LB CRÉDIT. — LA BANQUE D'ALGÉRIE
pcenne beaucoup plus considérable clans la colonie que dans la mère patrie. Gela s'expliquait par trois circonstances : l'esprit d'entreprise tient toujours plus de place dans un pays neuf que dans une vieille contrée depuis longtemps assise; puis les 3,200,000 indigènes ^aujourd'hui l millions) contribuaient, comme producteurs et comme consommateurs, au développement des échanges.
La Banque de l'Algérie fut longtemps prospère : elle a pu distribuer, en 1883, à chacune de ses iO,000 actions de 500 francs, un dividende de 103 francs, dépassant 20 p. 100; depuis lors, sous l'influence de circonstances que nous exposerons plus loin, et de la nécessité de faire des amortissements et de forlilier les réserves, le dividende a diminué; pour l'exercice l885-8t), il était de 82 fr. 47 ou I() p. 100 nets d'impôts : il a fléchi graduellement au taux très bas de 17 fr. 50 pour 1895-9G. Dans les années de 1880 à 18110, la Banque de l'Algérie avait exagéré ses prêts; elle avait trop encouragé les plantations de vignes et les autres entreprises immobilières; ses effets de commerce, objets, pour un grand nombre, de renouvellements fréquents, couvraient des prêts à très long terme; ainsi estelle tombée dans des embarras graves; à partir de 1880, comme on le voit dans le tableau de la page 221, elle a dû réduire considérablement ses escomptes pour éviter une catastrophe ; mais sa situation n'en reste pas moins difficile, parce qu'elle a enfreint les règles qui s'imposent à une banque de circulation et de dépôts; elle n'est pas seule, d'ailleurs, à avoir commis cette faute, car les banques australiennes s'en rendirent aussi coupables, ce qui amena la plupart d'entre elles à susprendre leurs paiements en 1893 (I). La Banque de l'Algérie aura pu, tout au moins, échapper à cette catastrophe; mais elle procède, depuis 1892, à une sorte de travail de liquidation intérieure et volontaire, sans suspendre ses opérations; elle a un domaine immobilier, qui lui est échu par l'insolvabilité de ses débiteurs, porté à son bilan pour 12 millions de francs et qui, en 189() seulement, grâce à la hausse des prix du vin, est parvenu à lui produire 600,000 francs de revenu, mais dont la réalisation dans de bonnes conditions serait presque impossible. En outre, dans son portefeuille d'effets, qui monte à une centaine de millions, et dans ses participations on considère qu'il y a beaucoup
(1) Sur les règles qui 8'imposeDt aux banques de circulation et de dépôts, voir notre Traite théorique et pratique d'économie politique (2* édition, 1896, t. m, p. 413 à G93), de même pour les banques australiennes.
de sommes qui ne pourront rentrer; si donc on est à peu près assuré d'éviter une catastrophe, on ne sait si la Banque d'Algérie pourra rester investie de son privilège.
La Banque de l'Algérie est, en principe môme, l'objet de nombreuses attaques. On lui reproche d'escompter à deux signatures, au lieu de trois comme le fait la Banque de France ; c'est là évidemment un avantage direct pour le commerce, mais on allègue que la concurrence devient impossible aux banquiers privés, qui no jouissent pas du droit d'émission de billets, et qui se trouvent réduits à escompter le papier mauvais ou douteux, celui dont la Banque d'Algérie ne veut pas. Il y a peu de chose de fondé dans ce grief, comme on le verra plus loin; en tout cas, le remède no serait pas dans le retour aux trois signatures obligatoires, système qu'ont abandonné la plupart des grandes banques récemment créées, notamment celle de l'Empire allemand. Les mesures qu'il eût convenu de prendre pour faciliter le développement du crédit, c'eût élé la liberté des banques, le droit pour elles, sous certaines conditions, qu'on eût pu faire rigoureuses, d'émettre des billets payables au porteur et à vue. C'est ce régime qui a tant contribué au développement de l'Kcosse et de l'Amérique. Quand une contrée est jeune, affranchie de tous antécédents et de tous liens tenant aux habitudes, aux préjugés ou aux droits acquis, il est déraisonnable de l'assujettir au formalisme et aux restrictions du vieux monde.
On critique aussi, dans la Banque de l'Algérie, le solde considérable de sa dette envers le Trésor, ce qui la met à la discrétion de ce dernier; au 29 février 18%, elle était redevable de plus de 42 millions au Trésor public : les colons se plaignent, ce qui en soi n'a guère d'importance, de ce que les billets de la Banque de France et ceux de la Banque d'Algérie n'aient pas simultanément cours dans les deux pays. Il s'est ainsi formé depuis quelque temps un mouvement d'opinion pour la fusion de la Banque d'Algérie avec la Banque de France. Ce courant centraliste qui a longtemps dominé et la faveur dont a joui la formule de l'assimilation des institutions algériennes aux institutions métropolitaines donnaient certaines chances de prévaloir à cette idée de fusion. Mais la Banque de France s'y est, avec raison, énergiquement opposée. La fusion de ces deux établissements ne serait qu^une solution boiteuse; bien mieux aurait valu établir dans notre colonie la liberté réglementée et contrôlée des banques d'émission. A l'heure actuelle (1896), à la