‹ L'Algérie et les colonies françaisesChapitre 15 sur 30 · I. .\i.(}ERii · texte numérisé non relu

I. .\i.(}ERii

lorsqu'un salairo gagné au service d'aiitrui, un fermage ou un métayage, auront procuré au travailleur cette modeste épargne. La colonisation par la misère a trop coûté k l'État, elle a trop accumulé de ruines, trop excité de plaintes amères, trop discrédité l'Algérie, pour qu'on doive être tenté de recommencer. Elle est pour toujours condamnée.

Dans ce rapide examen d'une question très-complexe, nous avons dû laisser dans l'ombre beaucoup de détails secondaires et cependant bien importants. Suspendra-t-on toute concession en attendant le jour, éloigné peut-être encore en raison des lenteurs administratives, de la vente des terres ? Ce dernier principe une fois adopté, l'appliquera-t-on seul ou maintiendra-t-on l'autre en concurrence ? Admettra-t-on les indigènes au même titre que les Européens, et les étrangers sur le même pied que les Français? Imposera-t-on aux acquéreurs, sous forme d'impôt ou d'obligation, quelque charge qui garantisse la culture et le peuplement du sol ? Fixera-t-on des limites extrêmes de maximum et de minimum aux concessions ? Quelle sera l'étendue normale, le type cadastral de chaque lot ? Laissera-t-on toute liberté pour la fusion ou le morcellement des lots ? L'administration se réservera-t-elle seulement l'emplacement des villages pour les services publics, ou bien continuera-t-elle, comme par le passé, de construire ou de faire construire des villages de toutes pièces ?

Entre bien d'autres, voilà quelques questions : pour les traiter, nous aurions à faire nous-même une brochure, au lieu d'analyser simplement celle de M. Jules Touzet^, à l'occasion de laquelle nous avons pris la plume. Contentons-nous de poser en principe que les solutions les meilleures seront les plus simples, les plus libérales, celles qui fixeront le plus vite la propriété dans les mains de l'acquéreur, celles qui effaceront davantage l'intervention de l'autorité dans la culture, et laisseront le plus de liberté ;\ l'initiative des colons. L'administra-

AMKNATION DKS TKHUKS. 51

lion devra l)ion se jicrsiuulcr en oiilro (ju'il ne s'agit pas d"un essai à faire. L'expérience de la vente des terres pour développer la colonisation est toute faiti; depuis longtemps et sur la plus grande échelle, en Ainéi'ique, en Afrique, en Australie. Si elle échouait en Algérie, cela prouverait seulement qu'on s'y est mal pris ou qu'on n'a pas poursuivi le succès assez résolument. Ajoutons enfin en terminant qu'une éclatante publicité sera nécessaire. Restreinte à l'horizon d'une province ou même de l'Algérie, ne faisant appel qu'à une population peu nombreuse et dépourvue de capitaux, elle manquerait son effet, comme il est arrivé précédemment dans quelques ventes isolées. Le gouvernement français devra, par ses organes officiels, informer l'Europe entière, et longtemps d'avance, de l'ouverture des ventes, et inviter les populations à venir prendre leur part d'un sol libéralement ouvert à toutes les races, à tous les cultes, à toutes les carrières du travail.

Avril 1856.

Aliénation des terres [suite).

L'administration de l'Algérie vient de faire un premier essai de la vente des terres domaniales, qui a été couronné d'un plein succès. Le 16 juin a eu lieu, dans les bureaux de la préfecture d'Alger, sous la présidence du préfet du département, l'adjudication de 424 hectares de terre situés dans la plaine de la Milidja. Le nombre des concurrens était si grand que la salle ordinaire n'a pas pu suffire, et l'on a dû y procéder dans une pièce plus vaste. Les lots ont été littéralement enlevés. Mis à prix au taux moyen de 50 fr. l'hectare, ils ont été adjugés au taux de 101 fr. à la criée des enchères.

52 l'algéuie.

Ce résultat confirme en entier ce que nous disions naguère, à propos d'une brochure sur ce sujet, de la supériorité des ventes sur celui des concessions directes. Ce résultat doit inspirer d'autant plus de confiance que, à titre de premier essai, le cahier des charges était empreint de plusieurs imperfections qu'il sera aisé de faire disparaître ù l'avenir.

Mais il consacrait les principes essentiels : la vente pure, simple et définitive sans aucune condition, le paiement du prix en capital et en trois termes, la libre disponibilité de l'immeuble. Ce sont les mêmes principes qui procurent avec une merveilleuse rapidité le peuplement et l'exploitation des terres aux États-Unis; ils ne seront pas moins efficaces en Algérie.

Aussi peut-on dire que, sous des auspices modestes et peu retentissants, commence une ère nouvelle pour la colonisation de l'Algérie. C'est le premier pas dans une voie nouvelle, destinée, puisque le succès l'a consacrée, à remplacer les concessions directes contre lesquelles s'élèvent, nous l'avons dit récemment, de nombreuses et graves critiques. Le cahier des charges répondait par son caractère simple et son esprit libéral à ce que l'on devait attendre d'une étude sérieuse et impartiale de la question ; aussi convient-il d'en signaler les principales dispositions.

La surface vendue est divisée en quatorze lots de 25 à 40 hectares. Les immeubles sont aliénés francs de toutes rentes, hypothèques, redevances ou prestations foncières. Aucune obligation de construire, de cultiver, de planter, etc., n'est stipulée. La mise à prix, fixée en capital, roule sur une moyenne de 50 fr. l'hectare. Le prix est payable en trois annuités et pro* duit intérêt pour les deux dernières. A dater de l'approbation ministérielle de la vente, les adjudicataires acquerront la pleine et entière propriété des immeubles. S'ils ne paient pas aux échéances, les détenteurs du sol, les acquéreurs intermédiaires et les créanciers hypothécaires sont admis à

Page 1