PREFACE. XXV
sons perdre de richesse dans ces pays inconnus, et qu'il nous fit sentir quels devoirs nous avions à remplir envers la civilisation.
Coloniser est le plus vaste problème qu'un peuple puisse se proposer. Il ne suffit pas d'envoyer des émigrants dans un pays nouveau; il faut transformer cette terre sauvage et malsaine tant que la main de l'homme n'y a point touché. Il faut des ports, des routes, des chemins de fer, des fontaines, des écoles, des mairies, des hospices ; il faut des capitaux, des banques; il faut une police qui donne la sécurité; il faut surtout une administration qui n'enserre pas, dans l'étroit réseau de la centralisation, des colons, c'est-ù-dire des hommes hardis qui ont quitté le sol natal pour vivre par l'esprit d'entreprise et d'aventure. Voilà les questions que Jules Duval a traitées : ce sont les questions fondamentales de l'économie politique et de la politique. Et, en effet, établir une colonie, c'est tout un gouvernement à fonder; que dis-je? c'est toute une société à créer.
L'Algérie n'était pour Jules Duval qu'un exemple proposé aux Français, afin de leur rappeler que leurs pères avaient eu autrefois le goût de la colonisation. Le Canada, l'Ile de France, Saint-Domingue, sont là pour prouver que dans ses beaux jours la France a su porter son génie au delà des mers. De cette fortune évanouie il ne nous reste plus que des débris : la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, le Sénégal, etc. Ces dernières épaves, Jules Duval les défendait avec une ardeur toute patriotique, il voulait relever par la liberté ces colonies trop dédaignées. Il demandait pour elles comme condition de progrès des élections municipales, l'élection des conseillers généraux, une représentation politique, le suffrage universel. Voilà ce qu'il réclamait en 18G9, voilà ce