LE RÉGIME COMMERCIAL
Entraves au commerce algérien jusqu'en 1851. — Profond et durable détriment qu'en éprouve la colonie. — Régime relativement libéral de 1851. — Le développement du commerce extérieur algérien de 1850 à 1864 et de 1864 & 1895. — Les principaux articles d'importation et d'exportation de l'Algérie.
— Le commerce avec les différentes contrées. — Le mouvement de la navigation. — Assimilation de la France à TAlgérie pour le régime douanier.
— Inconvénients de ce rétnme. — L'octroi de mer. — Caractère de cet impôt; le? réformes dont il a été Tobjet. — Son produit et celui des douanes. — Tendances protectionnistes de la part de la métropole. — Idée de la création de ports francs. — Utilité d'un régime douanier libéral.
Après les travaux publics el le réj^ime administratif, ce qu'il y a de plus important pour une colonie, c'est le régime commercial. Selon que ce régime est restrictif ou libéral, la colonie est soutenue ou arrêtée dans sa croissance. A ce point de vue, l'Algérie a traversé des périodes très diverses. Jusqu'en 1851 elle fut sevrée de la franchise d'importation en France : ses produits ne pouvaient entrer dans la métropole qu'en payant des droits ; le détriment qu'en éprouvaient les colons, dans la toute première enfance, c'est-à-dire jusque vers 1831) ou 1838, fut peu considérable. La colonie était si peu peuplée que l'exploitation du sol sur une échelle un peu vaste n'avait pas encore commencé. Presque tous les colons étaient de petits trafiquants, suivant nos régiments et nos colonnes, et qui trouvaient dans l'alimentation des troupes la source principale, presque unique, de leurs profits. Quant à ceux qui se livraient au défrichement et à la culture, l'approvisionnement de notre armée d'Afrique suffisait amplement au placement rémunérateur de leurs produits dans les années qui suivirent immédiatement le débarquement.
Alors la franchise d'exportation était de moindre nécessité que la liberté d'importation. Les colons algériens, en effet, n'avaient guère de produits à offrir au reste du monde pendant les sept ou huit premières années de la conquête ; ils avaient, au contraire, beaucoup à
lui demander, particulièrement des ustensiles de culture et de production. Mais, après avoir traversé cette toute première époque de Tenfance, le débouché extérieur, qui n'était qu'utile auparavant, devenait impérieusement nécessaire. La colonie, qui avait pu se former, sans jouir du droit de vendre ses produits en franchise à la métropole, ne pouvait grandir et faire des progrès considérables si ce droit lui était longtemps refusé. C'est l'une des preuves de Tétroitesse d'esprit des Chambres du temps de Louis-Philippe, que d'avoir tenu la France obstinément fermée aux produits de la colonie. Celle-ci dut en subir un préjudice indirect encore plus considérable que le direct. Les grands agriculteurs et les grands capitalistes qui auraient pu s'y porter de 1838 à 1850 en furent éloignés par l'absence de tout débouché extérieur. De là vient peut-être que l'agriculture* et l'exploitation algériennes s'enfermèrent, dès le début, dans des cadres re&treints, qui restèrent la forme de la colonisation algérienne, jusqu'à ce quel'invasion du phylloxéra danslamétropoletit constituer dans notre Afrique de grands domaines. Elle se ressentit ainsi, pendant un demi-siècle, du manque initial de débouché et des habitudes qui en étaient résultées.
La loi du 11 janvier 1851, qui fut due aux efforts des députés algériens et dont M. Charles Dupin fut le rapporteur, vint enlin supprimer les prohibitions qui entravaient l'essor de la colonie : la libre entrée des produits algériens en France fut dès lors un fait accompli. Depuis 1851, année où ce nouveau et bienfaisant régime commercial fut inauguré, les importations de l'Algérie doublèrent presque en treize ans et ses exportations ont plus que décuplé dans le même temps.
Francs. Francs.
Valeur des marchandises importées 72.699.78^ 136.458.793
— — exportées 10.262.383 108.067.354
« Les Etats-Unis, a dit avec raison M. Charles Dupin, en présentant le rapport de la loi sur la convention Fremy et Talabot (Sénat, 7 juillet 1865), les Etats-Unis, l'Australie et le Canada, dont on fait de si grands et si justes éloges, entre les années 1850 et 1861, sont bien loin de présenter un si merveilleux progrès. »
Le mouvement de la navigation augmenta également avec rapidité et le progrès se soutint tous les ans. En 1864, l'Algérie recevait à l'entrée 3,561 vaisseaux tant français qu'étrangers, jaugeant
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465,845 tonneaux et employant 45,808 marins: c'était sur l'année 1803 une augmentation de 621 navires, 66,149 tonneaux et 6, '221 hommes. Sous le rapport du tonnage, la France entrait dans le mouvement de la navigation pour 78.76 p. 100, l'Espagne pour 7.28, l'Angleterre 5,03, riUlie 4,84, l'Autriche 1,05.
De 1864 à 1895 le développement du commerce général de l'Algérie a été considérable, quoique, en ce qui concerne du moins l'exportation, un peu plus lent que pendant les quatorze années de la période antérieure. Voici, d'après les dernières statistiques officielles, quelles ont été les sommes du commerce général et du commerce spécial de cette colonie. On entend par commerce spécial celui qui comprend uniquement les marchandises importées consommées dans le pays et les marchandises exportées qui ont été produites dans le pays. Le commerce spécial exclut donc le mouvement des entrepôts que comprend, au contraire, le commerce dit jjénéral. Mais l'Algérie n'étant pas, comme l'Angleterre, la Hollande ou la Belgique, un pays d'entrepôt ou de transit, les chiffres du commerce spécial y suivent d'assez près ceux du commerce général; cela est surtout sensible jusqu'en 1890 inclusivement; depuis 1891, en effet, Alger et, dans une moindre mesure, Oran sont devenus des ports d'escale pour les navires allant d'Angleterre dans la Méditerranée Orientale et en Extrême Orient ; il en résulte qu'il se fait en Algérie aujourd'hui un certain commerce d'entrepôt qui, avec le temps, pourra prendre du développement, Alger se substituant en partie à Gibraltar et à Malte comme port de relâche.
Commerce général. Commerce spécial.
Importation. Exportation. Importation. Exportation. Années. Francs. Francs. Francs. Francs.