‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 45 sur 222 · L'HYDRAULIQUE AGRICOLE · texte numérisé non relu

L'HYDRAULIQUE AGRICOLE

facilement prêter des fonds à 3 1/4 p. 100, amortissement compris dans une période d'une cinquantaine d'années. A ce prix, il n'est nullement en perte. L'important est qu'il ne se laisse pas duper par des faiseurs ; c'est pour cette raison qu'il convient que le quart ou le tiers environ des dépenses soit fait aux risques et périls des syndicats, et que le gouvernement ne garantisse que les trois autres quarts ou les deux autres tiers. Avec le prix de location ou de vente, soit des terres améliorées, soit de l'eau procurée, il rentrerait dans une partie, tout au moins, de ses déboursés; et, si l'entreprise était bien conduite, les syndicats, qui auraient fourni une faible quote part seulement du capital, pourraient largement s'indemniser par l'excédent des améliorations obtenues sur l'intérêt si réduit des sommes dépensées. En procédant ainsi et en échelonnant les travaux sur quinze ou vingt années, en ayant soin de ne pas les commencer tous à la fois et de terminer chacun le plus rapidement possible, l'Etat pourrait avancer graduellement 80 ou même 100 millions ; il doit seulement prendre des garanties sérieuses pour que ces sommes ne soient pas gaspillées.

Dans l'exposé du gouverneur général de l'Algérie en 1885, il était question de diverses conventions conclues ou projetées avec des syndicats ou avec des sociétés pour une quantité d'œuvres hydrauliques : ce sont, dans le département d'Alger, les barrages et canaux du Hamiz, du Chélif, de l'Oued-Fodda, de TOued-Sly, de Bou- Saada, du Bou-Roumi, de l'Oued-Rouina, du Sebaou, de l'Oued- Nizi près de Laghouat, du Djébel-Amour, de l'Oued-Khemis, de rOued-Sahel ; les endiguements du Chélif, de l'Oued-Kébir, de rOued-Djémaa ; dans le département d'Oran, les barrages de Ras- MouUah, d'Hennaïa, de l'Oued-Arlad, de l'Oued-Magoun ; les irrigations de la plaine du Sig, le canal de l'Ouggaz, le barrage de Magenta, de TOued-Fergoug, de la Djidouaïa, les irrigations de la plaine du Chélif, les dessèchements des marais de la Makta, du lac sale de Misserghin, les endiguements de défense du village de Tizi, du village de Sahouria ; dans le département de Constantine, les barrages des Zardézas, du Rummel, les irrigations de la vallée du Sahel, le canal d'irrigation de Kripsa, la transformation en immenses réservoirs du lac Oubeïra, la dérivation de la Seybouse, le dessèchement du lac Fezzara, commencé, mais inachevé, le dessèchement des marais d'El-Guerra et de Fesguia, l'assainissement du territoire de Blandan,celuidelapetiteplainedeBône,rendiguementdelaSoumam.

Il n'échappera à personne que ioule cette nomenclature ofGcielle est bien longue et qu'elle contient un ensemble de travaux pour près d'un quart de siècle. Ce serait folie que de se mettre à l'œuvre sur tant de points à la fois : on renouvellerait en Afrique les extravagances du plan Freycinet qui a mis à mal les finances de la France, et qui n'a pas produit un effet utile correspondant au quart ou au cinquième des dépenses. Aussi, nous retrouvons dans un document postérieur de onze années au précédent, ï Exposé de la siluaiion de V Algérie (1896) l'énumération de 41 entreprises, en cours, de dessèchements, endigucments, irrigations, qui, pour la plupart sont les mêmes que celles dont il était question en 1885.

L'un des vices de l'administration française, encore accru par les influences électorales, c'est de gaspiller sur un trop grand nombre d'entreprises simultanées des crédits qui naturellement sont limités, et de prolonger, par conséquent, sur un espace de temps triple ou quadruple du nécessaire, la durée des travaux et la période d'improductivité des capitaux. Il convient de s'y prendre autrement dans une colonie. Que l'on choisisse dans chacun des départements algériens deux ou trois œuvres seulement, soit huit à dix en tout, que l'on porte tous les efforts administratifs sur ces quelques entreprises en ajournant toutes les autres, qu'on pousse alors avec toute l'activité possible chacun des travaux commencés, qu'on renonce à toute idée esthétique et grandiose, se contentant de ce qui est strictement utile, et qu'on ne passe à de nouveaux chantiers qu'au fur et à mesure que les premiers seront achevés. De cette façon l'on aura des résultats certains et prompts ; avec 25 ou 30 millions ainsi concentrés sur quelques points, l'on obtiendra un effet utile plus considérable qu'avec 100 millions disséminés sur tout le territoire.

Cette méthode, la seule pratique, doit reléguer complètement à l'écart toutes les influences électorales qui sont le fléau des travaux publics et des budgets. Pour établir le classement de ces 50 ou t>0 projets, parmi lesquels il en faut choisir 8 à 10 au plus qui auront un rang de priorité, il est un critérium simple et décisif : il faut écarter, dès l'abord, tous les projets qui demandent à l'Ktat des subventions à fonds perdus : on doit donner la préférence à tous ceux qui sont présentés par des sociétés ou des associations syndicales ayant un capital versé, un cautionnement suffisant, et ne sollicitant de l'administration qu'une avance complémentaire à 3 1/4 p. 100 (amortissement compris), dont le remboursement se-

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