LES FORÊTS DOMANIALES ET COMMUNALES
procès- verbaux, 567 seulement avaient été dressés contre des Européens. Les condamnations encourues ont monté, dans cette année, à 1,190,4U3 francs, dont 101,656 francs de frais, 730,522 d'amendes, 26,120 de restitutions, 329,033 de dommages-intérêts et 3,163 de confiscations. Mais ce sont, pour les incendies du moins, les seuls indip:ènes qui portent le poids de ces lourdes condamnations ; les colons d'Aïn-Fezza ayant par imprudence allumé le feu et refusant de concourir à Téteindre n'encourent aucune pénalité. Il ne convient pas que les lois soient des verges destinées à frapper les seuls Arabes et à bénir les Européens coupables des mêmes méfaits. La loi doit être réformée dans le sens de l'égalité (1).
L'excès de rigueur à l'égard des indigènes ne paraît pas, d'ailleurs, le meilleur moyen de supprimer ou de limiter les incendies forestiers. On commence à s'en rendre compte depuis quelques années. L'Exposé de la situation de r Algérie, publié en 1896, attribue la réduction de ces sinistres aux mesures prises à l'égard des indigènes en vue d'ouvrir plus largement au pâturage les forêts domaniales. Grâce à ce traitement bienveillant et aussi à d'autres mesures prises à la suite des incendies de 1893, telles que les écobuafîcs et la destruction des chaumes dans un ravon de 30 à 40 mètres autour des centres européens et indigènes et des habitations isolées, les incendies en 1895 ont eu des conséquences moins graves. Une autre mesure qui a aussi largement contribué à écarter une des causes principales des incendies, est celle consistant à généraliser l'application de l'article 210 du code forestier, qui permet d'admettre les délinquants insolvables à acquitter le montant des condamnations et transactions forestières au moyen de travaux de
(1) L'Exposé de la situation générale de V Algérie, relatif à Tanuée 1693, p. 337 a 340, coDtieDt des observatioDs très judicieuâcs et très humaines au point de vue des indigènes et de la conduite à tenir envers eux en ce qui concerne les forêts : « Elles sont bien rares, dil-il, il faut le reconnaître, li's collectivités qui ne se sont pas empressées de combattre les incendies de forêts. Les réquisition naires ont montré la meilleure volonté ; on peut citer l'exemple de plusieurs indigènes qui, au courant du danger que couraient leurs gourbis, ont cependant continué la lutte engagi^c dans une forr^t contre le feu et ont eu leurs habitations brûlées, ainsi que les récoltes qu'elles contenaient (incendie dans la forêt des Béni Salah, arrondissement de Dône). » Copcndunl, ces réquifitionnaires indigènes ne reçoivent aucune ind^unnité : " 11 y aurait nécessité, dit Je inême document, de prévoir une dépense pour la nourriture des travailleurs, notamment des indigènes, lorsqu'ils sont amenés de trrs loin par leurs cbefs et restent hors de chez eux pendant plusieurs jours, uniquement occupés à éteindre les incendies des forêts. »
prestation à exécuter dans les forêts ou surics chemins vicinaux (1).
Si le régime forestier embrasse en Algérie, 3,057, 000 hectares de terres, il y a, sur ce chiffre, 480,000 hectares qui appartiennent aux particuliers. Un décret de 1870 a autorisé dans de certaines conditions Taliénation des forcis de chéncs-liège, et au 31 décembre 188i une étendue de 149,943 hectares de cette essence avait été constituée définitivement en propriétés privées. Sur ce chiffre, 70,497 hectares avaient été aliénés à titre gratuit, mode qui ne nous paraît pas digne d'encouragement; les 79,446 autres l'avaient été à titre onéreux. Depuis 1879, les aliénations à ce dernier titre l'emportent de beaucoup, et l'on doit s'en applaudir, sur celles à titre gratuit. Enfin, depuis 1884, il semble que l'on ait renoncé, avec raison, à toute aliénation nouvelle. Les documents officiels postérieurs, la Siaiistiquc générale de V Algérie pour les années 1888, 1889 et 1890 et celle pour 1891, 189*2 et 1893, ainsi que V Exposé de la situation générale de V Algérie en 1890, ne contiennent plus aucun renseignement k ce sujet.
On avait pris, en outre, l'habitude d'augmenter chaque année les superficies de forêts amodiées à long terme. Depuis 1870 jusqu'au 31 décembre 18S4, 083,499 hectares avaient été placés sous ce régime ; il ne s'agit pas là, toutefois, uniquement de véritables forêts : si dans les surfaces ainsi amodiées se trouvent des chênes-liège (pour une étendue de 51,854 hectares amodiés pour quatorze ans), la généralité ne contient que des alfas, des diss, des palmiers nains, des asphodèles et des carrières.
Kn ce qui concerne les forêts de chênes-liège à proprement parler, on estime que dans le Tell elles s'étendent sur une surface d'au moins 400,000 hectares, sur lesquels on vient de voir que 150,000 en chiffres ronds ont été aliénés définitivement à des particuliers et 54,854 amodiés pour quatorze ans ; il reste donc environ 195,(KK) hectares qui peuvent être exploités directement parle service forestier national. Malheureusement l'exiguïté des crédits affectés aux travaux de mise en état n'ont pas permis, jusque vers 1883 ou 1884, de les pousser avec l'activité désirable. Cependant, en 1885,1a vente des lièges de reproduction, récoltés dans quelques forêts domaniales seulement, avait procuré au Trésor une recette de 244,147 francs ; les communes en avaient retiré, en outre, 2,884 francs. Ce sont là
(1) Exposé de la situation générale de r Algérie (Alger, 189G), p. 295.
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des misères relativement au rendement qu'on peut espérer avec des soins, des dépenses d'établissement et du temps. Il s'agit, en effet, d'un produit de grande valeur, dont notre civilisation fait de plus en plus usage et qui ne se trouve que dans peu de contrées. C'est par millions de francs que devra se compter un jour le produit des forêts de chênes-liège de TKtat en Algérie.
Depuis 1892 et 1893, l'avenir des forêts domaniales algériennes, en ce qui touche leur rendement, apparaît comme plus favorable. On est arrivé à la période où s'effectue la remise au service forestier des 54,854 hectares amodiés pour quatorze ans et ces massifs, conformément aux clauses des cahiers des charges des amodiations, sont maintenant en pleine production. D'autre part, depuis 1885 et 1886 on a appliqué des crédits plus considérables à l'opération de démasclage des chénes-liège dans les forêts que l'administration avait conservées; cette opération préparatoire précède de huit à dix ans l'entrée de l'arbre en pleine production. Dans les trois années 1888, 1889 et 189() l'administration avait pratiqué le démasclage sur 48,000 hectares et 8,407,000 arbres, moyennant une dépense de 507,000 francs ou de 179,000 fr. en moyenne par an. On ne donne pas exactement les mêmes renseignements pour les trois années suivantes, mais il appert des documents administratifs que, en 1891, 1892 et 1893, il a été dépensé 605,000 fr. pour démasclage et récolte de liège de reproduction; il est regrettable que Ion n'ait pas scindé le chiffre et donné les surfaces. Quoi qu'il en soit, les récoltes de liège vont arriver à maturité dans des massifs importants. Il conviendrait d'étendre l'opération à toutes les forêts domaniales et communales de chênes-liège qui, d'après la statistique de 1893, couvrent, sur l'ensemble du sol algérien, 305,000 hectares. On obtiendrait facilement ainsi avec le temps 5 à 6 millions environ de produits nets annuels, en même temps qu'on aurait contribué par le repeuplement et le bon entretien des massifs au bon régime des eaux et aux conditions climatériques favorables. Le produit des lièges vendus par l'administration s'est déjà accru dans ces dernières années, savoir : 234,342 fr. en 1891, 399,787 en 1892, 371,139 en 1893 et 388,339 francs en 1894. En outre, les lièges de reproduction récoltés dans les bois communaux ont procuré aux communes propriétaires 20,818 francs (1). Si l'administration rem-
(1) Ce produit de 388,339 francs en 1894, a été obtenu par la vente aux enchères publiques de 11,000 quintaux de liège de reproduction provenant des
plit sa tâche en ce qui concerne le repeuplement et le démasclage, ces chiffres, qui représentent le produit brut, devraient décupler en peu d'années, et arriver dans trente ou quarante ans, à une somme annuelle brute "20 ou 25 fois plus élevée.
Le produit brut, dans une colonie, a de l'importance, comme le produit net, il représente, en effet, un ensemble de travail et de rémunération, h* Exposé de la situation générale de V Algérie en 1893 a, sur ce point, quelques bons développements. Pour que ces forêts de chénes-liège souffrent moins des incendies, ce rapport administratif reconnaît qu'il convient d'intéresser davantage les indigènes à la conservation et à l'amélioration des massifs ; en les employant aux démasclages, récoltes, dêbroussaillcmcnts, ouvertures des chemins, tranchées, protection contre l'incendie, on rattachera leur bien-être à l'existence et à la prospérité des forêts; le service forestier annonce aussi l'excellente idée de créer des ateliers d'apprentissage destinés à former des ouvriers bouchonniers indigènes. A un autre point de vue, il se propose de relâcher la partie des règlements du code rigoureux des forêts qui n'est pas strictement utile au repeuplement ou au bon entretien, notamment en ce qui concerne le pâturage. On établirait, dans les forêts domaniales ou communales, des tranchées complètement dépourvues d'arbres et de broussailles et l'on autoriserait les indigènes à y faire pâturer les moutons, après y avoir établi les clôtures nécessaires pour la préservation des bois ; on restreindrait ainsi, d'autre part, l'extension des incendies. Pourvu que l'on apporte du tact et du discernement dans ces mesures, l'œuvre forestière, au lieu d'en être entravée, en sera plus assurée.
Depuis le rejet, en 1883, du projet d'expropriation de 300,000 hectares de terres sur les Arabes, il a été question souvent de prélever sur les forêts domaniales algériennes 200 ou 2r)0,000 hectares qui pourraient être livrés à la colonisation pour le défrichement. Si elle était accomplie avec intelligence, cette opération ne prêterait à aucune critique sérieuse. 11 faudrait seulement que les hectares ainsi livrés aux colons fussent pris parmi les surfaces qui ne sont plus boisées que de nom et qui se trouvent situées dans les plaines.
forêts domaniales, au prix moyen de 35 fr. 1?. La récolte de liège avait porté sur 2:»6,'Ï07 arbrea, dont 178,113 pour le dùpartemcnt d'Alger, 77,S27 pour celui de ConstaDline et 7C7 seulement pour celui d'Orau. Quant aux communes les 20,818 francs qu'elles avaient retirés provenaient de 15,000 sshvc^ [Exposé de la situation générale de VAigérie^ 1896, page 280).