encore de la plaine de Tlemccn dépassent dans les bonnes années iOO hectolitres à l'hectare.

estimés. Les vins algériens arrivent à bien valoir les vins français communs.

Il convient de donner quelques statistiques sur le développement du vignoble algérien. Conformément à la grande loi qui veut que les colonies naissantes ou adolescentes tirent, en général, un bénéfice des fléaux économiques comme des perturbations politiques qui frappent la métropole, le phylloxéra, qui a dévasté nos départements du Midi, a précipité vers l'Algérie un très grand nombre de vignerons méridionaux. Or, trois ou quatre hectares de vignes bien tenues, avec un espace d*égale étendue consacré à d'autres cultures, suffisent amplement pour occuper et entretenir une famille européenne. Jusque vers 1878, on n'avait planté la vigne que très exceptionnellement en Algérie. Le document officiel publié en 1880 ne recensait, pour l'année 1879, que 6,945 propriétaires européens ayant ensemble 17,737 hectares complantés en vignes, lesquelles avaient produit 346,000 hectolitres de vin. Ce nombre s'est rapidement accru, comme en témoigne le tableau suivant:

QuanliMs de rin Années. SuperQcies plantées. réeollées.

hectares. heololilres.

1884. ' 56.006 890.80ÎI

(1) Od pourrait peut-être relever dans ce tableau quelques points qui paraissent discordants; ainsi, la diminution du vignoble depuis 1893; ce n'est pas au phylloxéra surtout qu'elle serait due, car celui-ci fait des ravages très lents, mais plutôt à l'abandon définitif de certaines vignes qui avaient été mal soignées et envahies par le chiendent, terrible ennemi en Afrique. Nous avons composé le tableau ci-dessus d'après : 1» la Statistique générale de l* Algérie pour les années 1888, 1889, 1890, donnant les chiffres récapitulatifs pour toute la durée de la décade 1881-1890; 2^ la mém^ Statistique pour les années 1891, 1892, 1893; 30 les Bulletins de statistique et de législation comparées (de notre ministère des finances) pour les années 1894, 1895 et 1896).

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Sur les 3,772,779 hectolitres produits en 1893, il s*en trouvait 3,564,348 de vin rouge et 208,131 de vin blanc. Il est certain que TAfriquc est beaucoup plus favorable à la production de ce dernier que du premier; c'a été une faute, dans rétablissement du vignoble, de ne pas faire une beaucoup plus grande part aux cépages blancs. Encore doit-on dire que beaucoup des vins blancs de TAlgérie proviennent de cépages rouges dont Ton recueille le moût en le tenant à l'écart du marc.

En 1893, sur les 116,394 hectares de vignobles recensés, 111,777 appartenaient à des propriétaires européens au nombre de 16,343 et avaient produit 3,759,464 hectolitres de vin ; d'autre part, 4,617 hectares de vignes appartenaient à 12,196 propriétaires indigènes et avaient produit 13,315 hectolitres de vin seulement. Il est vrai que, au \in récolté, il faut ajouter la quantité de raisin consommée ou exportée en nature, laquelle est considérable, surtout dans les lignes indigènes (1).

Quoique notre grande colonie soit aujourd'hui attaquée par le phylloxéra à ses deux extrémités, dans la province d'Oran à Magenta, Sidi-beî-Abbès et à Oran même, dans la province de Constantine à Philippeville et à La Galle, on ne doit pas désespérer de l'avenir viticole de l'Algérie. Heureusement le phylloxéra a été étudié pendant vingt ans en France avant qu'il n'abordât le territoire africain. On sait aujourd'hui que Ton peut combattre l'ennemi,

(t) Jusqu'à il y a une douzaine d'années, l'Algérie importait beaucoup plus detin qu'elle n'en exportait : ainsi les importations de vins se sont élevées à 3M,*66 hectolitres en 1881, et à 367,010 en 1882, ayant une valeur de T,989,00O francs dans la première année et de 8,384,000 dans la seconde. Les exportations de vins atteignaient, au contraire, seulement 18,719 hectolitres en 1881 et 18,092 en 1882, ayant une valeur de 324,804 francs et de 400,020 francs respectivement. Même en 1884, l'importation des vins au commerce général de l'Algérie atteint 167,468 hectolitres valant 7,454,000 francs et l'exportation des fins ne s'élève qu'à 149,806 hectolitres évalués à 2,906,000 francs; comme qaaotilés et comme valeurs l'exportation des vins était donc, même en 1884, encore inférieure à l'importation. A partir de 1886 seulement l'exportation des ▼ini a notablement dépassé pour l'Algérie l'importation ; depuis 1892, l'exportitioQ du vin algérien est de 2 à 2 millions et demi d'hectolitres, presque enticraneat à destioation de la France (2,868,000 hectolitres dans l'année 1895, et 2,169,000 dans les seuls dix premiers mois de 1896); une partie du vin produit cit convertie en eau -de- vie ; et l'on peut évaluer à 1,100,000 ou 1,200,000 hectolitres la quantité consommée dans la colonie qui compte environ 500,000 Eunpeeni, sans l'année, celle-ci montant à une cinquantaine de mille hommes, b 1891, 29,000 hectolitres de vin avaient été exportés à l'étranger, dont 9,413 CD Allemagne, 6,243 en Belgique, 6,665 dans les Bays-Bas, 840 eu Angleterre, "il en Danemark, etc.

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enrayer sa marche, et, comme dernière défense, vivre avec lui en substituant les cépages américains résistants à ceux qui sont détruits. On peut espérer que l'emploi énergique et habituel des insecticides, et plus encore Télat d'isolement et d'éloignement des divers vignobles algériens qui se trouvent séparés les uns des autres par des chaînes de montagnes, rendront la propagation de Tinsecte plus malaisée et, par conséquent, ses ravages plus lents. L'étendue du vignoble algérien est, on l'a vu, stationnaire depuis quatre ans environ; la cause en est dans les bas prix du vin, les difficultés de la vinification et surtout les embarras ou la ruine d'un grand nombre de propriétaires. Il n'est pas ù craindre, toutefois, que le vignoble algérien disparaisse, quoiqu'on ne puisse espérer qu'il se développe de nouveau aussi rapidement que dans les années 1 882 à 1 890. Les progrès descultures et surtout de la vinification permettront aux viticulteurs intelligents de supporter les bas prix : d'autre part, l'augmentation même de la population algérienne d'origine européenne accroîtra notablement le débit local. Peut-être aussi l'exportation du vin dans les pays autres que la France, aujourd'hui de 30,000 à 50,000 hectolitres seulement, pourra-t-clle notablement se développer.

Il est probable qu'après le temps d'arrêt de 1893 à 1896, les plantations de vignes reprendront en Algérie et que, avant dix ans, elles couvriront 150,000 hectares. On peut penser que vers 1905 ou 1900, cette contrée produira 5 millions et demi à G millions d'hectolitres de vin, dont elle consommera elle-même 1 million et demi à 2 millions d'hectolitres. L'exportation des raisins frais parait, en outre, avec des soins, susceptible d'un très grand essor.

Nous n'étudierons pas ici les autres cultures algériennes qui peuvent se faire par les mains de nos colons : les orangers, les productions potagères et fruitières sont parmi les plus séduisantes. Ces dernières paraissent pouvoir s'étendre dans des porportions énormes, à en juger par le développement qu'elles ont pris en Australie, pays dont le climat se rapproche assez de celui de l'Algérie. Les statistiques agricoles algériennes ne relèvent que 35,000 à 40,000 hectares occupés par les plantes potagères et les légumes divers et à peine une vingtaine de mille hectares pour les pommes de terre. Ces surfaces pourraient graduellement doubler ou tripler; de même pour les arbres à fruits. L'olivier notamment, dont les plantations formaient des forêts continues sous les Romains, offre une ressource des plus précieuses à la production algérienne. Nous

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