CHARGE DE L*ALG£RIE POUR LA MÉTROPOLE
pour se plier. Ce n'csl que dans un temps encore lointain et peu à peu que Ton pourra substituer des impôts d'une forme plus européenne à ceux qu'acquittent les indigènes algériens. Cette réforme ne devra s'introduire que par étapes, en commençant par les localités du Tell où la culture se rapprochera le plus de la nôtre : encore conviendrait-il de donner à l'indigène le choix entre la taxation s'appliquant aux Européens et la taxation qui jusqu'ici lui a été propre. Comme les impôts directs qui existent en France demanderaient à la généralité de la population indigène une somme beaucoup moins forte que celle qu'elle acquitte actuellement par les impôts arabes, on comprend que cette substitution puisse être longtemps différée.
De tout ce- qui précède il ressort que l'Algérie, au point de vue iinancier, s'est montrée jusqu'ici très onéreuse pour la France. Notre inexpérience colonisatrice y a beaucoup contribué . On a vu, en effet, que, dans l'année 1895, le déficit du budget civil des finances paraissait monter à 24 millions et demi de francs environ, plus une dizaine de millions pour la gendarmerie et les pensions des anciens fonctionnaires, ensemble 34 millions approximativement, qu'en 1896 et 1897, par des impôts nouveaux et des élévations de taxes et quelques réductions de dépenses, le déficit était diminué de 5 à 6 millions, mais restait au moins de 28 millions. Encore en y ajoutant les subventions de l'Etat aux départements et aux communes, pour les chemins vicinaux par exemple, ce chiffre devrait-il être relevé de 5 à 6 millions peut-être, ce qui le ramènerait de nouveau à 34. Or, 22 à 23 millions de ce déficit sont représentés par le seul chapitre des garanties d'intérêts aux compagnies de chemins de fer, qui eût dû presque absolument disparaître, dès maintenant, si Ton avait adopté pour la construction et l'exploitation les méthodes australiennes et sud-africaines.
Sans ces fautes et un appareil administratif trop analogue à celui de la métropole et trop coûteux, l'Algérie serait arrivée à supporter à peu près toutes ses dépenses civiles; quant aux dépenses militaires, un jour pourra venir, dans 15 ou 20 ans, où elle pourra commencer à en partaj^er le fardeau avec la métropole ; néanmoins, celle-ci ne devra jamais s'en affranchir complètement; il sera bon qu'elle en supporte toujours au moins la moitié.
La fondation d'une colonie est un placement à intérêt lointain et à compensations indirectes : les frais d'établissement sont très
considérables et se continuent pendant des années, normalement durant un demi-siècle ou tout au plus trois quarts de siècle; mais au bout de ce temps, si lafTaire a été bien conduite, la colonie rend largement à la métropole tout ce qu'elle lui a coûté; elle le lui rend» non pas sous la forme d'excédent de revenu qu'elle verserait au trésor métropolitain, mais par l'activité qu'elle donne à l'industrie et au commerce de la mère patrie, par les profits et les salaires qu'elle fournit aux fabricants et aux ouvriers de celle-ci, par les produits nouveaux, meilleurs ou moins chers, qu'elle offre aux consommateurs de la métropole, par le champ d'emploi qu'elle ouvre aux capitaux et aux citoyens, par la propagation de la langue et des mœurs de la mère patrie, par l'élargissement de l'horizon intellectuel de la nation. Il faut ignorer complètement l'histoire pour croire qu'après cinquante ans, sauf l'exception des colonies à mines, des établissements coloniaux puissent être productifs de revenu. La grande et belle île de Cuba, qui fut longtemps le joyau de l'Espagne, ne vivait qu'à force de subsides jusqu'à la fin du dernier siècle. La Virginie, le Maryland, la Pensylvanie et les autres belles provinces de l'Union américaine ont ruiné en général leurs fondateurs propriétaires. La première vertu colonisatrice est la longue persévérance. Il n'est donc pas étonnant que l'Algérie nous coûte les frais d'entretien de l'armée ; il est regrettable , toutefois , qu'il faille encore y joindre des subsides pour les services civils (1).
(1) Dans un leading article du numéro du 12 septembre 188 !,• le Times parlant de la publication du dernier volume des Rolls Calendar of State Papfv.f^ lequel concerne les affaires coloniales de 1G25 à 1629, s'exprime ainsi : « Si le «< résultat ûoal obtenu encourage à la persévérance dans les affaires coloniale?» « les commencements, tels qu'ils sont détaillés dans ce livre, de nos entreprises c( en Asie, destinées à une (in si triomphante, nous avertissent d'une manière c plus significative encore de la patience infinie nécessaire pour le succèf:. Nau- « frages et mésaventures sur mer, collisions avec Tautoritô métropolitaine^ u mécontentement parmi les agents et les collègues, luttes avec des princes « barbares ou semi-barbares, furieuses jalousies avec les États européens com- <( merciaux rivaux : voilà ce qui remplit toute cette énorme compilation de « 8G0 pages. M. Noël Sainsbray, en dépouillant la multitude de rapports qui « sont à la garde du Masler of the Rolls (conservateur des Archives), et <c qui rendent compte de la pose des bases de notre empire de l'Hindoustan, adù «< souvent répéter l'exclamation du poète romain sur l'immensité de l'œuvre qui c( consiste à établir une race sur un sol étranger (Tautx motis erat Romanam u condere gentem!). Pendant plus d'un siècle au delà des années qui sont com- « prises dans ce volume, il n'y avait aucune certitude apparente de l'établisse- « ment d'un empire britannique aux Indes. Sous le roi Charles I«^ TAngleterre. « bien loin d'être le plus puissant, pouvait être considérée comme le plus faible n des trois compétiteurs apparents pour le commerce de l'Est. Politiquement,