‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 57 sur 222 · LES PORTS. J · texte numérisé non relu

LES PORTS. J

tratic probable pendant les vingt ou trente années suivantes, on augmenterait beaucoup plus, avec les mêmes dépenses de capital, le réseau et la productivité de nos lignes algériennes. Dût-on au bout de trente ou quarante ans, quand la colonisation se serait développée, reconstruire intégralement une partie de ces kilomètres de voies légères et à bon marché, on aurait encore fait une excellente affaire. 11 convient d'imiter les Américains dans le Far-West, les Russes dans l'Asie centrale; ceux-ci ont fait dans ces dernière temps des merveilles comme promptitude et comme bon marché. Sous la direction du général Annenkof, ils ont en une demi-douzaine d'années poussé leurs locomotives jusqu'à Merv. Ils font de même en Sibérie. L'exemple du Canadian Pacifique que nous donnons plus haut (voir la note de la page 153), comme construction et encore plus comme exploitation, est décisif. Un grand nombre de kilomètres de voies ferrées imparfaites et improvisées dans les pays primitifs vaut infiniment mieux qu'un nombre restreint de kilomètres construits à loisir et à la perfection.

Quant au complément du réseau dans la région du Tell, de manière à relier les principaux centres aux lignes déjà existantes ou à rattacher ces dernières lignes entre elles, comme par exemple de Cherchell à Blida, de Tenès à Orléansville, de Tlemcen jusqu'à près d'Oujda dans le Maroc, d'Aumale à Médéa ou à Bouira, de Jemmapes à Philippeville ou à Bône, de Tébessa à Aïu-Beïda, ce n'est pas à l'Etat français de s'en charger, ou Ton ne doit les concéder que sans garanties d'intérêts; c'est aux départements et aux communes algériennes de faire des sacrifices pour ces voies, s'ils les jugent utiles. On peut recourir en partie aux tramways sur routes. 11 s'est fait d'Alger dans la banlieue, depuis quatre ou cinq ans, une œuvre assez efficace à ce point de vue ; elle peut s'étendre sans charges pour l'État.

Nous ne parlerons pas ici longuement des travaux de ports. L'Algérie, qui possède une énorme étendue de côtes, offre peu de ports naturels; il s'en rencontre de loin en loin, comme ceux de Bougie et d'Arzew. Ce ne sont pas les principaux, de sorte que le travail à faire par l'homme est considérable. Néanmoins on est parvenu à Bône, à Philippeville, à Alger, à Oran, à posséder des places maritimes qui, sans approcher de la perfection, se prêtent à un grand commerce, dans des conditions relatives de sécurité et de facilité. Le principal écueil des travaux maritimes en Alg-érie plus qu'ail-

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leurs, c'est la dissémination des dépenses sur un nombre considérable de lieux. Ainsi, en dehors des ports que nous venons de citer, on peut encore énumérer ceux de La Calle, Djidjelli, Collo, Dellys, Tipaza, Gherchell, Tenès, Mosta^anem, Nemours. On pourrait y enjoindre d'autres. Cette nomenclature indique qu'il y a une grande tentation de morceler les crédits. On doit y résister davantage aujourd'hui que les principaux points de la côte sont ou vont être reliés au réseau des voies ferrées. Constituer quatre ou cinq vraiment bons ports dans notre colonie algérienne doit être l'objectif des prochaines années en fait de travaux maritimes. De 1884 à 1893, on a dépensé 19,768,908 francs en travaux neufs de ports, phares et fanaux dans les trois provinces; dans les dernières années, la dépense moyenne a atteint 2 millions et demi par an, mais, en ce qui concerne les ports, ces crédits paraissent avoir été trop dispersés. Quant aux crédits d'entretien des mêmes travaux, ils montent à 500,000 ou 550,000 francs par année. Pour améliorer plus rapidement les ports, sans épuiser l'Etat, on devrait recourir au système anglais, qui pourvoit à l'intérêt et à l'amortissement des dépenses de ce genre par des droits de tonnage ou de quai portant sur tous les navires entrants ou sortants. Comme, d'ici à un temps très long, l'Algérie ne peut pas être un pays de transit, cette mesure a peu d'inconvénients. Elle permettrait d'aller plus vite en besogne en faisant payer les frais à ceux qui en profitent. On peut, d'ailleurs, et ce serait nécessaire à Alger pour faciliter la relâche, avoir des tarifs réduits pour les navires qui ne font qu'escale.

11 ne faut pas avoir la prétention avant longtemps de créer en Algérie des ports aussi bien dotés de tous les accessoires utiles que ceux de la métropole. Tous les travaux dans une colonie jeune doivent être conduits avec une stricte économie : le faste, le superflu, même les dépenses utiles qui ne sont pas absolument indispensables doivent être bannis. Leur heure viendra quand, parle développement intérieur, la colonie se rapprochera de la situation pécuniaire et commerciale des vieux pays. En voulant trop hâter ce jour, on ruinerait les finances coloniales ou, en chargeant outre mesure la métropole, on commettrait une injustice et l'on indisposerait l'opinion de celle-ci contre la colonie.

Les communications entre l'Algérie et la France sont devenues depuis peu de temps fort aisées, grâce en grande partie aux subventions que la métropole a largement accordées à la Compagnie Tran-

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