LE CRÉDIT. — SOCIÉTÉS DIVERSES
foncier d'Algérie fait, en outre, des opérations de Banque dans la colonie; il a un portefeuille moyen de '20 à 25 millions de francs et un ensemble de dépôts d'égale somme.
Le taux de l'intérêt des prêts fonciers est élevé et varie de 5 à 7 p. 100, le premier étant exceptionnel et celui de 6 pouvant être considéré comme moyen ; c'est, d'ailleurs, h peu près le taux des prêts eflcctués par le Crédit foncier Franco-(]anadien. Les risques sont considérables : il résulte des annexes publiées à la suite du rapport à l'Assemblée générale annuelle que plusieurs des propriétés expropriées, pour insolvabilité du débiteur, n'ont pas trouvé preneur à la moitié ou même au quart de la somme prêtée, 11 en est souvent ainsi dans les colonies, surtout pendant la première période de leur développement. On a accusé le Crédit foncier et agricole d'Algérie, ainsi que la Banque d'Algérie, d'avoir ruiné la colonie par des prêts exagérés qui ont développé outre mesure la spéculation agricole, notamment les plantations de? vignes. 11 y a beaucoup d'exagération, avec un peu de vérité, dans ces critiques; ces deux établissements se sont eux-mêmes compromis, non d'une manière définitive, toutefois, du moins pour le Crédit foncier d'Algérie; ils auraient été bien plus loin s'ils avaient cédé complètement aux désirs des colons et de leurs représentants.
Pour résumer l'ensemble des opérations de crédit en Algérie, nous empruntons à un document officiel le tableau suivant {Exposé de la situation générale de l'Algérie^ 181)6, page 339) :
Opérations de banque faites par les Sociétés de crédit pendant
r exercice 1893-1894.
Francs.
Banque de l'Algérie 507,876,007
Compagnie algérienne 380,453,639
Crédit foncier et agricole d'Algérie 205,930,Î02
Crédit lyonnais 163,294,718
Comptoirs d'escompte et caisses agricoles 114,790,911
Le crédit a toujours été largement ouvert, même pendant les embarras récents (189'2-18î>0), aux colons algériens, mais il leur revenait cherjO à 7 p. 10(), ce qui était un frein. Dans la première édition de cet ouvrage, en 1887, je m'exprimais ainsi : « 11 se rencontre à l'heure actuelle, dans ce pays, très peu de fortunes solidement
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assises : Ja plupart des grands et des moyens propriétaires entreprennent bien au delà de leurs forces : ils acquièrent des propriétés de 1,000 hectares, parfois de 2 à 3,000, quand leurs capitaux ne suffiraient pas à mettre en valeur 100 ou 200 hectares. Ils créent des vignobles avec les espérances les plus illimitées ; souvent, ils les établissent d'une façon rudimentaire, sans défoncement, sans animaux pour l'entretien. Il me tomba sous les yeux cet hiver (1887) un prospectus d'une compagnie marseillaise ayant créé une demidouzaine de vignobles épars dans la vallée de la Seybouse et sollicitant des capitaux pour achever son œuvre : les naïfs ou insouciants rédacteurs de cet appel au crédit avouaient que, sur tel de leurs vignobles, ayant une centaine d'hectares plantés, il ne se trouvait pour tout cheptel qu'une demi-douzaine de bêtes de trait ; on alléguait comme raison que la terre était tellement bonne qu'il avait été inutile de la défoncer et qu'après un labour superficiel on s'était contenté de faire des trous pour mettre les plants. D'autres, tout en défonçant, n'ont pas assez de capitaux pour construire les caves ou chaix et pour acheter la vaisselle vinaire. Si la vigne doit enrichir beaucoup de propriétaires algériens, il est à craindre qu'elle n'en ruine presque un égal nombre. Au moment où j'écris (1887) on peut presque dire que le tiers ou la moitié des propriétés importantes de l'Algérie est à vendre, parce que leurs propriétaires se sont lancés dans des entreprises lentes, tardivement rémunératrices, en les ébauchant seulement et, malgré leurs recours au crédit, en n'ayant pas la force de les mener jusqu'à terme.
« Dans un recueil semi-officiel, V Algérie agricole (livraison de la seconde quinzaine de janvier 1887), un colon expérimenté, M. le docteur Louis Gaucher, d'Aïn-Temouchent, écrivait le passage suivant, qui est caractéristique :
« La question du crédit agricole a fait un pas en avant en ce sens que l'on admet aujourd'hui, sans contestation, que le taux de l'intérêt du capital prêté à l'agriculture est réellement trop élevé. Nous avons entendu parler d'un projet de prêt d'un capital considérable, à 3 p. 100, lequel serait transmis à l'agriculture, moyennant une augmentation de 2 p. 100. Eh bien, je regrette de le dire encore une fois, l'agriculteur d'Algérie ne peut payer 5 p. 100, taux encore trop élevé. Il a été question de 30 millions à répartir entre les trois provinces. Cette combinaison, à notre avis, n'est pas bonne à cause de l'insuffisance du capital; la mise en culture du Tell algérien