PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION. IX
trop le panache, ou on l'aime trop pour elle. Des impôts à rinstar de l'Europe, des emprunts projetés à l'instar de l'Europe aussi, des groupes scolaires à l'instar de ceux des communes françaises, des hôtels de contrôleurs civils à l'instar des hôtels de préfecture et de sous-préfecture métropolitains, des fonctionnaires nombreux et hiérarchisés, le tout accompagné d'un parlement en miniature et d'un troisième collège électoral, qui reproduit les ambitions de l'ancien tiers état en France; bref, une sorte d'idéal de colonisation artificielle et hâtive se substituant à l'idéal de colonisation naturelle et graduelle; on est singulièrement loin de la méthode de M. Cambon; et c'est en quelques années que ce changement s'est accompli. Quels que soient les bonnes intentions et le talent même de ceux qui ont présidé ou président à cette transformation, il est indispensable de les avertir qu'elle est prématurée, trop rapide et, au fond même, dangereuse.
 un autre point de vue, la persistante pusillanimité de notre gouvernement à assurer notre arrière-pays nordafricain par l'occupation, si facile et si naturelle, du Touat, mérite d'être signalée et condamnée.
La seconde édition de cet ouvrage L'Algérie et la Tunisie, que nous faisons paraître après dix ans d'observations nouvelles etincessantes, a été complètement remaniée et singulièrement étendue. Dieu veuille qu'elle éclaire et le public et l'administration, en France et dans nos deux colonies, sur les moyens les plus sûrs et les plus humains de faire dans notre Afrique une durable et grande œuvre!
Le 10 août 1897.
Paul LEROY-BEAULIEU.