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LES PUITS ARTÉSIENS. LES OASIS DE PALMIERS

(« 182,119 mèlrcs cubes par vingt-quatre heures. Ces chiffres sont « assez éloquents pour se passer de tout commentaire, et lorsque « l'on considère qu'ils représentent seulement un travail de ving^t- « deux années, on peut soutenir hardiment que, lors même que la M France n'aurait pas doté l'Algérie d'autre chose que de puits « artésiens, elle pourrait déjà, sous ce seul rapport, accepter a van ta- « geusement la comparaison avec n^importe quel pays (1). » Depuis que l'écrivain russe a écrit ces lignes, l'activité des Français pour l'exploitation des couches d'eau souterraines ne s'est pas ralentie. Cette œuvre se poursuivant avec méthode et persévérance, la civilisation et la culture doivent peu à peu empiéter sur le désert, et l'on peut prévoir le jour où le Sahara lui-même deviendra moins inhospitalier qu'aujourd'hui.

Les particuliers, soit des colons algériens, soit des capitalistes français, se sont mis depuis quelques années à s'intéresser aux forages dans les contrées sans eau et notamment dans le désert. Entre Biskra et Tougourt plusieurs sociétés, dont Tune mérite d'être mentionnée, la Société agricole et industrielle du sud Algérien^ ont créé de toutes pièces des oasis où elles plantent des dattiers. Elles ont été aidées dans cette entreprise par un homme dont le nom est inséparable de l'œuvre des forages algériens dans la province de Constantine, M. Tingénieur Jus. Elles eurent à lutter au début contre l'hostilité de l'administration militaire, qui ne voulait pas les autoriser à acheter aux tribus indigènes des territoires stériles dont celles-ci ne faisaient rien. C'est là une nouvelle preuve de Futilité du projet de loi dont nous parlions plus haut pour faciliter l'achat par les Européens de territoires arc^, collectifs (2).

(l)Trhihatchef, Espagne^ Algérie et Tunisie^ Lettres à Michel Chevalier^ p. 339.

(2) Nous empruntons à VÊconomiste français du l^r janvier 1887 les renseignements suivants sur le percement de puits artésiens et la culture de palmiersdattiers par des mains européennes dans la province de Constantine :

« La région de TOued-Rir* est une des plus riches de l'Afrique en eaux souterraines et mérite d'être signalée comme fournissant un exemple éclatant du rôle bienfaisant que lasunde artésienne peut jouer dans le Sahara, en augmentant la quantité des eaux disponibles pour l'irrigation des cultures. Depuis 18ô(>, année de la conquête de l'Oued-Rir' par les troupes françaises, des travaux de sondage ont été exécutés dans ce pays sous la direction aussi habile que dévouée de M. l'ingénieur Jus : en trente ans, la valeur des oasis a quintuplé et la population indigène a doublé.

« Aujourd'hui le pays est entièrement pacifié, et ce sont des Européens qui ne craignent pas de faire de l'agriculture dans ces parages lointains. La culture du palmier- dattier parait, en effet, susceptible de résultats avantageux,

Aujourd'hui on peut presque se reposer sur Tiniliative privée pour la multiplicalioiî des puits artésiens. Il faudrait seulement établir un régime de protection des puits existants, c'est-à-dire une zone, un périmètre dans l'intérieur duquel on ne pourrait plus en former de nouveaux qui menaçassent le débit de ceux qui fonctionnent ; ce serait le moyen d'empêcher le gaspillage de la nappe d'eau. En procédant à cette réglementation dans un esprit de large équité, on n'empêcherait pas la continuation et l'extension d'une œuvre si utile, on ne ferait que lui donner plus de sécurité. D'une bonne politique hydraulique et d'une bonne politique forestière en Algérie, on doit attendre la mise en valeur de cette contrée, si pleine de promesses et de ressources.

et, d'après M. Jus, chaque palmier rapporte, bon an mal an, un revenu de 4 à 5 francs au moins, net des frais de culture proprement dite. En revanche, il feut bien compter huit années depuis la plautatiou jusqu'à Tépoque du plein rapport de Tarbre.

« En 1878, trois explorateurs français, MM. Fau, F. Foureau et A. Foureau, fondèrent la Compagnie dite de rOued-Hir', et achetèrent & l'État de grands jardins de palmiers tout plantés dans la région de Biskra, ainsi que dans rOued-Rir'. De même, M. Treille, député de Cout^tantinc, et M. Sarradiu firent l'acquisition de jardiiis dans ces deux régions. Bientôt, c'étaient des terrains jusqu'alors incultes qu'on entreprenait de mettre en valeur : on exécutait • des recherches d'eaux jaillissantes en dehors des oasis existantes, et on vivifiait, grâce aux irrigations, de vastes espaces dans les steppes du désert. Voilà surtout les entreprises qui paraissent intéressantes et civilisatrices. Le premier qui a ouvert la marche dans cette voie est le capitaine Mohamed Ben Dris, ancien agha de Tougourt, naturalisé Français, qui, en 1879, créa Toasis de Talaem-Mouîdi ; puis, en 1881, MM. Fau et Foureau créèrent, à leur tour, l'oasis du Chria-Saîah. La môme année, en 1881, M. Rolland, qui avait exploré le Sahara algérien à l'occasion des missions du chemin de fer transsaharien, fondait, de concert avec M. de Courcival, ancien officier de l'armée d'Afrique, une Société dite Société agricole et industrielle de Batua, dont les immenses plantations furent commencées en 1882 et poursuivies depuis lors sans interruption et dans des proportions auparavant inconnues.

« En moins de cinq ans, la Société de Batna a créé trois oasis nouvelles et construit trois villages, à Ourir, Sidi-Yahia et Ayata; elle a foré sept puits artésiens jaillissants, qui fournissent ensemble un débit constant de 21 mètres cubes d'eau vive par minute; elle a défriché et mis en valeur 400 hectares de terrains auparavant incultes, et planté environ 00,000 palmiers-dattiers. »

Depuis l'origine jusqu'en 1896 inclusivement, la dépense faite pour ses oasis par la Société de Batna, qui s'appelle actuellement Société du sud Algérien, monte à environ 1,300,000 francs, soit, en tenant compte des déchets dans la plantatioD, une trentaine de francs par arbre. Ces entreprises peuvent devenir plus nombreuses ; elles ne pourraient toutefois se multiplier à l'infini, parce que les puits nouveaux, quand ils sont trop près des puits anciens, nuisent souvent à ceux-d. D'autre part, la période de huit ans indiquée d'abord pour l'ariivée du palmier à la pleine production est trop faible, il faut bien une quinxaioe d'années en moyenne.

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