‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 37 sur 222 · CONDITIONS DIFFÉRENTES DE L'ALGÉRIE." ^J. DE L'AUSTRALIE · texte numérisé non relu

CONDITIONS DIFFÉRENTES DE L'ALGÉRIE." ^J. DE L'AUSTRALIE

il pnraît en exister aussi dans la province d'Orajîl^-Nous reviendrons plus loin sur cette richesse (voir le chapitre VII): iK sera possible, tout au moins dans la province de Constantine, d*avoir des phosphates pour Tagriculture à 6 ou 7 francs de moins par', torrne, soit

à 15 ou 16 p. 100 de moins qu'en Angleterre ou en Al|ômagne, et cela en ne tenant compte que du prix du fret de Bône en 'Angleterre, et en laissant de côté le droit de sortie de 2 francs, qu*îl esl question d'établir.

Il est d'autant plus nécessaire d'améliorer Tagriculture algérienne que notre colonie ne saurait être une contrée pastorale au sens de TAustralie et de la Plata. Dans ces pays où les hivers sont beaucoup plus doux que dans notre Afrique du Nord et les pluies moins abondantes, où les espaces aussi sont beaucoup plus vastes, on peut laisser le bétail en plein air et sans soin toute Tannée : on parque des dizaines de mille moutons dans des étendues immenses tout entourées de fils de fer et on les y laisse se nourrir en liberté. C'est ainsi qu'un voyageur visitait en 1895 une grande exploitation de la Nouvelle-Galles du Sud, comprenant environ 120,000 hectares, tout clos de fils de fer avec compartiments intérieurs divers et où il se trouvait 160,000 moutons, avec un nombre de 69 employés seulement, soit 1 employé, gardien ou autre, pour 2,300 moutons. 11 est clair que l'élevage revient ainsi à un bon marché extraordinaire ; encore disait-on que cette exploitation était installée d'une façon beaucoup plus coûteuse que les similaires, parce qu'elle appartenait à une société. Le climat de l'Algérie ne permet pas l'élevage dans ces conditions ; il faut la demi-stabulation, infiniment plus onéreuse, exigeant des fourrages d'hiver; néanmoins, peut-être pourrait-on imiter l'Australie, en clôturant avec des fils de fer de grands espaces, dans la vallée du Chélif par exemple, ce qui réduirait les frais de gardiennage (1).

Les Arabes, avec un peu plus d'instruction et d'esprit de progrès, en suivant même de fort loin les exemples des Européens, pourront incontestablement tirer un beaucoup plus grand parti de la moitié, à plus forte raison des trois quarts de leurs terres que celui qu'ils tirent aujourd'hui de la totalité. Si dans cinquante ans ils ont des surfaces d'un quart moindres, ils pourront néanmoins être beaucoup

(1) Voir dans la Revue des Deux Mondes du 15 septembre 1896, l'article de mon fils, Pierre Leroy-Beaulieu, intitulé : L* Australie et Ut Nouvelle-Zélande : le$ productions.

plus riches et plos'jjombreux, à la condition que le gouvernement, ce qui est de ^qn 'fl^voir strict, se soit préoccupé de les instruire non pas verb^lembfrC et grammaticalement, mais économiquement, par rétablissement de nombreuses écoles techniques et d*établissements agricp.bs'«l de leur faciliter le crédit à bon marché. Les descendants des j^ôres ne peuvent être, quoi que Ton dise, absolument incapa- .^ {>le8'de comprendre soit la nécessité de mieux soigner leur bétail, .''VSOit Tutilité d*une agriculture intensive ; c'est une question de ' temps, d'exemple et d'éducation. Depuis cinq à six ans ils ont déjà fait de grands progrès, les Kabyles surtout, car les chiffres que nous donnons plus haut pour le matériel agricole des indigènes en 1893 (pages 99 et 100) dépassent de beaucoup les chiffres correspondants pour 1879, qui ne portaient le matériel agricole des indigènes qu'à une valeur de 2,960,114 francs.

Pour que la colonisation officielle par voie de concessions pût se développer et indéfiniment se continuer, on avait, il y a un quart de siècle, décidé la constitution de la propriété privée chez tous les Arabes du Tell. Au lendemain de nos désastres, le 26 juillet 1873, un de nos députés algériens, M. le D*" Warnier, lit voter une loi « relative à l'établissement et à la conservation de la propriété en Algérie ». Nous n'entrerons pas dans les détails de la procédure qu'instituait cette loi.

C'est une opération singulièrement délicate que celle de la transformation de la propriété collective en propriété privée. On sait que la première a encore aujourd'hui des partisans en Europe, même parmi les esprits éclairés, du moins pour les populations primitives. Les Hollandais qui avaient essayé du constituer à Java la propriété privée n'y ont pu réussir (1). En Algérie la question paraissait plus capitale et plus pressante il y a vingt-cinq ans. Tandis , en effet, que Java est une simple colonie d'exploitation où les indigènes cultivent le sol d'une manière intensive et avec assez de succès, l'Algérie était considérée comme devant être surtout une colonie destinée au peuplement européen et, en tout cas, il est certain que la plus grande partie du sol est loin d'y être suffisamment mise en valeur. La propriété collective qui ne nuit que médiocrement à la prospérité de Java se présentait, au contraire, à beaucoup d'esprits comme un obstacle insurmontable aux progrès rapides de l'Algérie.

(1) Voir notre ouvrage De la Colonisation chez les peuples modernes^ 4« édi- J,i0D (GuillaumiD, 1891), p. 384-283.

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