AVENIR DE LA POPULATION. EUROPÉENNE RURALE
parlerons de cette culture plus loin dans la partie de ce livre consacrée à la Tunisie, qui en est le pays d'élection. Au lieu de 34 millions environ de kilogrammes d'olives, moyenne des années de 1884 à 1893 (maximum 54,644,000 en 1890 et minimum 17,133,000 en 1887), on devrait arriver au double : ce n'est pas seulement affaire d'accroissement des plantations, mais aussi de soins intelligents. La qualité en outre devrait être améliorée.
11 est un genre d'exploitation qui a été essayé par nos capitalistes,
€*est celui des palmiers-dattiers, dans les oasis, soit existantes, soit
à créer dans le Sahara. Le désert n'est pas aussi inhospitalier qu'on
le pense : ce pays du feu et de la soif peut se transformer. On verra
plus loin (pages 130 à 133) l'œuvre merveilleuse que les Français ont
ébauchée par le foncement de puits artésiens sur la ligne de Biskra à
Touggourt. Plusieurs sociétés, au capital de 800,000 francs à plus de
1,300,000 francs, se sont constituées pour créer des plantations de
palmiers dans le désert. Certaines possèdent déjà, dans les Ziban
ou dans le Souf, au sud de la province de Constantine, 40 à
50,000 palmiers-dattiers. On compte sur un revenu (frais de culture
déduits) d'environ 2 francs pour les espèces communes et de 8 à
12 francs pour les espèces rares; mais on doit attendre quinze à
vingt ans le plein revenu. A partir de la huitième année, dans les
plantations bien tenues, on obtient déjà un demi-rendement. Ce ne
sont que les indigènes qui peuvent cultiver sous ce climat brûlant ;
il faut, toutefois, quelques Européens résidant, comme directeurs de
cultures, dans chacune de ces oasis nouvelles. Ce sont encore de
nouveaux champs d'emploi pour l'activité française, quoiqu'il n'y ait
pas là place, comme dans le Tell, pour un très grand nombre de
cultivateurs français.
L'établissement d'une nombreuse population européenne rurale dans notre province d'Afrique n'est, en définitive, plus douteux. Dans dix ou quinze années les Européens posséderont 2 millions environ d'hectares sur les 14 à 15 millions qui sont susceptibles de culture européenne en Algérie. En supposant que la densité soit moitié moindre qu'en France, ces 2 millions d'hectares occuperont et feront vivre 350,000 à 400,000 colons ruraux. Si un chiffre égal, ce qui n'est pas impossible, vit des occupations industrielles ou commerciales ou des travaux publics, ou aura obtenu ainsi un splendide résultat soixante-quinze ou quatre-vingts ans après la conquête. On peut espérer que le progrès continuera et que, même après la sup-
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pression absolue de la colonisation officielle, la colonisation gagnera du terrain, de façon à posséder 4 ou 5 millions d*hectares de terres vers le milieu du xx** siècle ; il y aurait alors place en Algérie pour un million au moins de colons européens ruraux ; nous ne prétendons pas que ce résultat soit sûrement atteint, car le nombre des colons ruraux, ayant passé de 118,852 (y compris les membres des familles) en 1875 à 205,6i2 au 31 décembre 1894^ ce n'est qu'une augmentation annuelle de 4,500 à 5,000, ce qui laisserait supposer une population européenne rurale de 500,000 âmes seulement vers 1950 ; en tout cas, il y aurait la possibilité d'un développement plus grand, car la terre ne manquera pas aux Européens ; mais sur beaucoup d'exploitations européennes, les Européens seront seulement chefs de cultures, contremaîtres ou ouvriers de métiers.
De la prise de possession éventuelle de 4 et même 5 millions d'hectares par les Européens, il ne résulterait pas nécessairement que la race arabe fût expropriée, ce qui serait une calamité, et que, de la situation de propriétaire, elle passât à celle de prolétaire. Déjà les défrichements augmentent chaque année; les statistiques agricoles les évaluent à 231,000 hectares pour les trois années 1891-1893, soit en moyenne 77,000 hectares par an. La population indigène n'aurait qu'à accomplir quelques progrès dans la culture, et avec un territoire moindre d'un tiers ou de moitié elle obtiendrait plus de produits qu'aujourd'hui. Ainsi, d'après les documents officiels, dans les dix années 1884-1893, les Européens avaient ensemencé en blé tendre une superficie annuelle moyenne de 126,647 hectares qui leur avaient donné un rendement moyen annuel de 916,298 quintaux métriques, soit 7,24 quintaux métriques par hectare ; dans la même période les indigènes avaient ensemencé avec la même nature de grains 63,296 hectares annuellement en moyenne qui produisirent par année moyennement 327,680 quintaux, soit moins de 5,20 quintaux par hectare. Dans la même période décennale, les Européens avaient ensemencé 125,433 hectares an-nuellement en moyenne en blé dur et avaient obtenu un rendement annuel moyen de 825,758 quintaux métriques, soit 6,58 quintaux par hectare ; les ensemencements des indigènes en la même céréaleatteignaient dans la même période comme moyenne annuelle 852,052 hectares dont le rendement moyen annuel était de 4,340,343 quintaux métriques, soit une moyenne de 5,07 quintaux par hectare. Toujours dans la même période décennale les