‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 62 sur 222 · ANALYSE DU COMMERCE EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

ANALYSE DU COMMERCE EXTÉRIEUR

jouiraient delà faculté d alcoolisation en franchise jusqu'à 15 degrés et une fois débarqués dans cette colonie seraient coupés pour être réexportés en France; mais cette fraude, si elle existe, parait peu considérable, les frais de double transport et de manipulation devraient la rendre médiocrement rémunératrice. Pendant longtemps encore l'Algérie, exportatrice de blé, demeurera, à cause de Tinférioritéde ses minoteries, importatrice de farines: cela est conforme, au moins tant que notre colonie n*aura pas pris un grand développement industriel, à la division du travail. Depuis l'introduction de notre tarif minimum nouveau, à droits très élevés en 1892, le commerce extérieur de l'Algérie a sensiblement baissé, avec les pays étrangers (1).

I/exportation algérienne se compose principalement de denrées alimentaires et de matières brutes : des vins pour 57 millions et demi en 1894, dont 840,000 francs pour l'étranger; des eaux-de-vie et liqueurs pour 1,600,000 francs; des céréales pour 37 millions, dont 4 millions à l'étranger; des moutons ou animaux de race ovine pour 41 millions et demi ; des bœufs pour 31 millions; des chevaux pour 3 millions; des laines en masse pour 12 millions ; des peaux et pelleteries brutes pour 5 millions et demi ; des joncs et roseaux bruts (alfa) pour 6 millions et demi, entièrement à destination de l'étranger; du phormium ienax^ abaca et autres végétaux filamenteux pour 2,500,000 francs; du crin végétalpour 1,900,000 francs, entièrement pour l'étranger; du liège brut ou en planches pour plus de 5 millions, dont 1,700,000 francs pour l'étranger; des écorces à tan pour 1,960,000 francs, dont 1,100,000 pour l'étranger ; du tabac en feuilles pour 2,800,000 francs et du tabac fabriqué pour 6, 800,000 francs,

(1) Les importations sont, d'ailleurs, très variables, du moins pour certains chapitres; ainsi en 1883 importation des tissus de coton s'était élevée à Ui millions celle des effets à usage avait atteint 7,671,000 francs, cet article flgurait même pour 20,410,000 francs dans les statistiques de l'importation eo 1882 ; les meubles dont l'importation avait beaucoup décru en 188i et en 1883, atteignaient à l'entrée en Algérie la valeur de 7,220,000 francs en 1882; les peaux préparées fleuraient pour 16 millions et demi dans la statistique de la même année. En 1884, les tissus de coton étaient portés pour 16 millions, leâ tissus de laine pour 13 millions 8; ceux de chanvre pour 6 et demi; la fonte, le fer et l'acier pour 15 ; les ouvrages en métaux pour 9. On a vu combien ces chiffres ont décru ; la baisse des prix peut en être, en partie, cause. On sait d'oilleurs, par la note de la page 163, que les procédés d'évaluation des importations et des exportations étaient très défectueux avant 1885. Néanmoins, un recul du commerce extérieur algérien, ou du moins un ralentissement de sou extension, par suite des hauts droits, à partir de 1892, est incontestable.

dont 4,889,001) à destination de Tétranger; des fruits de table pour

2 millions et demi; des légumes frais pour 1,700,000 francs, du poisson pour 3,700,000 francs ; du minerai de fer pour :>, 500,000 (contre 3,100,000 en 1892 et 4,500,000 en 1891), entièrement à destination de l'étranger; de la fonte, du fer et de Tacier pour 800,000 francs; du minerai de plomb pour 350,000 en 1894 (cette exportation avait atteint 1,742,000 francs en 1892 et 2,138,000 en 1891); du zinc pour 125,000 francs; du minerai de cuivre pour 1,600,000 francs; des fourrages pour 1,600,000 francs en 1894; des huiles fines d'olive pour 900,000 francs dans la même année, contre plus de 2 millions et demi en 1892 et plus de 2 millions en 1891, années plus favorisées; des huiles volatiles ou essences pour plus de 770,000 francs; du corail brut pour 1,270,000 francs, etc.

Les objets d'alimentation, non seulement les vins, les céréales, le bétail, mais les fruits et légumes et le poisson, puis les matières premières, les laines et peaux, le tabac, le liège et les écorces à lan, un peu de minerai, surtout celui de fer, puis plus récemment celui de cuivre, forment le gros bloc, on le voit, des exportations algériennes, environ les neuf dixièmes du total. Certains de ces produits atteignaient à l'exportation de notre colonie une valeur beaucoup plus considérable il y a quinze ans, soit que les quantités exportées fussent beaucoup plus fortes, soit que les prix aient depuis beaucoup baissé, le plus souvent pour les deux raisons : ainsi l'Algérie exportait, en 1884, 14 millions et demi d'alfa contre 6 et demi en 1894, 6 millions de liège brut et 3 millions d*écorce à tan ainsi que

3 millions de crin végétal en 1884, contre 5 millions, 1,960,000 francs et 1,1K)0,000 respectivement en 1894; 7 millions et demi de minerai de fer, 1,500,000 francs de minerai de cuivre, 6 millions de minerai de plomb en 1884 contre 2,500,000 francs, 325,000 francs et 1,600,000 francs respectivement en 1894. Le recul a donc été très sensible pour tous les articles qui précèdent, sauf pour le minerai de cuivre, dans les dix années de 1884 à 1893; la baisse des prix parait en être la cause principale, cette baisse étant de 30 à 50 p. 100 sur la plupart de ces articles. Le développement de l'exportation d'un seul article, le vin, a plus que comblé la différence : on n'en exportait que 149,886 hectolitres en 1884 valant 2,906.000 francs; en 1894 on en a exporté quinze fois plus, pour une valeur de 57 millions et demi; en 1892, année plus favorisée par les hauts prix, l'exportation du vin figurait pour 84 millions.

ANALYSE DU COMMERCE EXTÉRIEUR. i69

soit pour plus de 40 p. 100 dans les exportations algériennes.

On voit apparaître modestement en 1894 sur la liste des exportations algériennes un article qui est destiné à un très grand essor, les phosphates de chaux, qui y figurent pour 200,000 francs et qui, si on laisse cette production libre, fournira prochainement une exportation de 7 à 8 millions de francs.

Si l'on veut décomposer le commerce algérien par pays de provenance et de destination des marchandises, on arrive au tableau suivant qui s'applique à Tannée 1884 et à Tannée 1893 et au commerce [général : on y verra que la France était loin d'être maltraitée à la première date, comme le prétendaient les protectionnistes français.

Commerce général de TAlgérie.

en 1884.^ en 1893.

CMtms. laptrUtlM. ri^rbUti. T*UI. UinrUtiM. liHrtalUi. T«UL

milli^rt de miilifr* de millieri de mUliert de milliers de millien de franc». freacn. francs. Iraocs. francs. francs*.

., \ ctiMMatJM... 217.070/,,^.., oa-» mT W^S.OCl 148.414 330.4*6

*'""^^' > «uepéti 33.722 P^^-^^ 367.307 J jj, ^SS - 19.288

Angleterre 16.136 28.075 44.211 7.I9Î) 0.982 17.281

KUU barhareaques... ( , ^ .r« ,. ,„. | 6.912 620 7.523

Tunisie S ^ lo.7bô ^ 4 ,q9 ,9^7 g ^,9^

£«pa^'De 6.115 9.485 .15.601 5.247 4.626 9.K73

Belgique 2.209 2.912 5.122 299 4.069 4.369

lUlîe 1.458 2.810 4.268 879 3.331 4.211

Suède et Norvège. . . 2.095 472 2.568 987 162 1.150

Etals-Uoi» 998 1.075 2073 2.214 5l2 2.726

Kussie 409 1.455 1.864 3.959 999 4.958

PdVi^-Bas 694 1.156 1.850 55 1.117 1.173

Turquie 810 627 1.437 1.108 278 1.386

Colonie» françaises... 1.055 » 1.055 1 1.386 1.387

Autriche * 816 26 872 960 310 1.270

Allemaffue 174 367 541 222 642 865

Portugal 242 193 435 29 103 133

Bifkra » 247 247 «• » «•

Favs divers d'Afrique. »> 180 180 » 99 99

Roumanie UO d 110 417 4 421

Brésil 70 »» 70 • » ••

Origine non justifiée. 40 » 40 *• » »

Grèce » 37 37 2 162 164

Egypte 5 15 21 848 448 1.337

Suisse 13 M 14 0 >» M

Mexique. Chili 8 • 8 » >» »»

Cbiue et Japon » » » » 270 270

Iodes auglaiseïi •» » » >• 7.215 7.215

Indes hollaudaises.. .. » » » 55 570 626

Phihppjnes » n >* » 1.385 1.385

Canada » » » 105 » 105

Houille affectée à l'usage des batf'aux à

vapeur » » » » 3.214 3.214

Total 289.810 175.897 465.708 237.005 192.628 429.638

(I) Si les chiffres des totaux excèdeut la somme des chiffres partiels, cela

Le tableau qui précède est très intéressant à bien des points de vue.

Comme on le voit diaprés les trois premières colonnes-, la France en 1884 n'avait pas à se plaindre, puisque à elle seule elle représentait, si on y comprend les introductions en entrepôts, 86 p. 100 de l'importation et, en négligeant les entrepôts, 80 p. 100 environ de rimportation entrant dans la consommation et que, d'autre part, elle attirait à elle 66 p. 100 de Texportation algérienne. Dans Tensemble du commerce extérieur de l'Algérie fy compris le mouvement des entrepôts), la France participait pour 79 p. 100 en chiffres ronds. On pe pouvait vraiment pas souhaiter une proportion plus forte. En 1884, sur un chiffre d'importation de 64,001,120 livres sterling dans l'ensemble des colonies australasiennes, l'Angleterre n'entrait que pour 31,875,000 livres, c'est-à-dire moins de 50 p. 100; pour un chiffre total d'exportation des mêmes colonies de 54,572,000 livres sterling dans la même année, TAngleterre ne figurait que pour 27,023,000 livres, moins de moitié. Même dans le commerce indien qu'elle a davantage monopolisé l'Angleterre tenait une moindre place que ne le faisait, en 1884, la France dans le commerce algérien. Sur les 68,157,312 livres sterling auxquelles s'élevaient en 1884 les importations totales de l'Inde, l'Angleterre avait fourni 49,7 1 1 ,909 livres, soit 73 p. 100, et dans le chiffre de 89,186,357 livres sterling des exportations indiennes pour la même année l'Angleterre prenait pour elle 37,057,3401ivre8sterlingseulement,ou41 p. 100 (1). C'était une proportion singulièrement inférieure à celle de la part de la France dans lecommerce extérieur de l'Algérie. On eût trouvé difficilement une colonie importante où la métropole tînt une place aussi prédominante en ce qui concerne le commerce.

Il eût été naturel que cette situation se modifiât à la longue dans une certaine mesure par un développement des relations entre l'Algérie et les pays étrangers. En 1884, il n'y avait de commerce un peu important de notre grande colonie africaine qu'avec la Grande- Bretagne (44 millions dont 28 à Texportation) qui lui achetait surtout des minerais et des alfas, puis avec l'Espagne (15 millions) et les Etats Barbaresques pour le même chiffre ; aujourd'hui que la

tient aux fractions de 1,000 francs qui ne figurent pas dans chacun de ces derniers et qui contribuent au total.

(1) Voir le Statistical Abstract foi* the several Colonial and other possessions of the United Kingdom^ 1885, p. 23 à 33.

ANALYSE DU COBIBIERGE EXTÉRIEUR. ITl

Tunisie est devenue une possession française, une partie du commerce de TAlgérie avec les États Barbaresques doit rentrer dans ce que les Anglais appellent le commerce intercolonial . Des relations de quelque importance commençaient à se nouer avec la Belgique (5 millions de francs), Tltalie (4 millions), la Suède et la Norvège ('2 millions), les Pays-Bas et la Russie, chacune 1,800,000 francs.

11 ne faut pas se dissimuler que dans la part de trafic qui revient officiellement à la France une partie représente des importations ou des exportations qui ne font que transiter à travers notre pays ; c'est aussi le cas de l'Angleterre dans ses relations coloniales. Néanmoins, on peut être assuré qu'en réalité la part de la France était, dans les années d'un régime commercial relativement libéral, jusqu'en 189*2, de beaucoup prépondérante dans le commerce algérien, et il est vraisemblable qu'indépendamment même de toute protection douanière la métropole eût pu conserver très longtemps cette suprématie.

A partir de 1892 les tarifs de douane, on le sait, ont été prodigieusement élevés dans la métropole, et ces mêmes tarifs ont été appliqués à l'entrée des marchandises étrangères en Algérie. 11 en est résulté une très forte réduction du commerce de l'Algérie avec l'étranger, surtout en ce qui concerne les importations. En 1884 (d'après le tableau de la page 163) le commerce général de l'Algérie, dépassant 465 millions, se répartissait ainsi : 367 millions avec la France et 98 millions avec l'étranger. En 1893, le commerce général de l'Algérie, montant à 429 millions et demi, se distribuait entre la métropole et l'étranger à raison de 349 millions pour la première et 80 millions pour la seconde ; la décroissance était de 18 millions pour le commerce avec la France, soit un peu plus de 5 p. 100, et de 18 millions également comme chiffre absolu, mais de 18 p. 100 comme taux proportionnel, en ce qui concerne le commerce étranger. La différence apparaît encore comme bien plus forte, si l'on défalque, ainsi qu'on doit le faire, du commerce avec la France, tant en 1881 qu'en 1893, les importations provenant des

(1) On objectera peut-être que ces chiffres ne représeutent pas le commerce absolumeut net de l'Algérie avec lu métropole, parce que les exportations de l'Algérie s'effectuant en France en franchise, il est probable, comme nous le disions plus haut, qu'une certaine portion de marchandises algériennes ne fait que traverser la France à destination de Tétrangcr ; mais il ne s'agit là que de sommes restreintes, à peine quelques millions, et nous u'avous aucun moyen de nous rendre compte de ce mouvement.

entrepôts français, lesquelles consistent en marchandises étran^^ùres venant en Algérie par la voie de France ; le commerce net de l'Algérie avec la métropole, ainsi calculé, atteignait 333 millions en 1884 et celui avec Tétranger 132 millions; en 1893, le commerce net de l'Algérie avec la France montait à 330,476,000 fr., cVst-àdire qu'il était resté presque exactement le même, malgré la très grande baisse des prix dans cet intervalle et quoique Tannée 1893 ait été marquée par une mauvaise récolte de céréales et une récolte à peine moyenne de vin, tandis que le commerce avec l'étranger n'atteignait que 99 millions de francs, au lieu de 132 millions en 1881, ayant ainsi fléchi de 33 millions de francs.

On voit que les tarifs excessivement élevés établis en 1891 ont porté un très grand coup à nos relations entre l'Algérie et les nations étrangères. La décroissance serait encore plus sensible, si au lieu d'examiner le commerce général, importations et exportations réunies, on s'en tenait au commerce spécial et que l'on considérât particulièrement les exportations.

En 1893, le commerce spécial de l'Algérie avec l'étranger n'atteint que 71 millions contre 98 millions en 1891 , avant les nouveaux tarifs. L'importation de l'étranger au commerce spécial n'est que de -10 millions et demi en 1893 contre 50 millions en 1892 et 62 millions en 1891 ; dans cette importation, les objets fabriqués, dont le bon marché serait utile à l'Algérie, tiennent une place restreinte; trois articles : le café, les céréales et les bestiaux, à raison respectivement de 7,851,000 fr., 6,635,000, 5,347,000, représentent environ 20 millions sur les 46 millions d'importations étrangères, soit 44 p. 100. A l'exporta lion, le commerce spécial de l'Algérie avec l'étranger n'est que de 27 millions et demi, chiffre singulièrement faible, en 1893, contre 32,885,000 en 1892 et 36,142,000 avant les tarifs très élevés, en 1891.

I-.es résultats de l'année 1894 marquent un certain relèvement. Le commerce général de l'Algérie monta en cette année à 265, 134,026 fr. à l'importation et à 265,713,285 à l'exportation, ensemble près de 531 millions de francs. Sur ces chiffres, 199,319,000 francs à l'importation et 213,848,300 à l'exportation représentent le commerce avec la France, par conséquent le commerce avec l'étranger se trouve être de 65,814,000 à l'importation et de 51,854,000 à l'exportation, soit 117 millions en tout. Ce sont les bestiaux, farines, café, bois à l'importation, avec 6 millions de francs de houille, puis

Page 1