‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 54 sur 222 · VICES DES CHEMINS DE FER ALGÉRIENS · texte numérisé non relu

VICES DES CHEMINS DE FER ALGÉRIENS

1893, nous avons les renseignements concernant les 1,886 milles du réseau gouvernemental, soit 3,048 kilomètres ; la recette brute a été de 1 , 181 ,522 livres sterling, approximativement 30 millions de francs ou 9,840 francs par kilomètre, chiffre qui excède de 20 p. 100 le rendement brut kilométrique du réseau algérien, lequel monte k 8,000 francs environ ; mais les dépenses sur le réseau néozélandais ne montent qu'à 732,142 livres sterling, ou approximativement 18,350,000 francs, ce qui représente seulement par kilomètre (ï,020 francs, soit malgré l'excédent de recette brute kilométrique, 10 à 15 p. 100 de moins de frais d'exploitation que pour le réseau algérien.

La Tasmanie, pour 756 kilomètres de voies ferrées (468 milles) en 1893, encaisse une recette brute de 167,094 livres sterling ou 4,200,000 francs environ, soit un peu moins de 5,600 francs par kilomètre, et elle trouve le moyen d'avoir un petit excédent net sur cette recette infime, qui est inférieure de près d'un tiers à celle du réseau algérien ; elle ne dépense en effet en frais d'exploitation que 144,800 livres sterling, soit 3,050,000 francs en chiffres ronds ou 4,833 francs par kilomètre, guère plus des deux tiers de la dépense moyenne kilométrique du réseau algérien dans ces dernières années.

Dans une colonie beaucoup plus importante. l'Australie du Sud, le réseau ferré en 1893 était de 1,664 milles ou 2,689 kilomètres; la productivité brute montait à 1,055,395 livres sterling ou 26 millions et demi de francs, soit 9,840 francs par kilomètre, ou 20 p. 100 de plus que les chemins de fer algériens ; d'autre part, la dépense montait à 609,219 livres sterling seulement ou 15,300,000 francs en chiffres ronds, soit environ 5,690 francs par kilomètre ou, malgré un revenu brut supérieur, 20 p. 100 environ de moins de dépenses que sur les chemins de fer d'Algérie. Encore devons-nous dire que, en dehors du réseau sur lequel portent ces observations, l'Australie du Sud exploite lif) milles ou 233 kilomètres dans les solitudes du territoire du nord de la colonie {Northern Territory) ; les recettes brutes en sont en moyenne de 32,000 livres sterling par an ou 800,000 francs, soit 3,390 francs seulement par kilomètre ( 1 ) ; mais même avec cette recette

(1) Le document anglais, Slatistical Ahsiract for the Colonial and other possessions of Ihe United Kingdum in each year from 1879 to 1893 (Londres, 1895), auquel nous empruntons ces renseignements, ne donne les chiffres du chemin de fer du Sort hem Ternlory que pour un semestre par an, soit 15,895 livres

infime qui n'est que de 40 p. 100 de celle des chemins algériens, on trouve le moyen d'avoir un excédent net, les dépenses ne s'élevant qu'à 25,370 livres sterlinj^, 635,000 francs environ, ou 2,61K) francs seulement par kilomètre.

Une autre colonie britannique très prospère, Queensland, exploitait 2,379 milles ferrés en 1893, soit 3,845 kilomètres; la recette brute en atteignait 943,617 livres sterling ou 23,700,(KX)fr., soit 6,164 francs par kilomètre seulement, 25 à 30 p. 100 de moins que le réseau algérien; avec celte faible recette brute la colonie de Queensland trouvait encore le moyen d'avoir une recette nette importante. Les frais d'exploitation, en effet, ne montaient qu'à 634,683 livres sterling (1), 16 millions de francs en chiffres ronds ou 4,160 francs par kilomètre, moins de 70 p. 100 des frais kilométriques d'exploitation du réseau de l'Algérie.

On nous excusera d'être entré dans ces comparaisons minutieuses. Elles étaient nécessaires; elles démontrent d'une façon irréfutable que nous n'avons pas su construire nos chemins de fer algériens et que nous ne savons pas davantage les exploiter. Là où TAustralie du Sud, la Nouvelle-Zélande, Queensland, la Tasmanie recueillent des bénéfices nets assez importants, nous parvenons à peine à un très léger et fragile excédent des recettes sur les dépenses. L'exemple de rinde et du Cap est probant d'une autre façon, tant pour la réduction des dépenses en ce qui concerne la première que pour l'efficacité d'un réseau à voie étroite pour un grand trafic, en ce qui concerne la seconde colonie.

Cependant ces colonies anglaises, Queensland, la Nouvelle-Zélande, l'Australie du Sud, ne peuvent passer pour être très particulièrement économes; elles sont rongées par le socialisme d'Etat; la maind'œuvre y est infiniment plus chère que dans notre Algérie, le charbon n'y doit guère être moins coûteux.

Nous savons, d'un autre côté, par l'expérience d'affaires où nous avons des intérêts que, en Espagne, dans des pays montagneux, on peut construire des chemins de fer à voie de 1 mètre, ayant un

sterling bruts et 13,685 livres de frais d'exploitation en 1893, et il fait de même pour les années antérieures : cela veut^il dire que ce réseau u*est exploité que six mois ? nous Tiguorons ; en tout cas, il laisserait toujours un excédent de recettes; nous avons doublé les chifTres semestriels, pour avoir le rendement annuel.

(1^ Tous ces renseignements sont extraits du Slatislical Absfract for tht Colonial and other possessions ^ publié en 1895 et relatif aux années 1879-1893.

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