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LA POLITIQUE HYDRAULIQUE

où rentretien de massifs forestiers offre le moins d'utilité. Il n'est pas nécessaire, en effet, que l'Etat et les communes détiennent 2,500,000 hectares de forêts nominales, en plus des 500,000 qui constituent les propriétés privées ; s'ils n'en possédaient que 2 millions d'hectares qu'on s'efforçât de repeupler et de bien entretenir, ce serait pour le pays et pour le Trésor un profit considérable. Déjà, en exécution d'une décision du ministre de l'agriculture du 30 septembre 1891, il a été fait un plan de déclassement des hectares de terrains forestiers considérés comme superflu; l'étendue à déclasser et qui peut être accrue a été fixée par une décision du 21 janvier 1893 du ministre de l'agriculture à 25,479 heclares.

Voilà donc l'une des branches principales de l'administration coloniale, les forêts : c'est là que cette administration peut et doit se montrer active; c'est là qu'il est légitime et nécessaire non seulement de conserver, mais d'augmenter le nombre des agents. Il est d'autres services aussi essentiels. Qui pourrait mesurer l'utilité des ponts et chaussées dans cette vaste contrée, où les populations sont disséminées et où la fertilité et la salubrité naturelles sont contrariées au premier abord par des marécages qu'il importe de dessécher? Un colon de la première heure, fort expert dans les affaires algériennes, Jules Duval, a dit, avec grande justesse, qu'en Algérie la politique devait être une politique hydraulique. Des dessèchements, des canaux, des barrages, c'est un besoin universellement senti, un besoin primordial dans cette terre féconde, qui a deux ennemis principaux et que l'on croirait inconciliables, la sécheresse et les émanations palustres; il faut utiliser tous les cours d'eau pour l'industrie et la culture.

Le mot de politique hydraulique a fait fortune, comme il le devait. L'administration, toutefois, dispose de moyens insuffisants pour mettre cette ingénieuse formule en pratique. Dans les commencements elle concédait de vastes terrains incultes à des sociétés à la condition que l'on construisît des barrages ou que l'on fît des dessèchements. On a deux exemples de cette méthode : le barrage de l'Habra exécuté pas la Société franco-algérienne, moyennant l'octroi d'un énorme domaine d'environ 28,000 hect<»res de terres ; puis le dessèchement de l'immense marais appelé le lac Fezzara, près de Bône, dont s'est chargée la célèbre Compagnie minière de Mokta-el- Hadid, moyennant qu'on la mît en possession de 13 ou 14,000 hectares de terres qui étaient couverts par les eaux ou empestés parles

émanations palustres. La première de ces œuvres a réussi, mais la Société franco-al{?érienne, par suite, il est vrai, de manipulations financières contestables, a dû tomber en faillite et faire un concordai. I«a seconde est encore en suspens, la Compagnie de Mokta-el-IIadid s^étant refusée, par la raison que la nature saline du sol y faisait obstacle, à planter, sur une partie de terrain desséché, 2,000 hectares en eucalyptus, ainsi qu'elle s'y était engagée. Le gouverncmenU algérien propose de reprendre l'entreprise en restituant à la Compagnie de Mokta ses dépenses effectuées. Cette affaire, déjà pendante en 1885, Tétait encore en 1892. Nous n'en trouvons plus trace en 18%.

Il paraît difficile, cependant, que l'Etat se charge directement de faire en Algérie tous les travaux utiles de barrages, d'irrigations, d'endiguements et de dessèchements. M. Etienne, député d'Oran, dans son rapport sur le budget de 1887, évaluait à 100 millions de francs la somme nécessaire à cette grande œuvre. Or la dotation pour les travaux neufs hydrauliques, qui fut de 1,115,214 francs dans l'exercice 1881, tomba entre 500,000 francs et 800,000 francs dans les années 1885 îi 1890; on ne la retrouve plus qu'à 236,721 en 1891,-158,851 en 1892 et 4 18,011 en 1893. Quant aux travaux d'entretien hydraulique la dépense annuelle en a varié de ir)0,104 francs, chiffre minimum en 1888, à 231 ,390 francs, chiffre maximum en 1893, pourla période décennale, finissant avec cette dernière année (1). En 1895, les crédits pour l'hydraulique agricole montentà 680,000 francs, dont 80,000 francs spécialement affectés aux travaux d'alimentation en eau du bétail dans la région des hauts plateaux. 11 va de soi qu'avec de si faibles crédits, l'œuvre de dessèchements, de barrages, d'irrigations avance bien lentement, d'autant que, par des considérations électorales, l'administration éparpille ces faibles ressources sur une quarantaine d'entreprises à la fois. Nous en avons compté 43 dans V Exposé de la siluation de V Algérie en 1893 et 41 dans le même document paru en 1896.

La vraie méthode, qui est, toutefois, d'une application encore très délicate, consiste à faire avancer par l'Etat, à des associations syndicales de cultivateurs ou à des sociétés anonymes, une partie, non pas la totalité, les trois quarts par exemple, des sommes reconnues nécessaires à chaque entreprise hydraulique. L'Etat peut

(1) Voir la Statistique générale (triennale) de C Algérie ^o\ir les années 1891, 1892, 1893, p. 247.

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