ANALYSE DU COMMERCE EXTÉRIEUR
L'inéfi^alité d'accroissement entre Kimporlation et l'exportation, depuis trente ans s'explique par dilîérentes causes. Dans les années (le 1880 à 1883 les récoltes algériennes ont été en général médiocres ; le prix des minerais et de l'alfa, qui comptent parmi les principaux produits algériens, a baissé ; mais il y a une raison plus générale. L'Algérie étant un pays neuf où la France entretient et paye une armée, où elle fait de grands travaux publics et où l'initiative privée apporte de nombreux capitaux, il est naturel que l'importation y dépasse de beaucoup l'exportât ion. Ce n'est nullement la preuve que le pays s'appauvrit; les Français, dans un laps d'un quart de siècle ou d'un demi-siècle, apporteront en Algérie et y immobiliseront plusieurs milliards de francs ; l'excédent des importations sur les exportations représentera eh grande partie cet afflux du capital de la mère patrie.
En Australasie (Australie et Nouvelle-Zélande), tant que ces colonies n*ont pas eu plus d'un siècle d'existence, — c'est en 1787 que fut fondé l'établissement de Botany Bay, — l'importation dépassa de beaucoup Texportation. Ce fut le cas, notamment d'une façon ininterrompue de 1870 à 1890 inclusivement, l'exportation restant annuellement de 4 à 1 1 millionsdelivressterling(l(X)à:275 millions de francs) au-dessous de l'importation. Il est naturel qu'il en soit ainsi : comme un enfant à la mamelle^ une jeune colonie vit du lait de sa mère. A partir de 1891, au contraire, l'exportation australasiennc devient très supérieure à l'importation, à savoir 72,719,277 livres sterling (1,818 millions de francs), contre 72,085,907(1,802 millions de francs) en 1891, 05,119,878 livres sterling (1,628 millions de francs) à l'exportation contre 59,682,500 livres sterling (1,492 millions de francs) en 1892 et 65,754,126 liv. ster, (1,643 millions de francs) d'exportation en 1893 contre 53,258,007 (1,332 millions de francs) d'importation (1); dans cette dernière année, l'écart est énorme, soit plus de 310 millions de francs, en faveur des exportations australasiennes, ce qui tient en partie à une crise commerciale sévissant dans le pays, qui restreignait les achats et développait les ventes. Les vieilles colonies, telles que l'Inde, ont, d'une façon continue, des importations beaucoup plus faibles que leurs exportations : dans les quinze années de 1879 à 1893, il n'y a pas eu une seule exception à ce sujet; et de 1891 à 1893 les exportations de
(1) Voir le Colonial Sialislical Abslract, publié en 1895 et relatif aux an- Dées 1879-1893.
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rinde ont varié annuellement de 1 lOh 113 millions de livres slerlinj; (2,750 à 2,825 millions de francs), tandis que les importations montaient seulement à 83 ou 95 millions de livres sterling, soit 2,075 à v2^375 millions de francs.
Un commerce extérieur qui oscille autour de 500 millions de francs aux bas cours actuels des produits constitue déjà pour l'Algérie un mouvement de trafic considérable. Les principales marchandises importées sont naturellement des objets manufacturés, à savoir, en 1894, au commerce général, les tissus, passementeries et rubans de coton pour 30,141,000 francs, dont 1,380,000 seulement provenant de l'étranger; les vêtements confectionnés pour près do 11 millions, dont 1,230,000 de l'étranger; les tissus, passementeries et rubans de laine pour plus de 9 millions, dont 800,000 francs de Tétranger; les tissus dejute pour 3millions et demi; ceux de lin et do chanvre pour 1,800,000 francs; les soies, bourres de soie et tissus do soie pour 1 million et demi ; les fils de toutes sortes pour 2 millions et demi; les ouvrages en peau et en cuir pourO millions; les peaux proparées pour 0,3; les outils et ouvrages en métaux pour 7,4 dont 700,000 francs de l'étranger; le papier, les livres et les gravures pour 4 millions 9; la bimbeloterie pour 5,1; les savons autres que ceux de parfumerie pour 4,0; les poteries, verres, cristaux, pour 4,5; les machines et mécaniques pour 4 millions et quart, dont 1,200,000 francs de l'étranger; les fontes, fer et acier pour 2,1 ; les meubles et ouvrages en bois pour 3,9; les bois communs pour 5 millions 2; la houille pour 6 millions 3. Parmi les objets d'alimentation, on trouve le café pour 9 millions; les céréales et farines pour 13,5; les gruaux et semoules pour 4 millions; les bestiaux pour 17,7 ; les sucres et vergeoises pour 5,2 ; les vins, chose remarquable dans un pays qui en produit tant, pour 5 millions et demi do francs ; les huiles fines, auxquelles s'applique la même remarque, pour 5 millions; les fromages pour 3,3; les pommes de terre pour 1 ,200,000 francs ; les viandes fraîches et salées pour 1 million et demi ; les graisses pour 1,6; le poisson 1,3; le beurre 1,3 également. On remarque dans les nombres ci-dessus combien l'Algérie importe iU* marchandises qu'elle est censée produire. Ainsi plus de 17 millions de bestiaux venant de l'étranger en 1H94, contre 5,347,000 en 1893. Quant aux vins, ceux qu'on importe sont de qualité autre que ceux qu'on exporte; on parle aussi d'une certaine fraude qui consisterait en ce que les vins exportés de France à destination de l'Algérie