‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 76 sur 222 · DE U RÉFORME DES BUDGETS ALGÉRIENS · texte numérisé non relu

DE U RÉFORME DES BUDGETS ALGÉRIENS

«omme le service de la garantie d'intérêts aux chemins de fer figure -dans ces sommes pour 22 millions et demi, on voit que ce déficit tient uniquement à Tabsurde régime de construction et d'exploitation <les chemins de fer ; néanmoins, il ne faut pas oublier que la gendarmerie et les pensions aux anciens fonctionnaires algériens viennent grossir d'environ 10 millions ce déficit de 19 millions et le porter a 29 ou 30 millions.

On a fait beaucoup d'efforts pour le supprimer, mais en s'appliquant plus, et non pas toujours avec beaucoup de sens, à l'accroissement des recettes qu'à la réduction des dépenses. C'est ainsi que l'on a sensiblement, en 1896, augmenté, sans discernement, le fardeau des droits de douane et des taxes indirectes algériennes. Sous prétexte d'assimilation douanière entre l'Algérie et la France on a appliqué aux navires étrangers en Algérie la loi du 30 janvier 1872 ■sur les droits de quai, ce qui risque de diminuer, dans des proportions sensibles, le trafic des ports de notre colonie, notamment du port d'Alger (voir plus haut, page 176). On a relevé, ce qui est beaucoup plus justifié, de 20 à 40 francs les droits sur les sucres bruts français, et de 31 à 42 francs ceux sur les sucres raflinés; les sucres étrangers ont été aussi surtaxés; diverses autres denrées coloniales, le poivre, le piment, la cannelle,- la vanille, ont vu leurs droits tripler ou quadrupler, de manière à payer les deux tiers des droits que ces denrées acquittent dans la métropole. Le gouvernement proposait de porter le droit sur le café de 31 à 104 francs; mais la commission du budget s'y est opposée, quoiqu'il dût en résulter une plus-value de 2 millions et demi environ, la consommation du café montant à 3,727,000 kilogrammes; on a craint de trop grever une denrée d'un usage habituel chez les indigènes. La surtaxe d'entrepôt a été aussi appliquée à la colonie. Comme compensation partielle on supprimait les droits de statistique et de quai dans les échanges entre elle et la France, mais on les relevait, ce qui était maladroit, pour les navires étrangers et les marchandises étrangères. De tout cet ensemble de mesures devait résulter une' augmentation réelle de 1 ,078,000 francs.

On s'est proposé de recueillir des sommes plus considérables par la révision et l'accroissement des taxes sur l'alcool. Déjà en 1892 cette •denrée avait été assujettie à un droit de 30 francs, venant s'ajouter à 50 francs, perçus pour roctroi de mer; le premier droit a été porté à 75 francs; c'est la moitié environ du droit qui frappe actuel-

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lement (1890) la même denrée en France et qui est de 156 fr. 25; mais, d'autre part, l'alcool subit en Algérie une surtaxe générale de 50 francs, dite octroi de mer, qui grève tout aussi bien les alcools fabriqués dans le pays que ceux importés ; le droit lotal monte donc à 125 francs, réparti entre TEtat et les communes. Les liqueurs, absinthes, vermouth, etc., ont été astreintes, en plus de ces droits, à une surtaxe spéciale. Des mesures ont été prises, d'autre part^ pour restreindre la fraude en assujettissant la circulation des alcools et liqueurs à diverses formalités. L'ensemble de ces mesures sur Talcool et les liqueurs est supposé devoir rapporter un surcroît de recettes de 2,715,000 francs ; de sorte que, avec le relèvement des droits de douane, il a été établi en 1896 pour 3,793,000 francs de taxes nouvelles en Algérie.

Ces mesures ont provoqué une vive opposition de la part d'une partie de la population européenne, notamment des distillateurs. On ne peut dire, cependant, étant donné le déficit chronique et considérable des finances algériennes, une vingtaine de millions déclarés et en réalité avec la gendarmerie, les pensions et les subventions locales, 30 à 32 millions, qu'elles soient excessives. L'alcool et surtout l'absinthe sont des denrées qui constituent une excellente matière imposable, encore plus dans les pays chauds que dans les pays froids. La consommation moyenne des deux années 1893 et 1894 a été de 45,000 hectolitres d'alcool pur, de 6,000 hectolitres d'absinthe et de 26,000 hectolitres d'autres liqueurs (1). Si l'on considère le petit nombre des Européens et la faible mesure dans laquelle les autres éléments de la population participent à cette consommation, on doit considérer ces chiffres comme élevés. L'alcoolisme et encore plus l'absinthisme sont les maux qui menacent le plus la race européenne en Afrique. On arrive, par un calcul ingénieux, quoique hypothétique, à trouverqu'un consommateur algérien moyen consomme environ 8 litres d'alcool pur par an, soit le double de la consommation moyenne en France. M . Burdeau, auquel on doit ce calcul, comptait comme consommateur moyen chacun des habitants européens, militaires compris, chacun des Israélites et dans ce dernier cas c'est une exagération flagrante ; il admettait que chaque indigène résidant dans une commune de plein exercice pouvait compter pour un huitième de consommateur moyen et chaque indigène résidant dans une commune

• (1) Rapport de M. Cochery sur le budget de 18S6, p. 159.

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