ALIÉNATION DES TERRES
après avoir fait le voyae;o d'Afrique pour prendre pari au\ fuchôrcs,ontdùs'cn relourncrmécoiUents et les mains vidfs, après des dépenses assez lourdes, faute d'un nombre suflisaut de lots aliénés. C'est là un fâcheux précédent, dont le retour ferait mal augurer de la bonne volonté de l'administration et nuirait gravement à la colonie.
Ces exemples constalent enfin que la concurrence des indigènes est un épouvantail dont il n'y a pas à s'inquiéter. Malgré les vœux fort peu déguisés de quelques fonctionnaires appartenant à l'armée, un seul acquéreur indigène a pu emporter un seul lot. Si, à Blida, une des fermes vendues a été achetée par un Israélite indigène, il n'y a dans ce retour du peuple d'Israël à la culture du sol qu'un progrès à encourager. Exclus de la propriété communale des tribus arabes, les juifs ont droit à être accueillis de bon œil comme colons civils. Leur intelligence et leurs capitaux appliqués à la colonisation lui seront d'un précieux concours.
Le prix de vente des terres de l'Habra, quoique supérieur de 32 fr. par hectare au prix obtenu l'an dernier dans la même zone, est loin d'être exagéré; il représente à peine le revenu net d'une année de culture. Il est ce qu'il doit être ; et les acquéreurs ont si bien mesuré leurs offres à la valeur du sol, que certains lots ont vu leur mise à prix à peine dépassée, tandis que sur d'autres elle a monté de 15 et 1,600 fr. à 9 et 10,000 francs.
Il y a néanmoins à considérer sérieusement que la popularité croissante du sol algérien, si elle devait toujours se heurter contre des surfaces aussi restreintes, provoquerait une hausse regrettable dans les prix. L'administration n'aura garde, nous l'espérons, de s'égarer dans une spéculation de mauvais aloi , qui a déjà été fatale à la colonisation dans ses origines, sans être lucrative au Trésor. La terre à bon marché doit être la devise d'un gouvernement intelligent, et pour qu'il en soit
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loLijoiu's ainsi, l'offre des terres doit se développer proportionnellement à la demande.
Un tel vœu est bien aisé à satisfaire, puisque, d'après les déclarations officielles, le domaine de TÉtat comprend, dans le Tell seulement, 5 à 6 millions d'hectares, dont une partie est tous les jours aliénée sous forme de concessions. Pourquoi donc serait-il plus difficile de vendre les terres que de les donner?
On s'exécute parfois, mais non de très-bonne grâce. C'est ainsi que, même dans la plaine de l'Habra, un certain nombre de parcelles ont été réservées par l'autorité locale pour être vendues de gré à gré à des colons bien méritants, au prix moyen qui résulterait de l'adjudication. .Attribuée au désir de sauvegarder les intérêts d'anciens fermiers qui avaient exécuté des travaux utiles, cette mesure semble digne d'éloges; elle ne l'est qu'à demi. Aux États-Unis, ce n'est pas une faveur, c'est le droit même de préemption qui a été consacré au profit des. précédents possesseurs. Le public algérien suppose, non pas toujours à tort, que les plus dignes sont rarement les plus habiles et les plus heureux h. faire valoir leurs titres, et l'on s'attend à voir cette réserve territoriale détournée de sa destination. Si l'on n'avait en vue que de protéger les travaux accomplis, la méthode américaine était de tous points préférable. Le ministre de la guerre refuse, assure-t-on, de sanctionner ces petits calculs de localité, et entend que tous les lots de l'Habra soient livrés aux enchères : nous ne pouvons qu'applaudir à cette détermination.
Que la direction de l'Algérie y avise sérieusement ! En même temps que les intérêts du pays, ses propres intérêts, de l'ordre le plus délicat et le plus élevé, sont en jeu.
Craignant de voir finir bientôt le régime des faveurs, les solliciteurs se pressent d"eni[)orter tout ce qu'ils [)euvent obtenir de la bienveillance des fonctionnaires. Ceux-ci, de leur
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côté, s'empressent d'accomplir louL h; bien qui dé[)ond encore d'eux. Jamais les concessions ne furent aussi multipliées qu'aujourd'hui, où leur valeur vénale est devenue maniiesle. Réilécliil-on bien que, par chaque 20,000 hectares concédés (à peu près la part d'une année), c'est 2 millions de francs environ qui échappent au Trésor public au proiit de quelques privilégiés?
Le gouvernement de l'Algérie peut sans doute continuer de tels errements. Il en a le droit strict; il en a le pouvoir. Mais dans une voie aussi funeste, il soulèvera, qu'il le sache bien, les protestations unanimes de la raison et surtout de la conscience publique, dont les observations de la presse, tant en Algérie qu'en France, ne sont que la traduction bien affaiblie.
Juin 1857.
Décret sur la décentralisation.
Le décret du 30 décembre sur la décentralisation administrative en Algérie, n'introduit pas seulement des règles nouvelles dans la conduite des affaires civiles de cette possession française. Par son principe et par ses détails, surtout par le rapport ministériel qui le précède et en explique l'intention, ce décret est un témoignage en faveur du régime d'assimilation progressive de la colonie à la métropole. « On pourra dire avec plus de vérité encore que l'Algérie est bien la continuation du territoire de la France, » telles sont les expressions de M. le maréchal Vaillant : déclaration oificielle qui imprime à ce document un caractère politique dont il convient d'apprécier la portée actuelle et les promesses plus lointaines.
Deux tendances contraires ont partage, chacun le sait, les esprits, et les meilleurs esprits, au sujet de la direction supérieure à donner au gouvernement des affaires algériennes. Les uns réclamaient l'annexion pure et simple, avec toutes ses conséquences politiques, administratives, commerciales. L'ancienne régence d'Alger eût été un tleuron ajouté par la conquête à la couronne de France, comme le furent en d'autres temps l'Ai-
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sacc, la Franclic-Coinli'!, la Flaiidi'c, le Koussillon, pour ne parler que des plus récentes acquisitions. Quelques exceptions locales ou temporaires auraient suffi à la première organisation des populations cmigrantes et à la surveillance des races indigènes. Divise en départements, soumis au droit commun, le nouveau territoire eût véritablement continué le territoire français. La Méditerranée, pensaient les partisans de ce système, n'y saurait mettre obstacle. Bien que séparée de l'Angleterre par le canal de Saint-Georges, l'Irlande ne fait-elle pas partie du Royaume-Uni? De nos jours, les mers intérieures sont entre les peuples des liens plutôt que des barrières : elles ne détruisent pas l'unité des États.
L'annexion était le vœu ardent de la grande majorité des Européens qui avaient passé en Afrique, en vue du commerce, de la culture ou de spéculations diverses; ils sentaient trèsbien quelle base solide elle eût donnée à leurs espérances, quelle valeur à leurs propriétés. Une telle garantie dissipait toute inquiétude sur la conservation et l'avenir de notre conquête. Un essor plein de confiance succédait à l'hésitation générale. A vrai dire, et il n'y a pas à s'en étonner, le désir d'une telle sécurité inspirait les pétitions bien plus que le bonheur de posséder intactes toutes les institutions administratives de la France. Cette opinion ralliait quelques écrivains, un pelit nombre de députés, mais peu de fonctionnaires algériens, aucun peut-être.
Ceux-ci inclinaient vers un système tout opposé, tendant à faire du pays conquis une véritable colonie, c'est-à-dire un État entièrement distinct de la métropole par l'administration, comme il l'était par la nature du climat, des produits, des besoins. Le nombre des indigènes, infiniment supérieur à celui de la population européenne; la tolérance promise à leur culte et k leurs mœurs par le traité de capitulation et conseillée par une sage politique; leur hostilité toujours suspecte et redou-