HYDRAULIQUE AGRICOLE
rait, au moins en partie, assuré par les redevances pour les eaux ou par le prix de vente des terrains que Tentreprise rendrait disponibles. I/utilité d'une œuvre, en elFet, est d'autant mieux démontrée que Ton trouve pour s'en charger des sociétés sérieuses de capitalistes ou d'intéressés qui se contentent d'un faible secours de TÉtat, surtout d'un secours se présentant sous la forme d'une avance en capitaux à un taux d'intérêt modéré.
Ce que l'administration doit encore plus aider, ce sont les œuvres d'initiative et d'exécution entièrement privée, qui ne demandent pas même à l'administration une avance de fonds ni une garantie quelconque, mais qui sollicitent simplement d'elle d'abréger ou de supprimer quelques-unes de ces formalités administratives qui prétendent préserver les particuliers contre les conséquences de leurs actes. Nos formalités en matière de travaux publics font un grand mal en France : des gens de bonne volonté sont constamment arrêtés, dans leurs projets d'amélioration, par toutes les enquêtes, contre-enquêtes, par toutes les prescriptions auxquelles on les soumet. Dans une colonie les délais et les frais qui résultent d'un procédé d'administration de ce genre seraient mortels.
On lit, par exemple, dans V Exposé du gouverneur général publié en 188t>, qu'un projet d'alignement de la berge gauche du Sebaou, pour permettre aux riverains qui le désirent de reconquérir une partie des terrains envahis par la rivière, a été envoyé au ministre de l'agriculture, favorablement accueilli par lui, mais cependant accepté seulement avec des modifications de détail ; une enquête a dû être faite, puis le projet, remanié, est retourné au ministre « qui ne saurait tarder à prendre une décision définitive ». On retrouve dans V Exposé, publié en 1896, des projets relatifs à la « fixation des rives du Sebaou » ; on y dit que le projet « a été remanié conformément aux indications de la commission d'hydraulique agricole ». Est-ce la même entreprise que celle dont il était question en 1886? Toutes ces lenteurs qui prennent des années, surtout quand on ne demande à l'Etat aucun sacrifice, ce qui était le cas du proiet de 1886, sont absolument déraisonnables et découragent les homme» les plus entreprenants ; la vie humaine est courte, les particuliers se lassent de projets dont les études sont si longues. Mieux vaut se tromper une fois ou deux sur dix essais que de détourner de toute tentative, par une si attentive circonspection, les esprits ardents. Pourquoi, en outre, faire déterminer à Paris, par des ingénieurs ou
des bureaucrates de la ré|^ion du Nord, les questions hydrauIiques^ africaines? On pourrait se dispenser de ce contrôle parisien, surtout quand les finances de l'Ktat ne sont engaj(ées par aucune subvention, aucune avance, aucune {garantie; une commission d'inj^énieurs et d'administrateurs à Alger trancherait ces questions avec plus de compétence et de célérité. Cette décentralisation est d'autant plus indispensable que le goût des améliorations hydrauliques parmi les colons semble se répandre. Ainsi, pour le bas Isser, existe un projet d'initiative analogue à celui du Sebaou : « La tendance des propriétaires à lutter contre Tenvahissement des cours d'eau, dit le gouverneur général, semble du reste s'accuser, à en juger par plusieurs demandes du même genre qui ont été formulées depuis peu. L'initiative individuelle dans ce sens ne saurait être trop favorisée. » Il ne s'agit pas ici de faveur, puisque les particuliers ne demandent que l'autorisation de dépenser leur propre argent : le service que dans ce cas peut rendre l'administration, c'est de faire connaître promptement sa décision. Que de bien elle ferait si elle voulait simplement, dans ses études et ses formalités, se souvenir de la brièveté de la vie humaine!
Il est une autre œuvre à laquelle l'administration française s'est donnée avec un brillant succès et qui est susceptible d'un développement considérable encore, c'est celle des puits artésiens. Elle a ainsi créé des oasis; elle peut prolonger jusque dans l'extrême sud la région cultivable. Un publiciste russe, qui, il y a une vingtaine d'années, a étudié l'Algérie et en a parlé avec enthousiasme, M. de Tchihatchef, ne tarit pas en éloges sur l'importance des résultats que nous avons obtenus : « Entre le Chott Melghir et la ville de « Tougourt, écrit-il, il n'y a pas moins de quarante puits artésiens, « ce qui, sur une ligne d'environ 120 kilomètres, donne presque w un puits par 3 kilomètres, et sans doute on ne tardera pas à pousser « cette belle ligne artésienne jusqu'à Ouargla, car pour le moment, « entre Tougourt et Ouargla, sur un espace d'environ 150 kilomètres, et il n'y a que cinq puits artésiens. » L'auteur russe estimait à plus de 155 le chiffre total des puits artésiens dans la province de Constantine, subdivision de Batna, de 1856 à 1878. « Le nombre des u sondages pour la recherche des eaux jaillissantes a été de 1 i9, <c dit M. de Tchihatchef, et pour celle des eaux ascendantes de 262; « la profondeur totale forée a été de 18 kilomètres 626 mètres, et « le débit primitif des nappes jaillissantes et ascendantes est de