DE LA RÉFORME DES BUDGETS ALGÉRIENS
Soixante-sept ans après le débarquement de l'armée française à Sidi Ferruch, l'heure serait venue où il conviendrait de borneraux dépenses militaires pures (gendarmerie déduite) les sacrifices de la France. On y parviendrait en introduisant une méthode judicieuse dans les travaux publics, dans le régime administratif, et en recourant à quelques taxes peu oppressives. On s'en est beaucoup occupé depuis une dizaine d'années, mais non toujours avec assez de discernement et de suite.
Le gouverneur général Tirman, dans son discours d'ouverture à la session du conseil supérieur de novembre 1886, traçait tout un vaste et séduisant programme. C'était une combinaison qui reposait sur la progression constante, jusque-là observée, dans les recettes algériennes. 11 se plaignait de « la parcimonie avec laquelle les crédits sont mesurés à l'Algérie ». Le remède, selon lui et suivant le conseil supérieur, consistait en ce qu'une quote-part, à déterminer, des produits et des revenus de l'Algérie fût affectée aux dépenses intéressant la colonisation.
Cette formule a besoin d'explication, car il semblerait d'après ces mots que l'Algérie versât au trésor français une sorte de tribut dont celui-ci ferait profiter la métropole, ainsi que s'engraissaient naguère le trésor hollandais et le trésor espagnol aux dépens de Java et de Cuba. Or, nous avons vu, d'après les documents budgétaires français, qu'il est loin d'en être ainsi, et que, au contraire, c'est le trésor métropolitain qui, chaque année, paye pour l'Algérie, en dehors des dépenses de l'armée, 30 à 35 millions de plus qu'il ne reçoit de cette contrée.
La pensée du gouverneur général et du conseil supérieur s'explique par le paragraphe suivant : « Ainsi que vous le savez, les dépenses « civiles à la charge du Trésor, en Algérie, se divisent en deux
« TEspagnc et le Portugal conservaicut an droit traditionnel à la suprématie.
« Gommercialement, rÀngleterre venait bien après la Hollande » Ces ligues
sont bonnes à citer; les sacritices financiers et militaires pour l'établissement d'une colonie doivent s'étendre sur une très longue période. Quand il s'agit d'une terre vacante comme rAustralic, ils peuvent parfois cesser au bout d'un quart de siècle ou d'un demi-siècle. Lorsque, au contraire, la terre à coloniser est peuplée de tribus à demi barbares, comme l'Algérie ou le sud de l'Afrique, les sacrifices à faire par la métropole pour les dépenses civiles peuvent encore cesser au bout d'une cinquantaine d'années, parfois même bien auparavant, comme ce sera le cas en Tunisie ; mais les ft'ais d'oecupatioa militaire doivent se prolonger beaucoup plus longtemps ; dans notre opinion même, la métropole y doit toujours participer largement, pour la moitié par exemple, si elle veut maintenir sa souveraineté indiscutée.
« grandes catégories : celles qui sont effectuées par les services anif ciennement rattachés, et celles qui ressortissent au gouvernement « général. Parmi ces dernières, les unes s*appliquent à Tadministra- « tion générale de la colonie ou au fonctionnement des régies « financières, les autres sont les dépenses productives, c'est-à-dire « celles qui se traduisent par un accroissement du capital du pays « (travaux de colonisation proprement dite, voies de communica- « tion, ports, hydraulique agricole, etc.). Ce sont les seules que vise « le projet. Ces dernières dépenses s*élèvent en chiffres ronds à « 13 millions, somme qui représente sensiblement le tiers des pro- « duits et revenus de TAlgérie. C'est donc au tiers des recettes que « je proposerais de fixer la dotation des travaux d'intérêt colonial. » Comptant sur ce tiers des recettes assuré, le gouvernement de l'Algérie contracterait des emprunts et les ministères métropolitains, s'ils se trouvaient à Tétroit avec les deux autres tiers pour pourvoir aux services dont ils sont chargés dans notre colonie, puiseraient plus amplement pour combler le déficit des services algériens dans le budget français.
Cette combinaison, dans Tétat des finances françaises, ne parait pas acceptable. Elle est, du reste, factice et trompeuse en faisant croire à des excédents qui n'existent pas dans les finances algériennes. La vraie méthode consisterait à faire cesser la confusion que Ton a établie depuis quelques années entre le budget de l'Algérie et h; budget de la France On s'en est occupé depuis quelque temps et, sans renoncer encore complètement à la fatale et coûteuse méthode des rattachements des divers services algériens aux ministères métropolitains correspondants, on a du moins fait, à la fin des budgets, une nomenclature générale des dépenses et des recettes algériennes. Ainsi, quoiqu'il n'y ait pas de budget de l'Algérie à proprement parler, objet d'une vote formel et spécial, il y a des tableaux des dépenses et des recettes de cette colonie, dressés à titre de renseignements. Ces tableaux ont fait ressortir les déficits algériens, et on a fait de grands efforts, notamment dans les budgets de 1896 et de 1897, pour y mettre un terme, en se proposant comme but de restreindre les sacrifices de la France en Afrique au simple entretien de l'armée (gendarmerie comprise) et aux pensions civiles.
Les tableaux concernant l'Algérie au budget de 1896 portent les dépenses au chiffre de 72,039,405 francs et les recettes au chiffre de 52,849,929francs;ledélicitne dépasserait guère 19 millions de francs;