LES COEMINS DE FER DE PÉNÉTRATION
de la Construction de notre réseau de voies ferrées, viennent, pour les trois quarts, sinon pour la totalité, des fautes que nous venons de relater. H est peu probable que ce fardeau diminue rapidement. Cependant, des découvertes, comme celle des phosphates de la région de Tébessa, lexploitation de ces riches gisements depuis 1894, si Ton n'était pas venu Tentraver par des règlements onéreux, l'ouverture graduelle d'autres mines et de carrières, non moins que le développement agricole et l'accroissement de la population, pourraient, dans un délai de dix ans, réduire de moitié au moins, sinon des deux tiers, ce fardeau écrasant. L'écoulement de 300,000 tonnes par an des phosphates de Tébessa suffirait, à lui seul, pour faire baisser les garanties d'intérêts algériennes de "2 et demi à 3 millions de francs peut-être, avec le trafic indirect qui s'y rattachera.
La construction de nouvelles lignes de chemins de fer avec garantie de l'Etat pourrait être bornée, pendant huit à dix ans, aux lignes d'Aïn Sefra à Figuig, et de Biskra à Ouargla ; ce ne serait que 500 kilomètres environ, représentant 25 à 28 millions de francs et, en supposant, ce qui est admissible, que ces lignes, exploitées très économiquement, fissent leurs frais d'exploitation, 900,000 francs à 1 million de surcharge pour la garantie d'intérêts, lesquels seraient compensés en partie, pour la moitié sans doute, par l'accroissement de produit sur les lignes mères auxquelles elles aboutiraient. Peutêtre aussi, à la condition de l'exécuter avec une extrême économie, une quarantaine de mille francs par kilomètre, pourrait-on pousser la ligne existant actuellement d'Alger-Berrouaghia jusqu'à Djelfa, ce qui serait un prolongement de 200 kilomètres et ultérieurement jusqu'à Laghouat. Plus tard, une ligne stratégique pourrait avancer jusqu'au Touat, soit environ 700 kilomètres de plus; mais toujours à la condition d'une très stricte économie. Ce sont là des projets, d'ailleurs, qui peuvent être ajournés jusqu'à ce que le fardeau de la garantie d'intérêts pour les lignes existantes soit devenu beaucoup moins elfroyable et réduit des deux tiers au moins. Quant à pousser jusqu'au Niger, nous avons laissé passer l'occasion de le faire avec un sérieux profit et *de nous assurer la pleine domination des contrées nigériennes et soudanaises. Le débouché de celle-ci se fera nécessairement en grande partie par l'Atlantique, aujourd'hui que les Kuropéens ont établi et développent des chaînes de comptoirs depuis les bouches du Niger ou depuis la Côte d'Ivoire et le Sénégal jusqu'à Kano, Sokoto et Tombouctou. Ce n'est pas à dire qu'on doive renon-
cer absolument au Transsaharien; mais il n'y a plus aucune hâte à l'exécuter, et il paraît suffire h l'œuvre prochaine d'en faire les amorces d'abord jusqu'à Ouar^la et Fi^uif^ d'une pari, et ultérieurement jusqu'au Touat, peut-être aussi, de l'autre part, de Gabès à Ghadamès et à Ghat. Kncore ces amorces doivent- elles être faites graduellement et tout en prenant soin de diminuer considérablement le fardeau des garanties d'intérêts. Actuellement, et pour huit à dix ans, sans doute, les lignes de Biskra-Ouarpla et Aïn Sefra-Fij^uijj;' suffisent.
Il ne pourrait y avoir une réelle utilité à pousser une voie ferrée jusqu'au fond du désert que si, comme certaines observations dont nous parlerons plus loin en donnent l'espérance, on était certain qu'il y eût dans le Sahara central d'abondantes richesses minérales, par exemple dans la réj^ion de l'Ahir des gisements de nitrate aussi riches que ceux du désert d'Otocama au Chili. Un produit valant, en elFet, 18 francs, ou même 15 francs, ou ne fût-ce que 10 francs les KM) kilogrammes, pourrait supporter et rémunérer un transport de 1,60() à 1,700 kilomètres; mais il faudrait être bien sûr de ces richesses avant de se lancer dans une aussi colossale entreprise (1 i.
Chacun de ces chemins de fer devra être fait vite et suivant la méthode américaine ou la méthode russe. On peut établir des chemins de fer dans le désert moyennant une dépense de 50 à 55,000 francs par kilomètre, souvent même de 30,0(X) à 35,(KK) seulement. Avec soixante-dix millions on pourrait donc faire en huit ou dix an» 1,5(H) kilomètres environ de voies ferrées de pénétration. Nous ne devons pas reculer en Algérie devant l'exploitation du désert, au moyen des puits artésiens, des plantations et des chemins de fer. Si notre administration des ponts et chaussées savait renoncer à ses idées par trop méticuleuses, si pour les chemins de fer à construire dans les régions médiocrement habitées elle abandonnait toute installation de luxe, si elle se contentait du strict nécessaire pour le
(1) La compagnie concessionnaire du chemin de fer de Sfax a Gafsa, san» subvention ni garantie d'intérêts, pour l'exploitation des gisements de phosphate du centre de la Tunisie, pense qu'elle réaliserait ses frais d'exploitation largement avec un transport de 300,000 à 250,000 tonnes à 2 centimes le kilomètre; on pourrait donc avec ;)00,000 tonnes de nitrate à 3 centimes 1/2 par kilomètre, payer non seulement les frais d'exploitation, mais l'intért^t et l'amortissement du capital d'une voie ferrée d'un port algérien dans l'Ahir. En admettant que la distance fût de 1,750 kilomètres, la marchandise qui vaut actuellement environ 180 francs la tonne rendue en Europe ne serait grevée que de 00 francs environ.