CULTURES INDIGÈNES ET CULTURES EUROPÉENNES
Européens avaient ensemencé en orge une moyenne annuelle de 120,178 hectares dont le rendement moyen annuel était de 1,041,313 quintaux métriques, soit par hectare 8,66 quintaux ; les cultures d*or^e des indigènes comprenaient une moyenne annuelle de 1,306,762 hectares produisant 774,254 quintaux en moyenne, ou 5,92 par hectare. Les Européens se livrent avec succès à la culture de lavoine qui est plus rémunératrice que celle de Torge et les indignes en font à peine quelques essais avec un faible rendement. Si les indigènes cultivaient comme le font aujourd'hui nos colons (et c*est loin d'être là un degré de culture assez avancé) (1), ils auraient un rendement aussi considérable sur des étendues d'un tiers moindre que celles qu'ils ensemencent. Encore ne tient-on pas compte ici des énormes superficies en landes ou en jachères. Les emblavements des indigènes, qui n'atteignent pas annuellement en céréales de toutes sortes 2,300,000 hectares, pourraient aisément être accrus de moitié, sinon doublés, aux dépens des broussailles, lien est de même pour toutes les cultures. Le tabac produisait, en moyenne, dans la période décennale 1884-1893, 800 kilogrammes aux Européens par hectare et 380 aux indigènes. Tandis que les Européens possédaient, en 1893, 48,022 charrues, les indigènes qui oocapent un territoire cultivable neuf fois plus considérable (nous ne tenons compte que des 13 ou 14 millions d'hectares susceptibles de coltore régulière), n'avaient que 252,209 charrues de beaucoup plus faible qualité. Les Européens employaient 22,292 herses, rouleaux, semoirs à cheval, et les indigènes seulement 1,453; les Européens possédaient encore 26,371 chariots, charrettes et tombereaux, les indigènes seulement 1,523. Les indigènes n'avaient que 17 faucheuses, râteaux à cheval ou moissonneuses et 8 machines à battre soit à vapeur, soit à manège ; les Européens détenaient 3,025 des premiers ustensiles et 855 des seconds. En un mot, le matériel agricole des Européens était évalué à 23,279,000 francs, ce qui, certes, n*est pas bien élevé, puisque cela représente seulement
(I) n ert yrai de dire que Ton ne peut attendre de la culture de céréales dus ces pays secs et neufs une moyenne de rendement aussi élevée que dans les pays tempérés d*Europe à culture intensive. Ainsi, le blé ne produit dans la colonie de Victoria (Australie) qu'environ 10 hectolitres à l'hectare et même Boios dans TAuslralie du Sud. Voir une correspondance de mon fils, Pierre LevDj-Beaalieu, datée d'Adélaïde, dans V Économiste français du 28 décembre IttS. Nais oo peut dire que la grande abondance des terres en Australie y fait peo soigner les cultures.
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17 francs par hectare; le matériel agricole des indigènes ne valait que 3,892,251 francs, ou 30 à 35 centimes environ par hectare. 11 y a eu, cependant, un peu de progrès de la part des indigènes depuis 1884, année où leur matériel agricole était estimé à 3,688,954 francs et depuis 1879 où il n'était porté qu'à 2,960, 114 francs, alors que tous les ustensiles de culture coûtaient beaucoup plus cher (I).
Les chiffres relatifs au bétail font ressortir un moindre écart, entre les propriétaires européens et les indigènes. En 1893, les Européens possédaient 40,767 chevaux, 25,691 mulets, 132, 173 bœufs et333,000 moutons ; les indigènes, 173,150 chevaux, 120,417 mulets, 1,061,000 bœufs et 9,168,000 moutons; mais c'est encore bien peu de chevaux et de bœufs relativement aux surfaces et la qualité de ces animaux paraît très médiocre.
Une découverte qui pourra aider au développement du bétail est celle d'un excellent fourrage naturel, le sainfoin nord-africain ou sulla. Cette plante vient naturellement et abondamment dans les vallons frais de toute Tancienne Berbérie. Il s'agit de la répandre par les ensemencements. Ceux-ci sont assez malaisés à faire réussir; mais en s'y ingéniant et en persévérant on y parviendra.
Toute culture progressive nécessite un fourrage approprié au climat. Ni la luzerne, ni le sainfoin d'Europe, ni les vesces ne s'adaptent assez, en dehors de l'irrigation, au climat nord-africain. Il en est différemment du sulla. Quand on pourra avoir quelques dizaines de mille hectares, d'abord, puis quelques centaines de mille couverts de fourrage africain, la quantité de gros bétail, aujourd'hui si faible, comme on vient de le voir, pourra doubler ou tripler, de même le fumier, et les perspectives de l'agriculture algérienne seront singulièrement agrandies.
On a essayé aussi récemment et avec succès de la betterave fourragère qui a donné des rendements, sans irrigation, de 40,000 à 50,000 kilogrammes à l'hectare. De même la culture de l'avoine pour être coupée en vert se recommande. L'Algérie peut donc arriver à avoir des fourrages artificiels peu coûteux, ce qui lui permettra de nourrir un abondant bétail et de perfectionner ses cultures.
Ce qui y aidera encore, c'est la découverte des immenses gisements de phosphate de chaux dans la province de Constantine;
(1) Tous ces chiffres sont extraits de la Statistique générale de l'Algérie, pour les années 1M9I-93, document ofûciel ; pour Tannée 1879 le renseignement est emprunté à la même statistique concernant une décade antérieure.